Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

Les déportés de Tours

Ce blog est pour moi, l’occasion de parler de mes ancêtres et de ma Touraine natale. Et même si je connais un peu l’histoire ancienne de la Touraine, je connais beaucoup moins son histoire récente. Du coup, j’en apprends tous les jours, notamment sur le personnalités, moins connus que Yves Bonnefoy, Bernard Lama, Luz, Gérard Blanchard, Rubin Steiner, Ben l’Oncle Soul ou Jacques Villeret (entre autres). Et puis il y a les anonymes, ceux qu’on ne connaît mais qu’il ne faut pas oublier.

Je vous présente un article extrait du site La face cachée de l’étoile jaune, qui m’a beaucoup émue (publié en 2012 par Thierry Noël).

La Shoah à Tours : sur le chemin de la mémoire

Des lieux symboliques de mémoire sont nécessaires pour comprendre comment des hommes, des femmes et des enfants ont été assassinés, uniquement parce qu’ils étaient juifs. Des lieux et des personnages ont également allumé des lumières d’espoir. 
Un parcours à suivre dans la ville de Tours.

  1. LA SYNAGOGUE ET LA STELE DES JUSTES 
La stèle, dans la cour, visible de la rue

37 RUE PARMENTIER

La synagogue a fêté son centenaire en 2008. Elle a pu être construite grâce au don du banquier-mécène Daniel Iffla, dit Osiris, issu d’une famille juive marocaine. Elle est l’œuvre de l’architecte Victor Tondu qui a également réalisé les synagogues d’Arcachon, Vincennes, Tunis et Lausanne.

Ses vitraux sont signés de Lux-Fournier, peintre-verrier à Tours au XXe siècle. Depuis 1938, la synagogue était le siège social de l’association « La Fraternelle Israélite », et l’association cultuelle existait depuis 1906, conformément à la loi de séparation des églises et de l’Etat.
Le rabbin Léon Sommer, recruté en 1902, exerça son ministère jusqu’à sa mort en 1937.

En juin 1940, la synagogue fut transformée en dépôt de paille pour les chevaux et abrita le Parti Populaire Français (PPF), parti politique fascisant.

Elle est monument historique classé depuis 1994.

Le 19 avril 2005, Simone Veil, en présence de l’ambassadeur d’Israël, inaugure la stèle, installée dans la cour, en hommage aux 34 Justes d’Indre-et-Loire (42 aujourd’hui).

«  Vous avez sauvé l’honneur de la France et de l’humanité et il était important qu’Israël, en vous  honorant, donne votre exemple au monde. Vous avez montré qu’il n’y avait pas de banalisation du Mal (…) Vous êtes ma fierté d’être française car c’est en France que le plus de juifs ont été sauvés » rappela celle qui était alors la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

A l’engagement des Justes fut associée la mémoire des 236 juifs, hommes, femmes et enfants, de la communauté de Tours, raflés les 15 et 16 juillet 1942, par la police allemande avec la participation de la police française.

Ils seront enfermés dans les locaux de l’ancienne école normale de filles à Tours-Nord.
S’ajouteront 700 juifs en transit vers Auschwitz, par le camp de La Lande. Un camp situé à Monts, à 16 km de Tours, à 500 m de la ligne Paris-Bordeaux. Conçu pour un maximum de 500 personnes, il a fonctionné du 30 novembre 1940 à janvier 1944, comptant 23 bâtiments sur 7 Ha. Il a accueilli des réfugiés, provenant de rafles allemandes dans les grandes villes de l’ouest. A partir de novembre 1941, il est entouré d’un triple réseau de fils de fer barbelés. Les gendarmes français y assurent le maintien de l’ordre.

Le 5 janvier 1942, il devient officiellement camp d’internement pour juifs. Le rabbin Elie Bloch, y assurera le culte, et coordonnera l’assistance, s’occupant des enfants abandonnés suite à la déportation de leurs parents.
Le 4 septembre 1942, 422 internés (dont 277 femmes et enfants) sont transférés à Drancy. 

  1. RUE DU HALLEBARDIER

Dans la nuit du 5 au 6 février 1942, des Francs-Tireurs et Partisans qui participaient à une action de sabotage se retrouvent face à une sentinelle allemande, le soldat Kopiunik. Grièvement blessé, il meurt le 9 février.

Le préfet promet une prime de 50.000 F à qui donnera des informations permettant d’arrêter « les terroristes ». 40 otages sont arrêtés dont 10 communistes et 30 juifs (7 seront déportés à Auschwitz par le convoi n°2 du 5 juin 1942) sont emprisonnés à la caserne Lassalle.
Au total, vingt-sept personnes seront déportées à Auschwitz.

Parmi ces derniers, David Ziboulsky qui tenait une bonneterie rue du Commerce. Juif ukrainien, il a été naturalisé français en 1922. Suite aux bombardements de 1940, il vit rue d’Entraigues, et le magasin est installé dans une barraque en bois, avenue de Grammont.

Non seulement il est juif mais aussi franc-maçon. Un double motif d’arrestation.

