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Découvertes et inventions

Si je vous dit 1515, vous allez certainement répondre, Marignan. Cette date fait partie des plus connues de l’Histoire de France, avec 1789 (même si les tenants et les aboutissants de la bataille de Marignan échappent aujourd’hui à la plupart de ceux qui ne s’intéressent pas à l’histoire).
Que diriez-vous de compléter cette liste ? J’ai choisi quelques dates qui auraient pu marquer (ou pas) le quotidien de nos ancêtres (cette liste n’a pas vocation à retracer les grandes dates de l’histoire de France ni à mettre en exergue les grandes avancées humaines et scientifiques).

1347-1352 : Peste Noire. L’Europe perd entre un tiers et la moitié de sa population en 5 ans (environ 25 millions de personnes).

1450 : invention de l’imprimerie par Gutenberg.

1492 : découverte de l’Amérique par Colomb, découverte des tomates, du maïs, de la PTD, poivron, piment, courgette, topinambour, oca, haricots, courge, fraise.

1539 : ordonnance de Villers-Cotterêts.

1564 : mort de Michel-Ange.

1595 : invention de la chasse d’eau. La première chasse d’eau, appelée Ajax, fut inventée en 1595 par John Harington, un poète anglais, à la demande de la reine Elizabeth 1ere d’Angleterre. Le clapet anti-retour ainsi que le siphon furent mis au point par Joseph Bramah en 1778. Des traces de chasses d’eau bien plus anciennes ont été découvertes chez les Minoens, il y a 4.000 ans, ainsi que chez les Romains et chez les Égyptiens. 

1685 : Edit de Fontainebleau (révocation de l’Edit de Nantes)

Fin XVII : disparition du dodo (dronte de Maurice).

1724 : invention du thermomètre à mercure par Daniel Gabriel Fahrenheit.

1767 : invention du lave-linge. Bien que l’invention du lave-linge date de 1767, le premier brevet a été déposé le 31 mars 1797 par l’Américain Nathaniel Briggs.

1789 : Révolution française

1804 : promulgation du Code civil

1806  invention du papier carbone. Bien que son origine exacte soit incertaine, cette innovation a été brevetée à Londres en 1806 par l’inventeur Ralph Wedgewood.

1810 : invention de la boîte de conserve.

1827 : invention de l’allumette. C’est en 1827 que John Walker invente l’allumette inflammable par friction. Vint ensuite l’allumette de sureté, conçue par Gustaf Erik Pasch, en 1844. Bien sûr, d’autres types d’allumettes existaient bien avant, comme les petits bâtonnets de bois retrouvés à Saintes mais on ne sait pas s’ils produisaient eux-mêmes du feu ou s’ils servaient seulement à le transporter. 

1828 : invention du taille crayon. C’est un mathématicien français du nom de Bernard Lassimone qui a déposé le premier brevet pour un taille-crayon en 1828.

1834 : invention du réfrigérateur. En 1834, Jacob Perkins un Américain, invente la première machine frigorifique fonctionnelle. Perkins est crédité du premier brevet de réfrigération attribué le 14 août 1835. En 1876, c’est l’allemand Carl von Linde qui invente le réfrigérateur domestique tel que nous le connaissons aujourd’hui.

1839 : invention de la photographie (date conventionnelle).  En 1926, Niepce réussit à fixer une image sur une plaque d’étain avec une chambre noire utilisée comme appareil photographique. En 1841, Fox Talbot invente le négatif. En 1861, l’Anglais Thomas Sutton réalisera la première photographie couleur.

1845 : invention du pneumatique. Le tout premier pneu a été inventé par Robert William Thomson en 1845 (Charles Goodyear avait trouvé le procédé de la vulcanisation du caoutchouc en 1839), mais son invention est, semble-t-il, tombée dans l’oubli. Il faut attendre 1888 pour qu’un vétérinaire écossais, John Boyd Dunlop (1840 – 1921), dépose le premier brevet d’un pneumatique.

1850 : invention de l’ouvre-boîte (la boîte de conserve a été inventée  30 ans plus tôt).

1850 : invention du papier toilette. Le premier papier toilette moderne naît en Angleterre en 1850. Son industrialisation date de 1857 et débute aux Etats-Unis. En 1891, un autre Américain déposa un brevet pour l’invention de papier toilette en rouleau, avec des petits trous pour pouvoir détacher plus facilement les feuilles. Avant cela, on utilisait ses doigts, ses vêtements, des pierres, des feuilles, des journaux et même du velours.

1852 : invention de l’ascenseur. Le premier « ascenseur » sécurisé avec l’invention d’Elisha Graves Otis, qui réalisa un « parachute ». En 236 avant J.C., Archimède  avait mis au point un treuil comportant des cordes et des poulies, la corde s’enroulait sur un tambour actionné par l’homme. En 1835, un monte-charge à vapeur, appelé le « teagle », servait à monter les matériaux dans une usine anglaise. En 1845, Sir William Thompson mit au point le premier élévateur hydraulique. Le 23 mars 1857, Otis inaugure le premier ascenseur du monde, dans un magasin de porcelaine et de verrerie françaises, à New York. Le bâtiment comportait cinq étages et l’ascenseur fonctionnait grâce à une série d’arbres et de courroies entraînés par une centrale à vapeur. Sa capacité était de 450 kilogrammes à une vitesse de 0,2 mètre par seconde.

1861 : fondation du MIT.

1866 : invention de la dynamite. La dynamite est inventée en 1866 par Fred Nobel, celui même qui légua sa fortune pour créer le prix du même nom.

1869-70 : parution du roman de Jules Verne, Vingt mille lieux sous les mers.

1876 : invention du téléphone. Bell a déposé son brevet de transmission de la voix humaine le 14 février 1876. D’autres inventeurs pourraient également assumer la paternité de cette invention, notamment Elisha Gray qui avait déposé un brevet deux heures avant Bell, celui de ce dernier fut examiné avant à la demande de son avocat.

1879 : invention de l’ampoule électrique. Cette invention a été mise au point par Joseph Swan en 1878 et améliorée par Thomas Edison en 1879. Suite à un procès, les deux inventeurs obtiennent le droit de fabriquer leurs ampoules. Swan invente alors le culot à baïonnette et Edison le culot à vis.

1880 : invention du préservatif moderne.

1885 : découverte du vaccin contre la rage, par Louis Pasteur.

1886 : création du Petit beurre LU.

1886 : création du coca, par un pharmacien d’Atlanta.

1886 : invention du bouton-pression par Albert-Pierre Raymond. Brevet d’invention n° 176 400 du 29 mai 1886 sous le nom de « bouton-fermoir à ressort ».

1887 : invention de la lentille de contact. Les lentilles de contact ont été inventées par le docteur Fick en 1887. Toutefois, Léonard de Vinci en avait eut l’idée en 1508. Elles étaient alors lourdes et inconfortables et ne se portaient que quelques heures de suite. 

1849 : invention de l’épingle de sûreté. C’est à un maçon que l’on doit l’invention de l’épingle à nourrice, Walter Hunt. Hunt était aussi agriculteur et mécanicien (inventeur prolifique, il a développé des armes, une machine à coudre et a amélioré des machines pour l’agriculture). Le brevet de l’épingle de sureté est déposé le 10 avril 1849 sous le numéro 6 281.
L’épingle à nourrice est produite en série à partir des années 1870-1880. Elle est notamment utilisée pour maintenir les couches culottes des enfants.

1889 : construction de la Tour Eiffel.

1890 : invention de l’avion. L’ingénieur français Clément Ader a inventé l’avion motorisé dès 1890, mais ce sont les frères Wilbur et Orville Wright qui mettent au point et font voler, en 1903, les premiers avions à moteur réellement contrôlés. Le 9 octobre 1890, Clément Ader parvient à voler à une hauteur de 20cm sur une distance de 50 mètres à bord de l’Eole. Cependant, ce vol ne sera pas homologué car trop bas. Le 14 octobre 1897, il vole sur une distance de 300 mètres devant un comité militaire.  

1890 : invention de la fermeture Eclair.

1894 : invention de l’aspirine. Le principe actif de l’aspirine est l’acide acétylsalicylique, présente dans l’écorce de saule blanc. Ses propriétés sont connues depuis l’Antiquité mais ce n’est qu’en 1894 qu’un chimiste allemand, Felix Hoffman, synthétisa cet acide pur. Il s’était inspiré des travaux de Charles Frédéric Gerhardt qui en avait déjà entrepris la synthèse en 1853. 

1896 : invention du dentifrice en tube. C’est en 1896 que Colgate & Company produit le premier dentifrice en tube. Auparavant, on se brossait les dents avec de la poudre, qui avait des effets plus ou moins positifs sur la santé bucco-dentaire. Les Égyptiennes par exemple appliquaient au doigt des poudres à base de charbon d’acacia.

1989 : J’accuse. Le 13 janvier 1898, Émile Zola publia dans le journal L’Aurore, fondé par Clemenceau et Vaughan l’année précédente, une lettre ouverte au Président de la République, Félix Faure, dont le titre provocateur, « J’accuse… ! », 

1901 : invention de l’aspirateur. L’aspirateur motorisé a été inventé en 1901 par un ingénieur britannique, Hubert Cecil Booth. En 1906, un concierge américain allergique à la poussière, James Murray Spangler, met au point un balai à succion à partir d’un ventilateur, d’une caisse à savon et d’une taie d’oreiller. Cet appareil, beaucoup plus maniable, est breveté en 1908. 

1903 : Marie Curie prix Nobel. Marie Curie et Pierre Curie reçoivent une moitié du prix Nobel de physique de 1903 (l’autre moitié est remise à Henri Becquerel) pour leurs recherches sur les radiations. En 1911, elle obtient le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le polonium et le radium.

1903 : invention de la biscotte. C’est Charles Heudebert, en 1903, qui après une journée de travail dans sa boulangerie familiale de Nanterre, a l’idée de faire griller le pain qui n’avait pas été vendu en fin de journée afin de le conserver. Il améliore peu à peu son invention et fonde à Nanterre la 1ere usine de fabrication.

1905 : invention de l’hélicoptère. C’est en 1905 que les frères Henri et Armand Dufaux parviennent à faire décoller verticalement un hélicoptère capable de porter son propre poids ainsi qu’une charge de 6 kg. Léonard de Vinci avait imaginé le concept de l’hélicoptère dès 1486, sur le modèle de sa vis d’Archimède (ou vis sans fin) cependant il ne bénéficiait pas de la motorisation nécessaire et a donc du abandonner.

1918 : pandémie de grippe H1N1, dite grippe espagnole. Extrêmement contagieuse (mais beaucoup moins que la rougeole qui a un taux de reproduction entre 12 et 18, soit 4 fois plus), la morbidité (1) est particulièrement élevée : 50 à 70 % de la population mondiale est touchée. La létalité est importante puisque qu’on estime que la grippe a fait entre 20 et 50 millions de morts entre 1818 et 1819 soit environ 1/3 de la population mondiale (en général, les grippes tuent 20 fois moins, sauf la grippe H5N1 de 2007 qui avait un taux de létalité de 61%)(2). Egon Schiele et sa femme enceinte de 6 mois, succombent à la grippe espagnole. Edmond Rostand et Guillaume Apollinaire meurent de la même maladie.
(1) la morbidité est le nombre de personnes atteintes d’une affection spécifique pendant une période donnée.
(2) la mortalité désigne le pourcentage de morts par rapport au nombre d’individus d’une population donnée dans une période donnée tandis que la létalité est le risque qu’ont des personnes atteintes d’une maladie de mourir/la proportion de décès chez des patients atteints d’une affection donnée

1920 : invention du pansement. Des produits ressemblant plus ou moins au pansement moderne étaient utilisés avant son invention officielle. Cependant, le premier pansement commercialisé est l’invention de Earle Dickson, un employé de l’entreprise Johnson & Johnson, en 1920.

1922 : découverte du tombeau de Toutankhamon par Howard Carter.

1923 :  invention de la télévision. En 1884, l’inventeur allemand Paul Nipkow fait breveter un dispositif d’analyse d’images par lignes, le disque de Nipkow, qui est un des deux systèmes de balayage de la télévision mécanique mais on considère que John Logie Baird est à l’origine de la télévision telle que nous la connaissons. Cet ingénieur écossais invente en 1923 une télévision mécanique qu’il appelle Televisor. Un an plus tard, il parvient à afficher une image reconnaissable : une croix de Malte. En 1926, Baird améliore son téléviseur et fait une première démonstration publique dans son laboratoire situé à Londres, au 22 Frith Street : les spectateurs découvrent alors des images de visages humains.

1927 : sortie du premier film parlant, Le Chanteur de jazz.

1928 : naissance du personnage de Mickey.

1938 : invention du stylo à bille. L’idée du stylo à bille est due à l’Américain, John J. Loud, comme le prouve un brevet qu’il dépose en 1888. Cependant, son invention n’est pas au point et son brevet devient caduc. Trente ans plus tard, en 1919, un certain Monsieur Pasquis remporte un prix au concours Lépine avec son invention d’un stylo à bille et dépose un brevet, mais il n’arrive pas à le mettre au point en vue d’une éventuelle commercialisation. II faud attendre encore trente ans pour voir enfin cette idée se concrétiser. Un journaliste hongrois, László Bíró, par ailleurs inventeur prolixe, aidé de son frère György, chimiste, va améliorer trois axes de l’idée initiale : l’encre, la bille et le dispositif d’alimentation. En 1938, Bíró développe une nouvelle pointe, constituée d’une bille tournant librement dans une alvéole, et entraînant de l’encre à séchage rapide située dans une cartouche. Les frères Bíró déposent le brevet de leur invention la même année.

1946 : création du Nutella. Le Nutella est inventé par Pietro Fererro. La première version est commercialisé sous le nom de Giandujo. Le nutella apparaît en France en 1966.

1946 : création du chariot de supermarché. Le caddie est une marque commerciale déposées en 1987 (comme Rimmel, Frigidaire, Kleenex, Sopalin).

21 avril 1944 : droit de vote accordé aux femmes françaises (les hommes obtiennent le droit de vote « universel » en 1848). En Angleterre, dès 1918, les femmes de plus de 30 ans pouvaient voter, et en 1928, elles avaient obtenu le droit de vote à 21 ans, comme les hommes. Les plus avant-gardiste sont la Nouvelle-Zélande, qui adopte le suffrage universel en 1893, permettant aux femmes, y compris les femmes maori, de voter lors des élections législatives cette même année. Suivent l’Australie en 1901, la Finlande en 1906, la Norvège en 1913, le Danemark et la Russie, respectivement en 1915 et 1917, et beaucoup d’autres avant la France. Mais, le Portugal n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1974, l’Espagne en 1975, le Liechtenstein en 1984 et l’Arabie Saoudite en 2011 (sous restrictions). Mieux vaut tard que jamais.

1946 : invention du micro-ondes. Percy Spencer parvient à mettre au point en 1946 le Radarange, un four industriel fonctionnant sur le principe de l’agitation des molécules d’eau (à un rythme effréné de plus de deux milliards de fois par seconde) présentes dans les aliments sous l’effet de l’énergie électrique d’ondes radio émises à une fréquence de 2,45 gigahertz (domaine des micro-ondes). Il dépose en octobre 1950 un brevet concernant ce traitement des denrées alimentaires par l’effet des ondes électromagnétiques.

1959 : commercialisation de la poupée Barbie.