Sa famille ira se réfugier en zone libre, dans le Beaujolais, et échappera aux arrestations.
La rafle du Vel’ d’Hiv s’étendra en province les 15 et 16 juillet.
A Tours, policiers en civil et soldats allemands débarqueront au domicile de familles juives – dont celle des enfants de l’école Mirabeau – puis les autocars convergent vers l’école normale de filles à Saint-Symphorien Le même sort est réservé aux juifs interpellés sur la ligne de démarcation ou détenus (133) au camp de la Lande de Monts. 

Des panneaux et un plan rappellent les faits
  1. L’ECOLE-PRISON MICHELET – 1941-1943

De 1941 à 1943, l’école primaire Michelet a été une prison allemande et un lieu d’internement pour des familles juives, des résistants et des civils, hommes, femmes et enfants. L’été 1942, plus de 200 juifs ont été arrêtés en Indre-et-Loire, le plus souvent sur la ligne de démarcation, parmi eux, plus de 50 enfants de 4 ans à 18 ans.

Depuis 2000, des collégiens de 4e et 3e, accompagnés par des enseignants convaincus de la nécessité du travail de mémoire, mènent un travail de recherches historiques afin de redonner aux personnes emprisonnées ici, une identité, afin que nul n’oublie.

Rien ne rappelle ce qui s’est passé ici
  1. LA GESTAPO 
    17 RUE GEORGE-SAND

Aucune plaque commémorative n’indique les heures sombres de ce bel immeuble. Ici, la Gestapo torturait des résistants, sous les ordres de Georg Brückle (arrêté à Baden-Baden en 1948, il sera condamné à mort mais en 1954, sa peine est ramenée à 10 ans de réclusion).

Les 32 agents (dont 10 sont allemands) sont aidés par Clara Knecht, une secrétaire alsacienne, qui sert d’interprète. Particulièrement sadique, elle faisait baiser son nerf de bœuf par les détenus avant de l’utiliser. Disparue à la Libération, on n’a jamais retrouvé sa trace.

Egalement traducteur au service de la Gestapo à partir de septembre 1942, Pierre Wennert, originaire de Moselle. Il intervient dans des affaires concernant les communistes, les résistants et les juifs. Arrêté en décembre 1944, il est condamné à mort le 26 juillet 1945 et fusillé le 3 septembre. Il sera accompagné jusqu’au peloton par l’abbé Labaume, qu’il avait arrêté et fait déporter en 1943.

Antoine Devaud, indicateur de la Gestapo, sous les ordres de Wennert, intervient dans les mêmes enquêtes. Condamné à mort en novembre 1944, il sera fusillé le 19 décembre.

  1. EMILE ARON 
    26 RUE DE CLOCHEVILLE


Emile Aron, né au Boulay (Indre-et-Loire) en 1907, est professeur de médecine depuis 1937, après de brillantes études à Strasbourg. Mobilisé comme médecin-chef en 1939, il est fait prisonnier le 21 juin 1940 en Alsace. Dénoncé comme juif, il n’est pas libéré et réussira à obtenir un Ausweiss en soignant un sous-officier allemand. Rentré à Tours, il est exclu de l’hôpital en raison du statut des Juifs de Vichy et est désigné en premier sur la liste des otages en cas de représailles allemandes.

Juste après l’agression de la rue du Hallebardier, les allemands se présentent chez lui, au 26 rue de Clocheville (au 25 se trouvait l’Institut Allemand). En pyjama, il a tout juste le temps de partir et son épouse Madeleine expliquera qu’il avait été appelé par une urgence médicale. Il ira se réfugier à Buzançais (Indre) avec de faux papiers. Fin décembre 1942, le couple rejoint la Suisse. Emile Aron retrouvera Tours à la Libération le 1er septembre 1944. Ancien conseiller municipal, il est désigné par Michel Debré, Commissaire de la République, pour siéger dans la nouvelle municipalité dirigée par Jean Meunier. En 1947, il devient directeur de l’Ecole de médecine de Tours et sera le premier doyen de la nouvelle faculté de médecine, créée en 1962. Il siégeait à l’Académie nationale de médecine et est décédé fin janvier 2011, à 103 ans.

  1. LE LYCEE DESCARTES
    RUE DE LA PREFECTURE
La plaque n’est pas visible de l’extérieur

Il a fallu attendre novembre 2007 pour qu’une plaque commémorative soit dévoilée dans l’enceinte du lycée Descartes, grâce à la mobilisation d’anciens élèves et de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire) pour convaincre le conseil d’administration de l’établissement. Elle honore la mémoire des élèves juifs :

Georges Mendez, né à Rochecorbon. Il sera déporté avec ses parents par le convoi n° 68 du 10 février 1944.

Maurice Margules, 20 ans, né à Châteauroux, habite au 3 rue Chaptal. Déporté avec ses parents par le convoi n°2 du 5 juin 1942.

Paul, 15 ans, et Emmanuel Feuermann, 18 ans. Le premier est né à Candé, le second à Bucarest. Internes, leurs parents habitent au Lude (Sarthe). Tous arrêtés, ils sont déportés par le convoi n° 48 du 13 février 1943.