1961 : invention de la couche jetable. La couche-culotte spécifiquement destinée aux nourrissons apparaît en 1887 aux États-Unis, elle est due à Maria Allen, qui produit des couches insérées dans un vêtement.
En 1949, Valerie Hunter Gordon, petite-fille de l’inventeur Sebastian Ziani de Ferranti (inventeur du câble électrique à haute tension d’une tension supérieure à 10 kV en 1887), propose le concept de la première couche-culotte jetable. Elle comprend au départ des boutons à pression et des renforts en fibre de nylon pour le maintien, ainsi qu’une glissière pour l’épingle de sûreté,  seul le pad (la serviette) est jetable, l’enveloppe-culotte est donc réutilisable. Une nouvelle gamme fut ensuite lancée dans les années 1950, totalement jetable.

1967 : première transplantation cardiaque. La première transplantation cardiaque utilisant un cœur humain a été faite par Christiaan Barnard, chirurgien cardiaque au Cap en Afrique du Sud, le 3 décembre 1967.

1976 : Mabalo Lokela (patient index) succombe au virus Ebola. Aujourd’hui, il existe 6 souches différentes identifiées du virus, Ebolavirus Zaïre a un taux de létalité de 90%. Très contagieux, le virus provoque notamment des hémorragies.

1978 : naufrage de l’Amoco Cadiz.

1981 : Abolition de la peine de mort en France. « le 18 septembre 1981, par 363 voix contre 117, l’Assemblée nationale adopte, après deux jours de débats, le projet de loi portant abolition de la peine de mort présenté, au nom du Gouvernement, par Robert Badinter, garde des Sceaux, ministre de la justice. 12 jours plus tard, le texte est voté dans les mêmes termes par le Sénat, par 160 voix contre 126.
C’est l’aboutissement du long combat mené depuis deux siècles par la cohorte de ceux qui, dans les enceintes parlementaires, dans les prétoires ou dans leurs écrits, ont défendu la cause de l’abolition devant une opinion réticente, voire résolument hostile. »

1982 : sortie de l’album Thriller. Thriller est le sixième album studio de Michael Jackson. Il  sort le

1986 : accident nucléaire de Tchernobyl (Ukraine).

 

LSF

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« Si je reviens, comme je l’espère »

Je n’ai pas fait de recherches sur les Poilus, du coup, je n’ai pas écrit de texte pour les commémorations de la guerre 14-18…j’avais bien commencé à photographier les tombes des soldats morts pour la France, dans les communes proches de chez moi, mais je n’en ai encore rien fait (ça viendra, c’est sûr, mais pas tout de suite). Alors je vais évoquer un livre, que sans doute beaucoup d’entre vous connaissent, Si je reviens, comme je l’espère. (vous pouvez lire un extrait sur la liseuse hachette). 

si-je-reviens-comme-je-espere
Le livre est un recueil de lettres, celles de la famille Papillon, 5 frères, Marcel, Joseph, Lucien, Charles, et une sœur, Marthe. Une correspondance découverte 80 ans après les événements, dans la maison familiale des Papillon, par les nouveaux propriétaires. Une histoire qui nous emmène en plein cœur de la Grande Guerre, dont tous les protagonistes ne reviendront pas.
La correspondance débute le 28 juillet 1914, avec une mettre de Marthe à sa mère. Elle se prépare au départ de ses deux frères, Joseph et Marcel. Dans sa lettre suivante à sa mère, le 3 août 1914, Marthe pressent le sort qui attend les soldats. « C’est épouvantable quand on voit tous ces pauvres soldats partir et peut-être pour toujours ». La suite de la correspondance est celle des frères, pour l’essentiel. Le livre se termine avec une lettre de Marcel à Charles, datée du 10 octobre 1918, Marcel est à l’hôpital de Troyes, légèrement blessé à la tête par un obus de 150 qui a éclaté à 2 mètres de lui. « C’est une veine de ne pas avoir eu plus de mal ». Le cavalier PAPILLON Joseph Louis, matricule 2739 du 2è Escadron du 13è Dragons, lui, est décédé le 6 novembre 1915.

Et puis, complément de dernière minute, je viens de voir un reportage sur BFM TV, celui d’un petit-fils de Poilu qui, depuis 4 ans, tient un blog sur lequel il transcrit la correspondance de son grand-père au front. Vous le trouvez ici.

Enfin, pour évoquer spécifiquement la Touraine, je vous présente le hors série de 2014 de notre journal local, La Nouvelle République. La couverture titre « 1914-1918, La Grande Guerre, Des visages, des destins, témoignages inédits dans la région« .

HS_NR_2014
On y parle de la mobilisation, des femmes en guerre, du 66è RI, on y lit des lettres du front, des mots de l’espoir, des carnets de route, on y découvre l’enfer des tranchées, la vie à l’arrière, des souvenirs de soldats, la fraternisation, on se souvient des disparus à jamais.

 

LSF

 

 

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Les déportés de Tours

Ce blog est pour moi, l’occasion de parler de mes ancêtres et de ma Touraine natale. Et même si je connais un peu l’histoire ancienne de la Touraine, je connais beaucoup moins son histoire récente. Du coup, j’en apprends tous les jours, notamment sur le personnalités, moins connus que Yves Bonnefoy, Bernard Lama, Luz, Gérard Blanchard, Rubin Steiner, Ben l’Oncle Soul ou Jacques Villeret (entre autres). Et puis il y a les anonymes, ceux qu’on ne connaît mais qu’il ne faut pas oublier.

Je vous présente un article extrait du site La face cachée de l’étoile jaune, qui m’a beaucoup émue (publié en 2012 par Thierry Noël).

La Shoah à Tours : sur le chemin de la mémoire

Des lieux symboliques de mémoire sont nécessaires pour comprendre comment des hommes, des femmes et des enfants ont été assassinés, uniquement parce qu’ils étaient juifs. Des lieux et des personnages ont également allumé des lumières d’espoir. 
Un parcours à suivre dans la ville de Tours.

  1. LA SYNAGOGUE ET LA STELE DES JUSTES 
La stèle, dans la cour, visible de la rue

37 RUE PARMENTIER

La synagogue a fêté son centenaire en 2008. Elle a pu être construite grâce au don du banquier-mécène Daniel Iffla, dit Osiris, issu d’une famille juive marocaine. Elle est l’œuvre de l’architecte Victor Tondu qui a également réalisé les synagogues d’Arcachon, Vincennes, Tunis et Lausanne.

Ses vitraux sont signés de Lux-Fournier, peintre-verrier à Tours au XXe siècle. Depuis 1938, la synagogue était le siège social de l’association « La Fraternelle Israélite », et l’association cultuelle existait depuis 1906, conformément à la loi de séparation des églises et de l’Etat.
Le rabbin Léon Sommer, recruté en 1902, exerça son ministère jusqu’à sa mort en 1937.

En juin 1940, la synagogue fut transformée en dépôt de paille pour les chevaux et abrita le Parti Populaire Français (PPF), parti politique fascisant.

Elle est monument historique classé depuis 1994.

Le 19 avril 2005, Simone Veil, en présence de l’ambassadeur d’Israël, inaugure la stèle, installée dans la cour, en hommage aux 34 Justes d’Indre-et-Loire (42 aujourd’hui).

«  Vous avez sauvé l’honneur de la France et de l’humanité et il était important qu’Israël, en vous  honorant, donne votre exemple au monde. Vous avez montré qu’il n’y avait pas de banalisation du Mal (…) Vous êtes ma fierté d’être française car c’est en France que le plus de juifs ont été sauvés » rappela celle qui était alors la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

A l’engagement des Justes fut associée la mémoire des 236 juifs, hommes, femmes et enfants, de la communauté de Tours, raflés les 15 et 16 juillet 1942, par la police allemande avec la participation de la police française.

Ils seront enfermés dans les locaux de l’ancienne école normale de filles à Tours-Nord.
S’ajouteront 700 juifs en transit vers Auschwitz, par le camp de La Lande. Un camp situé à Monts, à 16 km de Tours, à 500 m de la ligne Paris-Bordeaux. Conçu pour un maximum de 500 personnes, il a fonctionné du 30 novembre 1940 à janvier 1944, comptant 23 bâtiments sur 7 Ha. Il a accueilli des réfugiés, provenant de rafles allemandes dans les grandes villes de l’ouest. A partir de novembre 1941, il est entouré d’un triple réseau de fils de fer barbelés. Les gendarmes français y assurent le maintien de l’ordre.