Simon Henigsblit habitait 61 rue du Commerce. Recensé sous le prénom de Salomon. Sa mère meurt le 11 août 1941. Arrêté avec son père le 15 juillet 1942, ils sont déportés par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Anatole, 16 ans, et Georges Laub, 11 ans. Tous deux sont nés à Anvers où leur père, venu de Pologne, était négociant en diamant. La Belgique envahie, ils seront réfugiés en Gironde et arriveront en juillet 1941 au camp de La Lande. Ils seront autorisés à résider 82 rue Victor-Hugo, les enfants étant scolarisés à Descartes.

Anatole et sa mère seront déportés par le convoi n° 8, Georges et son père par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942.

Jacques Lévy, 15 ans, avec ses parents, sont des réfugiés de Metz, arrivés en juin 1940. Son père meurt à Tours le 19 décembre 1941. Arrêté avec sa mère Blanche, alors qu’ils tentaient de franchir la ligne de démarcation, ils sont envoyés à Pithiviers. Ils seront déportés par le convoi n° 35 du 21 septembre 1942. Sa grand-mère, meurt à 97 ans, à Joué-lès-Tours, le 14 février 1945.

Charles Kritzler, 15 ans, est né en Hongrie. Il est arrivé à Tours avec ses parents vers 1930. Son père est forain, sa mère élève ses trois enfants ; ils habitent 15 rue Elise-Dreux.

Arrêté dans la rafle du 15 juillet, avec son frère Claude, 7 ans, et sa sœur Agnès, 9 ans, ils sont détenus à l’Ecole Normale d’institutrice de Saint-Symphorien. Leurs parents sont emmenés à Angers et déportés par le convoi n°8. Charles, Agnès et Claude sont emmenés au camp de La Lande. Le 22 août 1942, Charles demande à être recueilli, en vain, avec son frère et sa sœur chez une tante à Paris. Le 21 septembre 1942, ils rejoignent Drancy, et seront déportés le 23 septembre par le convoi n° 36. Ils seront gazés à leur arrivée.

Edouard Mizrahi, 21 ans, avait été recensé sous le prénom d’Elie. Il avait deux frères et avait été scolarisé en 1938-1939 à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, avant sa classe de philosophie. Sa famille venait de Smyrne et sa mère était italienne (elle sera arrêtée le 15 juillet 1942). Après la rafle du 9 février 1942, il se réfugie à Châteauroux et réussira à gagner l’Italie, comme son père. Arrêté comme résistant à Florence le 1er mai 1944 pour faux papiers, il sera déporté dans les camps d’Auschwitz, Struthof et Dachau, et survivra.

Suite à l’attentat de la rue du Hallebardier, Pierre Minne, professeur de philo, soupçonné d’être juif sera arrêté et libéré au bout de trois jours, mais son épouse, juive, sera livrée à la Gestapo.

Au lycée Balzac, autre grand lycée, un professeur d’allemand, juive, est rayée des cadres de l’Education nationale, en avril 1943, suite à un congé sans solde pris à la rentrée 1941. Elle sera réintégrée à la Libération, avec dédommagement pour les salaires non perçus.

Un autre professeur, agrégée de sciences, mariée à un non-juif, devra quitter le lycée, et se réfugiera sous un faux nom dans la famille de son mari.

Une élève sera tuée accidentellement, par un véhicule allemand, au carrefour de la rue Chanoineau et du boulevard Béranger.

  1. SAINT-GATIEN – 
    ARRESTATION DE LEA KERISIT
Saint-Gatien, juste en face le parvis de la cathédrale

Le 23 septembre 1942, l’infirmière Léa Keresit est arrêtée alors qu’elle sort de l’hôpital Saint-Gatien où elle travaille. Dénoncée à la Gestapo, elle sera déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943, où elle mourra trois mois plus tard. Elle n’était pas juive mais son nom reste associé à l’action d’un groupe de passeurs de la ligne de démarcation, qui a secouru de nombreux juifs. Des hommes et des femmes confiés à l’abbé Henri Dupont, à La Chapelle-Blanche, qui leur procurait des vêtements. Pris en charge par les fermiers Maurice, ils passaient la ligne dans la ferme des époux Poupinneau, sur la commune de Vou. Seul l’abbé Dupont est revenu de déportation. Le traitre, Ferdinand Werner, condamné par contumace par la Cour de justice d’Orléans à 20 ans de travaux de forcés, est découvert en Côte d’Or en 1948, et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour de justice de Paris en janvier 1951.

  1. LE LYCEE 
    PAUL-LOUIS COURIER
Dans l’actuel lycée, la maison dite du Curé

Au moins huit élèves juifs ont été scolarisés à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, aujourd’hui un grand lycée au pied de la cathédrale, connu pour sa maison dite du Curé, immortalisée par Balzac.

Quatre étaient de Tours : Elie Mizrahi (également scolarisé au lycée Descartes en 1940-1941).