Le 5 janvier 1942, il devient officiellement camp d’internement pour juifs. Le rabbin Elie Bloch, y assurera le culte, et coordonnera l’assistance, s’occupant des enfants abandonnés suite à la déportation de leurs parents.
Le 4 septembre 1942, 422 internés (dont 277 femmes et enfants) sont transférés à Drancy. 

  1. RUE DU HALLEBARDIER

Dans la nuit du 5 au 6 février 1942, des Francs-Tireurs et Partisans qui participaient à une action de sabotage se retrouvent face à une sentinelle allemande, le soldat Kopiunik. Grièvement blessé, il meurt le 9 février.

Le préfet promet une prime de 50.000 F à qui donnera des informations permettant d’arrêter « les terroristes ». 40 otages sont arrêtés dont 10 communistes et 30 juifs (7 seront déportés à Auschwitz par le convoi n°2 du 5 juin 1942) sont emprisonnés à la caserne Lassalle.
Au total, vingt-sept personnes seront déportées à Auschwitz.

Parmi ces derniers, David Ziboulsky qui tenait une bonneterie rue du Commerce. Juif ukrainien, il a été naturalisé français en 1922. Suite aux bombardements de 1940, il vit rue d’Entraigues, et le magasin est installé dans une barraque en bois, avenue de Grammont.

Non seulement il est juif mais aussi franc-maçon. Un double motif d’arrestation.

Sa famille ira se réfugier en zone libre, dans le Beaujolais, et échappera aux arrestations.
La rafle du Vel’ d’Hiv s’étendra en province les 15 et 16 juillet.
A Tours, policiers en civil et soldats allemands débarqueront au domicile de familles juives – dont celle des enfants de l’école Mirabeau – puis les autocars convergent vers l’école normale de filles à Saint-Symphorien Le même sort est réservé aux juifs interpellés sur la ligne de démarcation ou détenus (133) au camp de la Lande de Monts. 

Des panneaux et un plan rappellent les faits
  1. L’ECOLE-PRISON MICHELET – 1941-1943

De 1941 à 1943, l’école primaire Michelet a été une prison allemande et un lieu d’internement pour des familles juives, des résistants et des civils, hommes, femmes et enfants. L’été 1942, plus de 200 juifs ont été arrêtés en Indre-et-Loire, le plus souvent sur la ligne de démarcation, parmi eux, plus de 50 enfants de 4 ans à 18 ans.

Depuis 2000, des collégiens de 4e et 3e, accompagnés par des enseignants convaincus de la nécessité du travail de mémoire, mènent un travail de recherches historiques afin de redonner aux personnes emprisonnées ici, une identité, afin que nul n’oublie.

Rien ne rappelle ce qui s’est passé ici
  1. LA GESTAPO 
    17 RUE GEORGE-SAND

Aucune plaque commémorative n’indique les heures sombres de ce bel immeuble. Ici, la Gestapo torturait des résistants, sous les ordres de Georg Brückle (arrêté à Baden-Baden en 1948, il sera condamné à mort mais en 1954, sa peine est ramenée à 10 ans de réclusion).

Les 32 agents (dont 10 sont allemands) sont aidés par Clara Knecht, une secrétaire alsacienne, qui sert d’interprète. Particulièrement sadique, elle faisait baiser son nerf de bœuf par les détenus avant de l’utiliser. Disparue à la Libération, on n’a jamais retrouvé sa trace.

Egalement traducteur au service de la Gestapo à partir de septembre 1942, Pierre Wennert, originaire de Moselle. Il intervient dans des affaires concernant les communistes, les résistants et les juifs. Arrêté en décembre 1944, il est condamné à mort le 26 juillet 1945 et fusillé le 3 septembre. Il sera accompagné jusqu’au peloton par l’abbé Labaume, qu’il avait arrêté et fait déporter en 1943.

Antoine Devaud, indicateur de la Gestapo, sous les ordres de Wennert, intervient dans les mêmes enquêtes. Condamné à mort en novembre 1944, il sera fusillé le 19 décembre.

  1. EMILE ARON 
    26 RUE DE CLOCHEVILLE


Emile Aron, né au Boulay (Indre-et-Loire) en 1907, est professeur de médecine depuis 1937, après de brillantes études à Strasbourg. Mobilisé comme médecin-chef en 1939, il est fait prisonnier le 21 juin 1940 en Alsace. Dénoncé comme juif, il n’est pas libéré et réussira à obtenir un Ausweiss en soignant un sous-officier allemand. Rentré à Tours, il est exclu de l’hôpital en raison du statut des Juifs de Vichy et est désigné en premier sur la liste des otages en cas de représailles allemandes.

Juste après l’agression de la rue du Hallebardier, les allemands se présentent chez lui, au 26 rue de Clocheville (au 25 se trouvait l’Institut Allemand). En pyjama, il a tout juste le temps de partir et son épouse Madeleine expliquera qu’il avait été appelé par une urgence médicale. Il ira se réfugier à Buzançais (Indre) avec de faux papiers. Fin décembre 1942, le couple rejoint la Suisse. Emile Aron retrouvera Tours à la Libération le 1er septembre 1944. Ancien conseiller municipal, il est désigné par Michel Debré, Commissaire de la République, pour siéger dans la nouvelle municipalité dirigée par Jean Meunier. En 1947, il devient directeur de l’Ecole de médecine de Tours et sera le premier doyen de la nouvelle faculté de médecine, créée en 1962. Il siégeait à l’Académie nationale de médecine et est décédé fin janvier 2011, à 103 ans.

  1. LE LYCEE DESCARTES
    RUE DE LA PREFECTURE
La plaque n’est pas visible de l’extérieur

Il a fallu attendre novembre 2007 pour qu’une plaque commémorative soit dévoilée dans l’enceinte du lycée Descartes, grâce à la mobilisation d’anciens élèves et de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire) pour convaincre le conseil d’administration de l’établissement. Elle honore la mémoire des élèves juifs :

Georges Mendez, né à Rochecorbon. Il sera déporté avec ses parents par le convoi n° 68 du 10 février 1944.

Maurice Margules, 20 ans, né à Châteauroux, habite au 3 rue Chaptal. Déporté avec ses parents par le convoi n°2 du 5 juin 1942.

Paul, 15 ans, et Emmanuel Feuermann, 18 ans. Le premier est né à Candé, le second à Bucarest. Internes, leurs parents habitent au Lude (Sarthe). Tous arrêtés, ils sont déportés par le convoi n° 48 du 13 février 1943.

Simon Henigsblit habitait 61 rue du Commerce. Recensé sous le prénom de Salomon. Sa mère meurt le 11 août 1941. Arrêté avec son père le 15 juillet 1942, ils sont déportés par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Anatole, 16 ans, et Georges Laub, 11 ans. Tous deux sont nés à Anvers où leur père, venu de Pologne, était négociant en diamant. La Belgique envahie, ils seront réfugiés en Gironde et arriveront en juillet 1941 au camp de La Lande. Ils seront autorisés à résider 82 rue Victor-Hugo, les enfants étant scolarisés à Descartes.

Anatole et sa mère seront déportés par le convoi n° 8, Georges et son père par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942.

Jacques Lévy, 15 ans, avec ses parents, sont des réfugiés de Metz, arrivés en juin 1940. Son père meurt à Tours le 19 décembre 1941. Arrêté avec sa mère Blanche, alors qu’ils tentaient de franchir la ligne de démarcation, ils sont envoyés à Pithiviers. Ils seront déportés par le convoi n° 35 du 21 septembre 1942. Sa grand-mère, meurt à 97 ans, à Joué-lès-Tours, le 14 février 1945.

Charles Kritzler, 15 ans, est né en Hongrie. Il est arrivé à Tours avec ses parents vers 1930. Son père est forain, sa mère élève ses trois enfants ; ils habitent 15 rue Elise-Dreux.

Arrêté dans la rafle du 15 juillet, avec son frère Claude, 7 ans, et sa sœur Agnès, 9 ans, ils sont détenus à l’Ecole Normale d’institutrice de Saint-Symphorien. Leurs parents sont emmenés à Angers et déportés par le convoi n°8. Charles, Agnès et Claude sont emmenés au camp de La Lande. Le 22 août 1942, Charles demande à être recueilli, en vain, avec son frère et sa sœur chez une tante à Paris. Le 21 septembre 1942, ils rejoignent Drancy, et seront déportés le 23 septembre par le convoi n° 36. Ils seront gazés à leur arrivée.

Edouard Mizrahi, 21 ans, avait été recensé sous le prénom d’Elie. Il avait deux frères et avait été scolarisé en 1938-1939 à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, avant sa classe de philosophie. Sa famille venait de Smyrne et sa mère était italienne (elle sera arrêtée le 15 juillet 1942). Après la rafle du 9 février 1942, il se réfugie à Châteauroux et réussira à gagner l’Italie, comme son père. Arrêté comme résistant à Florence le 1er mai 1944 pour faux papiers, il sera déporté dans les camps d’Auschwitz, Struthof et Dachau, et survivra.

Suite à l’attentat de la rue du Hallebardier, Pierre Minne, professeur de philo, soupçonné d’être juif sera arrêté et libéré au bout de trois jours, mais son épouse, juive, sera livrée à la Gestapo.

Au lycée Balzac, autre grand lycée, un professeur d’allemand, juive, est rayée des cadres de l’Education nationale, en avril 1943, suite à un congé sans solde pris à la rentrée 1941. Elle sera réintégrée à la Libération, avec dédommagement pour les salaires non perçus.

Un autre professeur, agrégée de sciences, mariée à un non-juif, devra quitter le lycée, et se réfugiera sous un faux nom dans la famille de son mari.

Une élève sera tuée accidentellement, par un véhicule allemand, au carrefour de la rue Chanoineau et du boulevard Béranger.

  1. SAINT-GATIEN – 
    ARRESTATION DE LEA KERISIT
Saint-Gatien, juste en face le parvis de la cathédrale

Le 23 septembre 1942, l’infirmière Léa Keresit est arrêtée alors qu’elle sort de l’hôpital Saint-Gatien où elle travaille. Dénoncée à la Gestapo, elle sera déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943, où elle mourra trois mois plus tard. Elle n’était pas juive mais son nom reste associé à l’action d’un groupe de passeurs de la ligne de démarcation, qui a secouru de nombreux juifs. Des hommes et des femmes confiés à l’abbé Henri Dupont, à La Chapelle-Blanche, qui leur procurait des vêtements. Pris en charge par les fermiers Maurice, ils passaient la ligne dans la ferme des époux Poupinneau, sur la commune de Vou. Seul l’abbé Dupont est revenu de déportation. Le traitre, Ferdinand Werner, condamné par contumace par la Cour de justice d’Orléans à 20 ans de travaux de forcés, est découvert en Côte d’Or en 1948, et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour de justice de Paris en janvier 1951.

  1. LE LYCEE 
    PAUL-LOUIS COURIER
Dans l’actuel lycée, la maison dite du Curé

Au moins huit élèves juifs ont été scolarisés à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, aujourd’hui un grand lycée au pied de la cathédrale, connu pour sa maison dite du Curé, immortalisée par Balzac.

Quatre étaient de Tours : Elie Mizrahi (également scolarisé au lycée Descartes en 1940-1941).

Elie Gattegno, né à Bourges en 1924, sa famille venait de Salonique, en Grèce, et habitait rue Victor-Hugo. Otage, suite à l’attentat de la rue du Hallebardier du 5 février 1942, ce jeune comptable de 18 ans, est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942.

Abraham Goldberg, 17 ans, habitait 13 rue de l’Hôpiteau, près de l’école. Il était ajusteur. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 42 du 6 novembre 1942, avec sa mère et sa grand-mère.

Edouard Leszczynski, 20 ans, venait de La Lande. Il a pu se cacher et échapper à la déportation.

Quatre venaient de l’est de la France : Osaias Bienenstock, 14 ans, né à Strasbourg, déporté par le convoi n° 31 le 11 septembre 1942. Sa famille venait de Galicie en Pologne. Expulsée d’Alsace vers Bordeaux, elle sera internée à La Lande et déportée.

David Pravidlo, né à Varsovie, n’avait pas encore 14 ans. Il est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942. Ses parents avaient été employés chez Pierre Massoteau, fermier à Monts, jusqu’à leur retour au camp de La Lande en septembre 1941.

Joseph Gerszonowicz, 15 ans, né à Szeszerowice en Pologne. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Roger Sobel, 14 ans, né à Metz, vivait à La Lande, avec ses parents (son père a été ouvrier tôlier au garage de la rue Origet et sa mère élevait ses trois frères) . Il seront tous déportés à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Joseph Mizrahi (frère d’Elie, scolarisé à Descartes), était scolarisé à Paul-Louis Courier de 1934 à 1938. Il poursuivra sa scolarité au lycée Descartes. Il rejoindra aussi l’Italie, via Issoudun, et suivra une formation de pilote aux Etats-Unis. Un troisième frère, Edouard, rejoindra la zone libre en 1941, puis l’Algérie et participera au débarquement de Provence le 15 août 1944.

Rue du Cygne, l’école Pigier
  1. L’ECOLE PIGIER – RUE DU CYGNE – NELLY FRANKFURTER

Nelly Frankfurter avait été expulsé de Bordeaux, avec sa famille polonaise, et vivait au camp de La Lande.

A partir de novembre 1941, elle obtient l’autorisation de suivre des cours de sténographie à l’école Pigier. Son père avait été directeur commercial chez Massey-Harris à Bordeaux.

Le 31 mai 1942, Nelly adresse une lettre au général-chef de la Kommandantur de Paris pour demander une exemption de l’étoile jaune : «  Je m’adresse donc à votre bonté, à vos sentiments humains qui, j’en suis sûre, sont aussi forts qu’en moi » écrit-elle. Elle n’obtiendra aucune réponse, sera arrêtée et déportée par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942, avec sa mère de 54 ans.

Ce convoi, formé à Angers, comptait 824 juifs, au lieu des 1000 habituels. Un accord du 2 juillet 1942 assurait le report temporaire de la déportation des juifs français. Dans le convoi, 288 juifs venaient de La Lande (132 hommes et 156 femmes). Parmi eux se trouvait également le Dr Abraham Lettich, 34 ans, domicilié 112 rue Origet, raflé avec sa femme Edith et leur fils Jean, 5 ans, qui mourront en déportation. Seul rescapé, il témoignera de son odyssée de « 34 mois dans les camps de concentration ».

Une plaque installée à l’entrée de l’école

10.L’ECOLE
RUE MIRABEAU

Le soir du 15 juillet 1942, cinq enfants scolarisés à l’école Mirabeau sont arrêtés : Norbert Kronenberg, 12 ans, né à Stuttgart, et son petit frère René, 8 ans, né à Strasbourg ; Joseph Zomersztajn, 12 ans, et ses deux petites sœurs Estelle, 8 ans et Paulette, 5 ans, tous nés à Nancy.

Leurs parents ont quitté la Pologne. Etrangers, ils sont évacués d’Alsace-Lorraine vers la Gironde.

Tous se retrouvent au camp de La Lande à partir du 5 décembre 1940.

La famille Kronenberg est autorisée à travailler à Tours et s’installe au 19 rue Jules Moineaux. La mère Léa s’occupe du foyer, le père, Chaïm est aide-horloger. Les Zomersztajn, Alta et Liber, s’installent au 17 de la même rue. Le père est aide-cordonnier. Jacques, le fils aîné, est apprenti coiffeur, et Maurice, le second, entre à l’école Pigier.