Elie Gattegno, né à Bourges en 1924, sa famille venait de Salonique, en Grèce, et habitait rue Victor-Hugo. Otage, suite à l’attentat de la rue du Hallebardier du 5 février 1942, ce jeune comptable de 18 ans, est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942.

Abraham Goldberg, 17 ans, habitait 13 rue de l’Hôpiteau, près de l’école. Il était ajusteur. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 42 du 6 novembre 1942, avec sa mère et sa grand-mère.

Edouard Leszczynski, 20 ans, venait de La Lande. Il a pu se cacher et échapper à la déportation.

Quatre venaient de l’est de la France : Osaias Bienenstock, 14 ans, né à Strasbourg, déporté par le convoi n° 31 le 11 septembre 1942. Sa famille venait de Galicie en Pologne. Expulsée d’Alsace vers Bordeaux, elle sera internée à La Lande et déportée.

David Pravidlo, né à Varsovie, n’avait pas encore 14 ans. Il est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942. Ses parents avaient été employés chez Pierre Massoteau, fermier à Monts, jusqu’à leur retour au camp de La Lande en septembre 1941.

Joseph Gerszonowicz, 15 ans, né à Szeszerowice en Pologne. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Roger Sobel, 14 ans, né à Metz, vivait à La Lande, avec ses parents (son père a été ouvrier tôlier au garage de la rue Origet et sa mère élevait ses trois frères) . Il seront tous déportés à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Joseph Mizrahi (frère d’Elie, scolarisé à Descartes), était scolarisé à Paul-Louis Courier de 1934 à 1938. Il poursuivra sa scolarité au lycée Descartes. Il rejoindra aussi l’Italie, via Issoudun, et suivra une formation de pilote aux Etats-Unis. Un troisième frère, Edouard, rejoindra la zone libre en 1941, puis l’Algérie et participera au débarquement de Provence le 15 août 1944.

Rue du Cygne, l’école Pigier
  1. L’ECOLE PIGIER – RUE DU CYGNE – NELLY FRANKFURTER

Nelly Frankfurter avait été expulsé de Bordeaux, avec sa famille polonaise, et vivait au camp de La Lande.

A partir de novembre 1941, elle obtient l’autorisation de suivre des cours de sténographie à l’école Pigier. Son père avait été directeur commercial chez Massey-Harris à Bordeaux.

Le 31 mai 1942, Nelly adresse une lettre au général-chef de la Kommandantur de Paris pour demander une exemption de l’étoile jaune : «  Je m’adresse donc à votre bonté, à vos sentiments humains qui, j’en suis sûre, sont aussi forts qu’en moi » écrit-elle. Elle n’obtiendra aucune réponse, sera arrêtée et déportée par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942, avec sa mère de 54 ans.

Ce convoi, formé à Angers, comptait 824 juifs, au lieu des 1000 habituels. Un accord du 2 juillet 1942 assurait le report temporaire de la déportation des juifs français. Dans le convoi, 288 juifs venaient de La Lande (132 hommes et 156 femmes). Parmi eux se trouvait également le Dr Abraham Lettich, 34 ans, domicilié 112 rue Origet, raflé avec sa femme Edith et leur fils Jean, 5 ans, qui mourront en déportation. Seul rescapé, il témoignera de son odyssée de « 34 mois dans les camps de concentration ».

Une plaque installée à l’entrée de l’école

10.L’ECOLE
RUE MIRABEAU

Le soir du 15 juillet 1942, cinq enfants scolarisés à l’école Mirabeau sont arrêtés : Norbert Kronenberg, 12 ans, né à Stuttgart, et son petit frère René, 8 ans, né à Strasbourg ; Joseph Zomersztajn, 12 ans, et ses deux petites sœurs Estelle, 8 ans et Paulette, 5 ans, tous nés à Nancy.

Leurs parents ont quitté la Pologne. Etrangers, ils sont évacués d’Alsace-Lorraine vers la Gironde.

Tous se retrouvent au camp de La Lande à partir du 5 décembre 1940.

La famille Kronenberg est autorisée à travailler à Tours et s’installe au 19 rue Jules Moineaux. La mère Léa s’occupe du foyer, le père, Chaïm est aide-horloger. Les Zomersztajn, Alta et Liber, s’installent au 17 de la même rue. Le père est aide-cordonnier. Jacques, le fils aîné, est apprenti coiffeur, et Maurice, le second, entre à l’école Pigier.

Tous, à l’exception de Chaïm, parti acheter des cigarettes, au moment de la rafle, seront arrêtés.

Liber est ramené à La Lande avec son aîné. Léa, Alta et leurs enfants sont enfermés à l’école normale de jeunes filles de Saint-Symphorien, et transférés à La Lande. Sur place, les familles sont séparées avec brutalité par les gendarmes français. Hommes, adolescents, femmes et jeunes filles « aptes au travail » sont envoyés sur Angers, et seront du convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Les plus jeunes restent au camp… Le 4 septembre, des internés partent pour Drancy, dont Jacques Zomersztajn, 17 ans. Le 21, c’est le tour de René, Norbert, Maurice, Joseph, Estelle et Paulette.