Tous, à l’exception de Chaïm, parti acheter des cigarettes, au moment de la rafle, seront arrêtés.

Liber est ramené à La Lande avec son aîné. Léa, Alta et leurs enfants sont enfermés à l’école normale de jeunes filles de Saint-Symphorien, et transférés à La Lande. Sur place, les familles sont séparées avec brutalité par les gendarmes français. Hommes, adolescents, femmes et jeunes filles « aptes au travail » sont envoyés sur Angers, et seront du convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Les plus jeunes restent au camp… Le 4 septembre, des internés partent pour Drancy, dont Jacques Zomersztajn, 17 ans. Le 21, c’est le tour de René, Norbert, Maurice, Joseph, Estelle et Paulette.

Le 23, ils seront 135 de La Lande à partir par le convoi n° 36 vers Auschwitz. Parmi eux, Arlette et Frédérique Feldman, 1 et 2 ans, nées à Tours, domiciliées 103 rue Lakanal ; Edith Viola, 37 jours, née à La Lande ; Nicole Mantel, 21 jours, née à La Lande…  Mais aussi, Osias Bergman, 5 ans ; Simon Blady, 8 ans ; Anna et Franja Fiszbin, 10 et 15 ans ; André, Dora et Yvette Inventarz, 6, 9 et 2 ans ; Léone Ihul, 10 ans ; Céline Koper, 4 ans ; Agnès, Charles et Claude Kritzler, 9 , 15 et 7 ans ; Jean Lettich, 5 ans ; Fernand et Raymond Mazur, 7 et 2 ans ; Albert, Buena et Rebecca Nahmias, 9, 12 et 14 ans ; Jacques Rosenbaum, 3 ans ; Sylvie Rosenthal, 12 ans ; David Rozenzwajg, 12 ans ; Claire, Hélène, Max Sperling, 13 ans, 20 mois et 13 ans ; Ida Wajnstein, 10 ans ; Maurice Zomersztajn, 14 ans.

Etaient partis par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942 : Isaac et Pierre Dzialoszinski, 5 et 9 ans ; Sylvain Kozubski, 4 ans ; Georges Laub, 11 ans ; Balcia et Maurice Schandor, 13 et 10 ans ; Ida Wajnsztein, 12 ans.

Par le convoi n° 32 du 14 septembre 1942 : Cécile, Charles et Fanny Basista, 2, 6 et 10 ans.

D’autres enfants suivront : Abraham et Jacqueline Goldberg, 17 et 12 ans, dans le convoi n° 42 du 6 novembre 1942 ; Claudette, Ginette, Suzanne Schwimmer, 20 mois, 3 et 4 ans, dans le convoi n° 45 du 11 novembre 1942 ; Rosa, Salomé, Suzy Alter, 6, 2 et 5 ans, dans le convoi n° 48 du 13 février 1943 ; Achille Herc, 6 ans, dans le convoi n° 59 du 2 septembre 1943 ; Anny Sussmann, 4 ans, Monique Loew, 10 ans, dans le convoi n° 68 du 10 février 1944 ; Jacqueline Vernet, 15 ans, (seule survivante à la libération d’Auschwitz), Marc Goldrach, 17 ans, dans le convoi n° 76 du 30 juin 1944 ; Paul Jakubowicz, 6 ans, arrêté à l’orphelinat de la Varenne Saint-Hilaire, dans le convoi n° 77 du 31 juillet 1944.

Enfin, Ida Yedinak, née le 7 septembre 1942, à la maternité de Tours, morte à Drancy le 12 mars 1943 à 6 mois.
La plaque commémorative, installée à l’entrée de l’école, sur la rue, a été posée en mai 2008, en présence du maire, du député, de l’inspecteur d’académie, du président de la communauté juive, à l’initiative de l’AREHSVAL. Juste en dessous, une autre plaque rappelle la mémoire de Marcel Rabache, instituteur torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald, où il mourra.

  1. PETAIN A TOURS
    25 OCTOBRE 1940
L’hôtel de ville accueillait Pétain le 25 octobre 1940

22 octobre 1940 : le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir-et-Cher. Une entrevue historique symbolisée par la poignée de mains marquant la volonté du chef de l’Etat Français de « collaborer ».

Tours devient l’antichambre de cette collaboration et les Tourangeaux sont massés devant l’hôtel de ville le 25 octobre pour acclamer le vieux militaire venu saluer le maire Ferdinand Morin avant d’aller visiter les quartiers sinistrés. A son retour de Montoire, Pétain fera une partie de billard avec le préfet Camille Vernet (en place depuis 1936, il sera muté dans l’Eure en novembre 1940 et révoqué en 1941).

A Tours, Pétain a sans doute la nostalgie de l’hôtel de l’Univers, où il était descendu en 1920 comme l’atteste le livre d’or. L’établissement du boulevard Heurteloup, est réquisitionné par l’armée Allemande depuis juin 1940 : il est à deux pas de la Feldkommandantur 528, installée dans le palais de justice.

Pétain connaît bien Tours. Le 13 juin 1940, au château de Cangey, où le conseil des ministres s’est replié, celui qui sera nommé président du conseil par le président Lebrun, trois jours plus tard, annonce la nécessité d’un armistice. Une idée qu’il amplifiera à la radio par son discours du 17 juin : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat »…

Les combattants croyaient en l’homme de Verdun. Ainsi, Armand Abraham Reis, né en 1878 dans le Bas-Rhin, à Mutzig, écrit au maréchal le 18 août 1942 depuis le camp de La Lande où il est interné avec sa femme : « Comme Juif, je suis interné dans le camp de la Lande, pour avoir voulu franchir la ligne de démarcation, sans être porteur de l’insigne (Ndlr : l’étoile jaune), et sans autorisation de déplacement ». Il rappelle qu’en août 1914, il a eu « le très grand honneur de servir dans votre état-major particulier, ceci pendant plus de deux ans ». Et il rappelle que son frère, officier d’artillerie, est mort de maladie contractée au front ; que son beau-père a été médecin-chef militaire de l’hôpital de Bougival ; que sa sœur était infirmière-major…

Pour tous ces états de service, il demande au maréchal d’intervenir en sa faveur… Reis mourra à Auschwitz le 18 février 1943.

SOURCES

Histoire des camps d’internement en Indre-et-Loire – Sophie Paisot-Béal – Roger Prévost (1993)

Histoire de Tours – David Bohbot, sous la direction de Bernard Chevalier (Privat, 1985)

Le lycée Balzac (Edition d’un centenaire, 2004)

Le lycée Descartes – Michel Laurencin (Editions du bicentenaire, 2006)

Le lycée Paul-Louis Courier – sous la direction de Gilbert Wycke (Allan Sutton, 2009)

Articles de Thierry Noël – La Nouvelle République du Centre-Ouest (2003-2010)

Histoire régionale de la Shoah en France – ouvrage collectif sous la direction de Patrick Cabanel et Jacques Fijalkow (Editions de Paris Max Chaleil, 2011), avec Simon Ostermann, pour Méthodes d’identification et de répression contre les Juifs dans les départements du Cher, du Loir-et-Cher, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire et du Loiret, 1940-1944.

Remerciements particuliers à Yvette Ferrand, fondatrice de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire), et à Jacques Pirondeau, de l’ERIL (Etudes sur la Résistance en Indre-et-Loire).

(source : La face cachée de l’étoile jaune)

 

LSF

Publié dans Non classé

Le Petit Journal, 28 septembre 1917

Lorsque ma grand-mère a déménagé en 1996, elle a quitté une maison_ en fait, un ensemble formé de plusieurs maisons réunies ultérieurement (parcelles 501 et 502 du cadastre napoléonien)_ et a vidé plusieurs greniers et autres débarras dans lesquels s’accumulaient, s’entassaient, s’empilaient, depuis des décennies, divers objets de toutes sortes et de tous horizons.