Le 23, ils seront 135 de La Lande à partir par le convoi n° 36 vers Auschwitz. Parmi eux, Arlette et Frédérique Feldman, 1 et 2 ans, nées à Tours, domiciliées 103 rue Lakanal ; Edith Viola, 37 jours, née à La Lande ; Nicole Mantel, 21 jours, née à La Lande…  Mais aussi, Osias Bergman, 5 ans ; Simon Blady, 8 ans ; Anna et Franja Fiszbin, 10 et 15 ans ; André, Dora et Yvette Inventarz, 6, 9 et 2 ans ; Léone Ihul, 10 ans ; Céline Koper, 4 ans ; Agnès, Charles et Claude Kritzler, 9 , 15 et 7 ans ; Jean Lettich, 5 ans ; Fernand et Raymond Mazur, 7 et 2 ans ; Albert, Buena et Rebecca Nahmias, 9, 12 et 14 ans ; Jacques Rosenbaum, 3 ans ; Sylvie Rosenthal, 12 ans ; David Rozenzwajg, 12 ans ; Claire, Hélène, Max Sperling, 13 ans, 20 mois et 13 ans ; Ida Wajnstein, 10 ans ; Maurice Zomersztajn, 14 ans.

Etaient partis par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942 : Isaac et Pierre Dzialoszinski, 5 et 9 ans ; Sylvain Kozubski, 4 ans ; Georges Laub, 11 ans ; Balcia et Maurice Schandor, 13 et 10 ans ; Ida Wajnsztein, 12 ans.

Par le convoi n° 32 du 14 septembre 1942 : Cécile, Charles et Fanny Basista, 2, 6 et 10 ans.

D’autres enfants suivront : Abraham et Jacqueline Goldberg, 17 et 12 ans, dans le convoi n° 42 du 6 novembre 1942 ; Claudette, Ginette, Suzanne Schwimmer, 20 mois, 3 et 4 ans, dans le convoi n° 45 du 11 novembre 1942 ; Rosa, Salomé, Suzy Alter, 6, 2 et 5 ans, dans le convoi n° 48 du 13 février 1943 ; Achille Herc, 6 ans, dans le convoi n° 59 du 2 septembre 1943 ; Anny Sussmann, 4 ans, Monique Loew, 10 ans, dans le convoi n° 68 du 10 février 1944 ; Jacqueline Vernet, 15 ans, (seule survivante à la libération d’Auschwitz), Marc Goldrach, 17 ans, dans le convoi n° 76 du 30 juin 1944 ; Paul Jakubowicz, 6 ans, arrêté à l’orphelinat de la Varenne Saint-Hilaire, dans le convoi n° 77 du 31 juillet 1944.

Enfin, Ida Yedinak, née le 7 septembre 1942, à la maternité de Tours, morte à Drancy le 12 mars 1943 à 6 mois.
La plaque commémorative, installée à l’entrée de l’école, sur la rue, a été posée en mai 2008, en présence du maire, du député, de l’inspecteur d’académie, du président de la communauté juive, à l’initiative de l’AREHSVAL. Juste en dessous, une autre plaque rappelle la mémoire de Marcel Rabache, instituteur torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald, où il mourra.

  1. PETAIN A TOURS
    25 OCTOBRE 1940
L’hôtel de ville accueillait Pétain le 25 octobre 1940

22 octobre 1940 : le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir-et-Cher. Une entrevue historique symbolisée par la poignée de mains marquant la volonté du chef de l’Etat Français de « collaborer ».

Tours devient l’antichambre de cette collaboration et les Tourangeaux sont massés devant l’hôtel de ville le 25 octobre pour acclamer le vieux militaire venu saluer le maire Ferdinand Morin avant d’aller visiter les quartiers sinistrés. A son retour de Montoire, Pétain fera une partie de billard avec le préfet Camille Vernet (en place depuis 1936, il sera muté dans l’Eure en novembre 1940 et révoqué en 1941).

A Tours, Pétain a sans doute la nostalgie de l’hôtel de l’Univers, où il était descendu en 1920 comme l’atteste le livre d’or. L’établissement du boulevard Heurteloup, est réquisitionné par l’armée Allemande depuis juin 1940 : il est à deux pas de la Feldkommandantur 528, installée dans le palais de justice.

Pétain connaît bien Tours. Le 13 juin 1940, au château de Cangey, où le conseil des ministres s’est replié, celui qui sera nommé président du conseil par le président Lebrun, trois jours plus tard, annonce la nécessité d’un armistice. Une idée qu’il amplifiera à la radio par son discours du 17 juin : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat »…

Les combattants croyaient en l’homme de Verdun. Ainsi, Armand Abraham Reis, né en 1878 dans le Bas-Rhin, à Mutzig, écrit au maréchal le 18 août 1942 depuis le camp de La Lande où il est interné avec sa femme : « Comme Juif, je suis interné dans le camp de la Lande, pour avoir voulu franchir la ligne de démarcation, sans être porteur de l’insigne (Ndlr : l’étoile jaune), et sans autorisation de déplacement ». Il rappelle qu’en août 1914, il a eu « le très grand honneur de servir dans votre état-major particulier, ceci pendant plus de deux ans ». Et il rappelle que son frère, officier d’artillerie, est mort de maladie contractée au front ; que son beau-père a été médecin-chef militaire de l’hôpital de Bougival ; que sa sœur était infirmière-major…

Pour tous ces états de service, il demande au maréchal d’intervenir en sa faveur… Reis mourra à Auschwitz le 18 février 1943.

SOURCES

Histoire des camps d’internement en Indre-et-Loire – Sophie Paisot-Béal – Roger Prévost (1993)

Histoire de Tours – David Bohbot, sous la direction de Bernard Chevalier (Privat, 1985)

Le lycée Balzac (Edition d’un centenaire, 2004)

Le lycée Descartes – Michel Laurencin (Editions du bicentenaire, 2006)

Le lycée Paul-Louis Courier – sous la direction de Gilbert Wycke (Allan Sutton, 2009)

Articles de Thierry Noël – La Nouvelle République du Centre-Ouest (2003-2010)

Histoire régionale de la Shoah en France – ouvrage collectif sous la direction de Patrick Cabanel et Jacques Fijalkow (Editions de Paris Max Chaleil, 2011), avec Simon Ostermann, pour Méthodes d’identification et de répression contre les Juifs dans les départements du Cher, du Loir-et-Cher, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire et du Loiret, 1940-1944.

Remerciements particuliers à Yvette Ferrand, fondatrice de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire), et à Jacques Pirondeau, de l’ERIL (Etudes sur la Résistance en Indre-et-Loire).

(source : La face cachée de l’étoile jaune)

 

LSF

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Henri de Noyelle (1763-1794), guillotiné

Henri-François de Paule de Noyelle naît à Loches le 27 septembre 1763 (et non pas le 29 novembre comme le dit Michel Laurencin dans la source citée).

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(C) AD37, 6NUM6/132/140, vue 18

« Le vingt huit septembre 1763 a été baptizé henry françois de paule né d’hier
fils de messire Charles joseph de noyelle, ecuyer, chevalier de l’ordre Royal et militaire
de st Louis, officier des troupes de France en Canada et de dame margueritte Mogé
à eû pour parrein messire henry françois de paule D’Aguesseau
Conseiller D’etat ordinaire et au Conseil Royal de Commerce Représenté par messire
jacques joseph de noyelle frère de l’Enfant et pour marraine demoiselle charles
magdelaine de noyelle sœur de l’Enfant lesquels ont signé avec nous.« 

Il est le dixième et dernier enfant du couple.

En 1765, le père d’Henri est affecté au Sénégal ; toute la famille le suit. Mme de Noyelle rentre à Loches en 1770, après la mort de son mari (1767).
Henri est alors placé au collège de La Flèce (1772), puis après le licenciement de l’école, il est envoyé au collège de Vendôme (1776), tenu par les Oratoriens. Il quitte l’établissement en 1779 et obtient une place de cadet-gentilhomme au régiment de Forez. Le 10 avril 1780, il est nommé sous-lieutenant dans la compagnie de Montault mais il abandonne le métier des armes pour embrasser la carrière religieuse.
A la fin de l’année 1786, il entre à l’abbaye bénédictine de St-Vincent du Mans, appartenant à l’ordre de St-Maur. Il fait profession le 29 juillet 1785, reçoit la tonsure et les ordres mineurs le 1er avril 1786 et est ordonné prêtre le 22 décembre 1787. En septembre 1788, il est envoyé à l’abbaye de St-Florent de Saumur. Lors de l’explusion des moines le 13 septembre 1790 (suite à l’interdiction des voeux monastiques et  à l’abolition de ordres religieux par décret du 13 février 1790), il se retire un temps à l’abbaye de Marmoutier à Tours, puis, suite aux pressions, se retire chez sa mère, à Loches.
Opposé à la Constitution civile du clergé (auquel il n’est pas tenu de prêter serment), il refuse le serment de liberté-égalité imposé en août 1792. Le 25 septembre, il est expulsé de l’abbaye et trouve refuge rue du cygne, à Tours. En février 1793, il se rend à Paris. Le 13 mars 1793, un arrêté des autorités départementales rend obligatoire le serment ou la réclusion des religieux. Il part alors pour Rouen puis Amiens où il est arrêté dans la nuit du 18 au 19 frimaire an II (8-9 décembre 1793). Après avoir été interrogé, il est déféré au Tribunal criminel de Tours. De nouveau interrogé, il est condamné à mort le 22 thermidor an II (9 août 1794) et guillotiné le lendemain place de la Nation (actuelle place Gaston Paillhou).

Sur son acte de décès, il n’est pas fait mention de la cause de son décès.

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(C) AD7, 6NUM8/261/011, p.131

Source :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, Chambray-lès-Tours, 1990, C.L.D.