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(C) AD37 numérisées, Gizeux_6NUM10/112/009_Section_C2_Bourg_1829

Parmi ces objets, un vieux journal, que tout destinait à la poubelle si mon père ne me l’avait pas montré, car éventuellement, cela pouvait m’intéresser. Et c’était peu dire que ça m’intéressait, un journal vieux de 89 ans. Mais voilà, il y a 20 ans, je n’avais aucune connaissance en matière de conservation des documents anciens, et pour le préserver, je l’ai bien emballé, soigneusement…dans du film alimentaire (pour lui assurer une atmosphère un peu hermétique !). Et bien ce morceau de papier (tout de même à l’abri de la lumière et de l’humidité depuis que je l’ai adopté, ce qui n’était pas le cas auparavant) est un dur à cuire car il n’a pas bougé. Mais il a conservé toute la poussière coincée entre ses pages, que je n’avais pas enlevée en 1996, et ses déchirures qui ne se sont réparées toutes seules. Il s’agit du Petit Journal du 28 septembre 1917. Je vous le présente.

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Notez l’encart pour un établissement soignant la syphilis, la pub pour le Petrol Hahn (crée en 1885), le quinquina Byrrh (crée en 1866), Jouvence de l’Abbé Soury (crée au XVIIIè siècle) ou pour un traitement pour les constipés et entérités. Sachez qu’à Paris, la vielle, le temps était couvert et pluvieux.

Pour les plus curieux, vous trouverez une version beaucoup plus lisible sur Gallica.

Publié dans Personnalités tourangelles

Bretonneau, Trousseau, Velpeau, médecins

BRETONNEAU (1778-1862)

pierre bretonneau
Portrait du docteur Bretonneau d’après une photographie. Huile sur toile – Dim : H 141 x L 98. Signé : G. Moreau de Tours 1889. Offert par l’auteur à l’Hospice Général de Tours.
Bretonneau_Berthon
Portrait par René Théodore Berthon

Pierre Fidèle Bretonneau naît le 3 avril 1778 à Saint-Georges-sur-Cher. Il descend d’une longue lignée de médecins (8 générations). Il est le fils de Pierre Bretonneau (1741-1811), maître-chirurgien à Saint-Georges-sur-Cher, l’un de ses oncles, Jean Bretonneau, est maître-chirurgien auprès de Jules Hercule Meriadec de Rohan, prince de Guéméné et du Duc de Montbazon et un autre de ses oncles, Pierre Mahiet, est maître-chirurgien à Savonnières.

C’est son oncle, l’abbé Lecomte, curé de la paroisse de Chenonceau, qui fait son éducation et lui apprend  lire. En 1795, Bretonneau est choisi par le district de Carimont (Saint-Aignan, Loir-et-Cher) pour suivre des études à l’Ecole de Santé de Paris (devenue Ecole de médecine) pendant 3 ans. Contemporain de Laennec, il a pour enseignants Philippe Pinel ou Jean-Nicolas Corvisart et pour condisciples Dupuytren, Richerand, Husson, Savingy, Bayle, Récamier, Duméril, Esquirol. En 1801, il passe et réussit ses deux premiers examens (anatomie, médecine, chirurgie, pharmacie) et devient ainsi officier de santé, mais il échoue au troisième (échec dû à une discussion pendant l’épreuve avec le professeur Boyer durant laquelle Bretonneau soutient son point de vue avec fermeté). Il rentre alors à Chenonceaux sans passer son doctorat, et partage son temps entre ses malades et l’étude des sciences naturelles. Il se passionne pour la botanique et pour la physique. A côté de son cabinet de travail, il installe un atelier de tourneur, un laboratoire de chimie et d’histoire naturelle. Il étudie la vie des abeilles et des fourmis, fabrique des baromètres, des thermomètres, des endoscopes. Souffleur de verre, il invente le tube capillaire et la canule de trachéotomie. Savant horticulteur, il créera plus tard le parc de Palluau.

Bretonneau est convaincu de la nécessité de la vaccination gratuite.  A cette époque, la variole fait des ravages. Dès 1803, les bons résultats dus à sa campagne de vaccination lui assurent une certaine renommée : « Sur plus de trois cents enfants que j’ai vaccinés depuis six mois, je n’en ai pas eu un seul grièvement incommodé et… la certitude de ce préservatif est mise ici dans tout son jour par une épidémie variolique qui n’épargne que les vaccinés ».

Sa réputation grandit au point que les autorités tourangelles pensent à le nommer médecin-chef de l’Hôpital général. Le doctorat en médecine étant exigé pour accéder à cette fonction, il retourne à Paris en 1814, passe son cinquième examen (il est dispensé des autres) le 14 décembre 1814, et soutient sa thèse le 7 janvier 1815, intitulée De l’utilité de la compression et en particulier du bandage de Theden dans les inflammations idiopathiques de la peau. (l’originalité et l’efficacité de ce bandage tient au fait qu’il est enduit d’une huile siccative donc antiseptique). Dès son installation à Tours, en 1815, il se passionne pour la diphtérie. Les épidémies de 1816 et 1819 lui donnent l’occasion de réfléchir à la notion de contagion. Les résultats de ses travaux lui permettent de démontrer l’autonomie nosologique de la fièvre typhoïde et de la diphtérie.  Il pratique avec succès la première trachéotomie sur la fille d’un ami en 1825. En 1829, il donne une communication à l’Académie de Médecine sur  la  “Notion sur la contagion de la dothinentérie ” (typhoïde). Ses conclusions sont reçues avec circonspection car elles remettent en question le dogme de la génération spontanée et réfutent les thèses de Casimir Broussais alors admises par tous et annoncent l’ère pasteurienne (à cette époque, on ignore la notion d’infection microbienne, et comme le microscope n’était pas encore inventé, Bretonneau n’a pas pu confirmer son hypothèse). Il défend la notion de remède spécifique (en 1855, il écrit « Un germe spécial, propre à chaque contagion, donne naissance à chaque maladie contagieuse. Les fléaux épidémiques ne sont engendrés, disséminés que par leur germe reproducteur… »), s’opposant aux diètes et aux saignées et  constate qu’une même maladie peut avoir une expression différente selon le malade. Il est convaincu que l’essentiel du diagnostic repose sur une observation très attentive du malade.

Il a pour disciples Alfred Velpeau et Armand Trousseau.

Mausolée_BRETONNEAU_Clary_Lasalle
Mausolée de la famille Bretonneau-Clary, cimetière Lasalle, St-Cyr-sur-Loire

Plaque_Bretonneau_Lasalle

Il est fait chevalier (28 octobre 1828), puis officier (26 juillet 1849) de la Légion d’honneur.

Deux hôpitaux, un à Paris (source au plaisir des Dieux), l’autre à Tours, portent son nom. Son buste est présent à la mairie de Saint-Georges-sur-Cher.

Hopital_Bretonneau_Paris   

Pour le centenaire de sa mort, la République française a émis un timbre de 0,50F à son effigie, le 19 février 1962.
Timbre_Bretonneau

La Faculté de médecine de Tours est ornée de trois médaillons de bronze représentant Bretonneau, Velpeau et Trousseau.

Le musée Grévin de Tours représentait une leçon d’anatomie donnée par Bretonneau, Velpeau et Trousseau, à leurs étudiants.

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
– Emile Aron, Bretonneau, le médecin de Tours, 1979, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Base Léonore
Maitrise-orthop
EHESS
Academie de Touraine

Pour aller plus loin, voir la thèse_de Bretonneau
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose.)