Illustration : photo personnelle, Guillotine mobile de 1794, Musée Maurice Dufresne (Azay-le-rideau, Indre-et-Loire)

 

LSF

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James Cane (1798-1868), philanthrope

Né le 17 frimaire an VII (7 décembre 1798) à Tours, James Cane est issu d’une famille d’origine irlandaise venue s’installer en Touraine après l’échec de la révolte de l’Irlande contre l’Angleterre. Au moment de son décès (27 avril 1868), il habitait la maison natale de Balzac, au 39 rue Royale, anciennement 25 rue de l’Armée d’Italie, actuellement Rue Nationale 1. D’ailleurs, à la mort de l’écrivain en 1850, Cane a financé la pose d’une plaque commémorative sur la façade de la demeure. Balzac et Cane ont vraisemblablement étaient des camarades de jeu.

Cane a légué à la ville de Tours un million de francs de l’époque pour le bureau de bienfaisance (pour comparaison, en 1850, 1kg de pain vaut 0,37 franc, 1 litre de vin vaut 0,80 franc, 1kg de viande de bœuf vaut 1,36 franc tandis qu’un maçon gagnait 2,30 francs par jour). 

Jusqu’en 1878, la rue James Cane était le prolongement de la rue de la Chevalerie. Elle prend son nom actuelle par arrêté du 05 août 1878.
 
Une stèle surmontée de son buste est installée dans le jardin de l’hôpital Bretonneau.

1.  selon d’autres sources, Cane ne vivait pas dans la maison de Balzac au moment de sa mort mais y serait né avant l’installation de la famille de l’écrivain. De même, ce serait Adrien Brun (1800-1876), l’un des condisciples de Balzac au collège de Vendôme, qui se serait chargé de faire apposer la plaque commémorative (il est alors préfet d’Indre-et-Loire). Après consultation des AD, James Cane est bien décédé 39 rue Royale (6NUM8/261/242 – Décès, 1868, vue 117), et Balzac bien né 25 rue de l’Armée d’Italie (6NUM8/261/025 – Naissances, an VII, vue 162).

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(sources :
– Geneviève Gascuel, Les noms des rues de Tours, Ed. C.M.D.
http://erwan.gil.free.fr/index.php?mod=freepages&pageid=109

Pour aller plus loin : assistancescolaire.com

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Jules Charpentier(1814-1892), bienfaiteur

Jules Charpentier naît à Tours le 11 novembre 1814 (AD37 numérisées, 6NUM8/261/073 – Naissances, 1814, p.159). Ses parents tenaient une boutique d’épicier-cirier.

Initié à la Franc-maçonnerie en 1837, Jules Charpentier reste aujourd’hui la figure emblématique de la loge du Grand Orient de France, les Démophiles, qu’il fonde à Tours en 1847. Il la préside  pendant dix-sept ans.

Il est maire de Tours de 1882 et 1884. Bienfaiteur de la ville, il lègue une forte somme d’argent qui devait être affectée à une fête des écoles dite « Fête scolaire de l’arbre de la Liberté ».

Il meurt soudainement salle Blandin (n°6 du Boulevard Béranger), alors qu’il présidait un banquet des Prévoyants de l’avenir, le 27 avril 1892 (AD37 numérisées, 6NUM8/261/317 – Décès, 1892, p.131). Il est inhumé au cimetière Lasalle de Tours-St-Symphorien.

Il a vécu au n°70 de la rue Saint-Eloi (devenue rue de Chinon, puis rue de Verville, puis rue Friedland, puis rue du faubourg St-Eloi en 1816, puis de nouveau rue St-Eloi en 1843) qui prend son nom (rue Charpentier) par délibération du 22 août 1892.

Pour aller plus loin : https://books.openedition.org/pufr/1853?lang=fr
Source : Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours

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Charles Gille (1799-1876), philanthrope

Né le 05 novembre 1799 (14 brumaire an VIII) à Tours, 15 place Victoire, Charles Gille est issu d’une famille de vinaigriers tourangeaux. Fils de Charles et Jeanne Marie Cléreau. Il participe à de nombreuses œuvres de bienfaisance sur la ville de Tours. Il décède le 14 août 1876. Il est inhumé au cimetière Lasalle.
Son monument funéraire est réalisé par Coussin (Coussin réalise également celui de François Boileau).

Lors de son percement, la rue faisait partie de la rue Barrossière reliant la rue de Bordeaux à la rue Saint-Lazarre. Elle devient rue de la Gare entre janvier et mai 1909. Elle prend le nom de rue Charles Gilles par délibération du 4 juin 1886.

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(C) AD37
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(C) AD37

(Références AD37 : 6NUM8/261/029 – Naissances, an VIII (An 8), p.32, acte n°86, 6NUM8/261/268 – Décès, 1876 (1876), p.210, acte n°830)


Le mot philanthropie vient du mot grec ancien φίλος (philos) « amoureux » et du mot ἄνθρωπος (ánthrôpos) « homme », « genre humain ». Il désigne en premier lieu une attitude de bienveillance doublée de bienfaisance de certaines personnes à l’égard d’autres personnes qu’elles ne connaissent pas mais qu’elles considèrent comme démunies matériellement et par conséquent nécessiteuses. En ce sens, philanthropie s’oppose à misanthropie (sources : Wikipédia, ou le
CNRTL).

Pour aller plus loin, voir ici.

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Sigismond Losserand (1845-1888), tailleur de limes

Sigismond Losserand naît le 5 décembre 1845 à Seythenex en Haute-Savoie. Il est le fils naturel de Marie Rose Losserand-Madoux. Orphelin à l’âge de 9 ans, il est d’abord berger, puis colporteur, comme beaucoup de petits savoyards de son époque. Il part à Nancy, puis à Metz, où il devint tailleur de limes (selon d’autres sources, il aurait travaillé à 14 ans comme ouvrier à Saint-Etienne, puis à Nancy).

La période de son service militaire coïncide avec la guerre de 1870. D’après plusieurs récits, ce serait à cette époque qu’il aurait appris à lire et à écrire, se formant en autodidacte. Dans le cadre de son instruction militaire, il aurait également acquis une solide formation musicale (d’après une allusion qu’il aurait faite lors de son séjour à l’école de gymnastique de Joinville-le-Pont).

Il épouse Elisabeth Ballion, en 1875 à Canéjan, en Gironde et quitte trois ans plus tard ce département pour s’installer au 24, rue Saint-Symphorien à Tours. Son premier enfant, Henri, naît le 24 avril 1880 et le second, prénommé Jean, naît le 8 octobre 1883.

Pratiquement, dès son installation à Tours, Losserand crée une société coopérative et en quelques années, il devient un organisateur de premier plan du syndicalisme et du mouvement socialiste tourangeau. Le journal L’Indépendant précise qu’il travaille comme « limier » pour 4,50 F par jour à la fabrique de limes de Portillon.

Dès 1882, Losserand est conseiller municipal de Tours, fonction qu’il occupe jusqu’en mai 1888. Pendant cette période, il déménage au 47 rue Thiers.

Syndicaliste actif, il participe aux congrès de la Fédération Nationale des Travailleurs Socialistes de France (FNTSF), et devient le délégué du groupe « la Sentinelle de Tours », au congrès de cette Fédération à Charleville en 1887.

En janvier 1886, le journal « Le Travail » trace un portrait de Losserand dans l’un de
ses articles :
«  Un  rude  jouteur,  qui  aime  la  liberté  et  sait  en  user.  L’Univers  est  sa  patrie.  Apprit  à travailler sous une grêle de coups prodigué par son patron, apprit à lire au Régiment où  il devint sous-officier, voyagea un peu partout et retint bien des choses. »
La  guerre  terminée,  il  retourne  à  la  vie  civile,  se  passionne  pour  la  Révolution  Sociale  et fonde un syndicat des tailleurs de limes.
Il bataille pour la cause ouvrière dissimulant un caractère autoritaire derrière une souplesse d’esprit et une « bonne tête ». Il s’exprime bien, avec aplomb, bon sens, et habileté.
Son  langage  académique  lui  permet  d’épater  le  bourgeois,  et  malgré  les  pointes  acérées qu’il  sait  prodiguer  a  l’adversaire,  se  crée  peu  d’ennemis.  Il  est  très  intelligent,   remuant, sympathique et très apprécié des travailleurs qui savent pouvoir compter sur lui. »
La presse réactionnaire, au travers du journal d’Indre et Loire, reconnaît certaines qualités à son adversaire : « La parole claire sinon élégante, nerveuse sinon châtiée ».
Qualifié  avec  son  camarade  Corbeau  de  «   francs  révolutionnaires,  dangereux  socialistes, mais ennemis loyaux, plus sincères, plus honnêtes, plus intelligents » que les modérés du Conseil municipal.
« Farouche démagogue, à la barbe hirsute, aux cheveux ébouriffés, Losserand est un des membres les plus intelligents et aussi les plus impartiaux du conseil municipal. »
Les camarades de SL voient en lui « l’enfant du peuple qui n’a pu s’élever à la considération publique  dont  il  jouit  que  par  la  seule  force  de  sa  volonté  et  de  son  intelligence  admirant l’énergie qu’il apporte à l’accomplissement de son mandat et l’ardeur vaillante avec laquelle il revendique les droits des ouvriers ».

Malade, affaibli et ayant perdu les siens, Sigismond meurt le 14 novembre 1888, à 5 heures du soir. Il est enterré civilement le 17 suivant, au cimetière Lasalle de St-Symphorien.

Le 9 août 1901, suite à plusieurs démarches d’associations d’ouvriers, une délibération du Conseil municipal débaptise la rue Saint-Symphorien (dénommée ainsi depuis  l’arrêté municipal du 5 mars 1844) après que M Pic-Paris, maire de Tours, fait préparer une notice biographique de Sigismond Losserand pour faire admettre le nouveau nom. Le nouveau nom est confirmé par le décret du Président de la République le 17 janvier 1902. La rue Saint-Symphorien devint officiellement rue Losserand.

 

(sources : – https://paul-bert.jimdo.com/lieux-faits-et-personnages/personnages/sigismond-losserand/
http://books.openedition.org/pufr/1856
https://37.force-ouvriere.org/IMG/pdf/Sigismond_LOSSERANDdef2.pdf)