 

VELPEAU (1795-1867)

VELPEAU
FEYEN-PERRIN Augustin, Velpeau enseignant à l’hôpital de la Charité (vers 1864)
Huile sur toile, H. 170 cm L. 233 cm
Dépôt de l’Etat, 1896. Transfert de propriété de l’Etat à la Ville de Tours, 2010 (Inv. 1896-1-1)

Alfred Velpeau est né le 29 Floréal de l’an III (18 mai 1795) à Brèches (Indre-et-Loire). Fils d’un maréchal ferrant,  il s’instruit comme le veut l’usage dans les petits villages, auprès du curé et d’un vieux maître d’école. Peut-être que Velpeau s’intéressa à la médecine en voyant son père pratiquer le métier de guérisseur de village. Grâce à Bodin, praticien de Saint-Paterne, il entre au service de Gouraud, chirurgien-chef de l’hôpital de Tours, qu’il étonne par son application et sa soif d’apprendre. Ainsi, il est présenté et recommandé à Bretonneau qui en fait son premier élève. En 1820, il quitte Tours pour Paris. En 1821, Velpeau est nommé aide d’anatomie et enseigne la pathologie externe, l’embryologie, l’occulistique et l’obstétrique. En 1823, il est reçu au concours de chirurgien et devient agrégé de médecine. En 1828, il devient chirurgien des hôpitaux après avoir réussi le concours du prosectorat et présenté 3 mémoires à l’Académie de Médecine. Ambitieux, il se met en quête d’une chaire. En 1830, il se présente à la chaire de pathologie chirurgicale mais échoue. Nouvel échec en 1831 pour la chaire de physiologie puis pour celle de pathologie externe. En 1834, il brigue la chaire de clinique d’accouchement, poste qui échoie à un autre médecin mais la même année, il est enfin reçu à la chaire de clinique chirurgicale. Il devient membre de l’Académie de médecine (1832) et de l’Académie des sciences (1843).

Parmi ses 341 publications, ses ouvrages les plus importants sont Traité d’anatomie chirurgicale (1825) ; Éléments de médecine opératoire (1832) ; Embryologie ou ovologie humaine (1833) ; Anatomie chirurgicale, générale et topographique (1836); Traité des accouchements (1835); Traité des maladies du sein (1853).

Le 11 août 1859, il est promu, commandeur de la Légion d’honneur. Il meurt en 1867. Il est inhumé à Paris, au cimetière du Montparnasse (division 7, rangée 1).

Son buste trône sur la place de l’église de Brèches. Il donna une somme importante pour reconstruire l’église qui tombait en ruines. Sa générosité est rappelée sur un vitrail où il est représenté dans sa robe professorale avec cette inscription : « Hommage de reconnaissance au Docteur Velpeau, Fondateur de cette Eglise ». Un quartier de Tours, une école ainsi qu’un hôpital à Tours portent son nom.
Son nom est associé à un bandage compressif, la bande Velpeau (comme Bretonneau ne publiait pas ses découvertes, ce sont ses deux élèves, Velpeau et Trousseau, qui ont exposé au monde médical les découvertes du maître. Par exemple, Bretonneau avait inventé le tube capillaire pour recueillir et transporter la pulpe vaccinale, adopté par le Comité Central de Vaccine. Mais c’est Velpeau qui publia La meilleure manière de conserver le vaccin et qui vulgarisa la Compression dans les inflammations, sujet de la thèse de doctorat de Bretonneau. Pressentant que l’air était le vecteur de germes responsables des infections  Bretonneau avait recommandé un bandage compressif sur les plaies. Velpeau exposa si bien les idées et la technique de son mentor, avec une phrase historique : « toute plaie est une porte ouverte à la mort », que la bande élastique porte (encore) le nom de Velpeau.)
Bande_Velpeau

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Base Léonore

Pour aller plus loin :
–  Communication de la Société française d’Histoire de la médecine
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose).

TROUSSEAU (1801-1867)

 

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(C) Trousseau par Nadar, BNF-Gallica
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(C) RMN – Hervé Lewandowski

Armand Trousseau naît le 14 octobre 1801 à Tours. Jeune orphelin d’un père enseignant, il bénéficie d’une bourse pour faire ses études secondaires au lycée d’Orléans, puis à celui de Lyon où il est le condisciple d’Edgar Quinet. Ensuite, il est répétiteur au collège de Blois. Doté d’une bonne culture classique, il est quelque temps professeur de rhétorique à Châteauroux mais fortement attiré par la médecine, il change d’orientation et commence ses études à Tours sous la tutelle de Pierre Bretonneau alors médecin-chef de l’hôpital, avec qui il apprend les méthodes d’observation clinique. Cette rencontre est déterminente et son nom reste encore attaché à celui de Bretonneau, dont il sera l’ami fidèle, le fils spirituel et le continuateur.

Il poursuit ses études à Paris où il fréquente entre autres François Broussais, Joseph Récamier, Théophile-René Laënnec, Jacques Lisfranc. Son ascension est fulgurante. Après soutenance de sa thèse, il devient docteur en médecine en 1825, puis est nommé agrégé de la Faculté de Médecine de Paris en 1827. Médecin des Hôpitaux en 1830, il a d’abord un poste d’assistant de Récamier. En 1931, il entre à l’Hôtel-Dieu. En 1832, il obtient une position dans la santé publique au Bureau Central. En 1839, il accède à la Chaire de Thérapeutique.

Il s’oppose à la doctrine de Broussais et partage les idées de Bretonneau sur la diphtérie et le typhus, sur la notion de la spécificité et sur la contagion par germes. Il fut aussi un disciple de la trachéotomie, notamment dans le croup, qu’il sera un des premiers à pratiquer: « Encore une petite fille de quatre ans sauvée: c’est ma 130ème opération en tout, ma 120ème pour le croup ; c’est ma 29ème guérison. C’est à vous que tout cela appartient… ».

En 1837, l’Académie médicale lui offre un prix honorifique. Deux ans plus tard, en 1839, il est nommé à la tête de la chaire de thérapeutique à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris.

Enfin, en 1852, il est titulaire de la Chaire de Clinique Médicale de l’Hôtel-Dieu de Paris qui est un des postes les plus prestigieux de l’époque. Jusqu’à sa retraite, il enseigne et répand les théories de Bretonneau.

En 1856, il devient membre de l’Académie de Médecine.

Son célèbre traité de la « Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu », publié en 1861, lui permet d’acquérir une renommée mondiale. Modèle de clarté et de précision, cet ouvrage fait le point entre autres sur la variole, la diphtérie, la notion de la contagion par des germes,  l’asthme (dont il est lui même atteint), l’angine de poitrine, le goitre exophtalmique, mais aussi sur l’ulcère chronique simple de l’estomac, la fissure à l’anus, les coliques hépatiques, l’ictère grave, la cirrhose, etc … ainsi que la tétanie qui se matérialise par une contracture de la main et qu’il observe lors d’une crise de spasmophilie en 1861 (nommé signe de Trousseau).

Il reste connu pour avoir inventé la thoracenthèse (ponction pleurale) dans les épanchements pleuraux, dont le procédé sera perfectionné par Paul-Georges Dieulafoy, l’un de ses principaux élèves.

Il meurt le 23 juin 1867, à l’âge de 66 ans,  en ayant suivi en clinicien, l’évolution d’un cancer de l’estomac dont il avait fait le diagnostic six mois auparavant, suite à l’apparition d’une thrombose veineuse du membre supérieur (nommé syndrome de Trousseau). Il a ce mot célèbre (à son élève Peter) : « Je suis perdu, une phlébite qui vient de se déclarer cette nuit ne me laisse plus aucun doute sur la nature de mon mal. » 

Ami de Victor Hugo, d’Eugène Delacroix et de bien d’autres, il a eu un renom considérable. Ses obsèques sont célébrés en l’église de la Madeleine à Paris, où une foule très nombreuse était venue lui rendre un dernier hommage. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 40).



Son fils, Georges Trousseau, devient également médecin, ainsi que son petit-fils, Armand-Henri Trousseau, devenu ophtalmologue.

« Ne croyez pas trop à la parole du maître, ne restez pas des écoliers serviles ; allez, voyez, comparez. »

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Encyclopédie Universalis
Medarus
http://armandtrousseau.wifeo.com/biographie.php
Amis et passionnés du Père Lachaise

Pour aller plus loin :
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose.)

LSF