Publié dans Légendes et folklore de Touraine, Petite histoire de la Touraine

Le loup-garou de Marçay

Il y a des ans et des ans que chaque nuit, du soleil couché à l’aube, un fantôme, sous forme d’une bête monstrueuse, courait par la plaine avec des sifflements sinistres.
Chaque fois qu’il entendait ces bruits, le fermier de la Maison Bleue se signait pour conjurer le mauvais sort et écarter de la ferme l’apparition fantomatique. On pensait à quelque seigneur du donjon de Marçay, pillard et voleur, qui avait ravagé longtemps les terres des paysans et dont l’âme, mise à la porte du Paradis, errait en expiation des se péchés.
Agacé d’être harcelé chaque nuit, le maître de la Maison Bleue s’était décidé à chasser le loup-garou, car, suivant une vieille croyance populaire, il fallait tuer le fantôme pour délivrer l’âme de sa peau et lui faire regagner des lieux de repos.
Il se mit en embuscade derrière la haie de sa borderie. Il vit bientôt s’avancer un fantôme vers lui vêtu d’un linceul blanc qui se confondait presque avec le brouillard, épais cette nuit-là. Presque terrifié, le paysan tira un coup de fusil et se sauva chez lui où il s’enferma soigneusement.

Le lendemain matin, dès l’aube, il sortit sans bruit et, à l’insu de tous, chercha à se rendre compte de l’effet du coup de fusil.
Quel ne fut pas son étonnement quand, au lieu du loup-garou, il vit qu’il avait tué une femme couverte d’un linceul banc ! Il évita de conter l’aventure et inhuma secrètement la malheureuse qu’il avait tuée. En réalité, il avait reconnu la châtelaine de Marçay, , qui chaque nuit, courait l’El-brou (1) sous une forme monstrueuse.

Depuis ce temps, la malheureuse châtelaine revient toutes les nuits et son âme continue de hanter la plaine de Marçay.
Quand la tempête mugit, quand le froid cingle, un sifflement aigu qui glace jusqu’à la moelle rappelle la peine de l’âme de la châtelaine en quête de repos, car elle n’a pas été inhumée en terre chrétienne.

(extrait de R. Vivier, J.M. Rougé, E. Millet, Contes et légendes de Touraine, Histoires merveilleuses, éditions Royer-Clio, 1993)

(1) Quand pour un méfait quelconque, un personne a été condamnée à courir l’El-brou, c’est-à-dire le loup-garou, tous les soirs, à la brume, elle deviendra mouton, chien ou loup. Elle courra du soleil couché à l’angélus du matin en bêlant, en jappant, ou bien en hurlant par les chemins et pas les champs. Dès le matin, le coureur d’El-brou redevient lui-même et le soir, par aucun moyen il ne peut s’empêcher de courir pendant le temps déterminé par celui qui lui a jeté un sort. (J.M. Rougé, Le Folklore de Touraine)

 

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Taille de la vigne

Pourquoi le dicton tourangeau affirme « A la foire, il y a plus d’un âne qui s’appelle Martin » ?

Saint Martin s’en allait sur les chemins de Touraine pour rejoindre l’abbaye de Marmoutier. Il traversait les vignes qui, alors, n’étaient pas taillées. Elles étaient en liane, produisaient de petites grappes acides, desquelles les moines en tiraient un petit vin aigrelet.

A la vue des murs de l’abbaye, saint Martin fit une pause. Il attacha son âne à un piquet qui soutenait un pied de vigne et fatigué, s’allongea pour prendre un peu de repos. L’air était doux, le soleil agréable. Saint Martin s’endormit mais l’âne. Toujours affamé, il brouta toute la vigne que lui permettait sa corde, jusqu’à la dernière feuille.

A son réveil, saint Martin ne put que constater les dégâts. De la vigoureuse liane, il ne restait qu’un trognon. Saint Martin s’en fut  à l’abbaye et confessa aux moines le péché de son âne. Mais l’âne n’a-t-il pas fait plus que n’importe quel humain pour le fils de Dieu ? Il a réchauffé de son souffle chaud le petit Jésus nouveau-né, il l’a porté dans sa fuite en Egypte lorsqu’il était menacé de mort,… Si l’âne fut pardonné, saint Martin aurait eut à faire quelques corvées pour l’abbaye en compensation.

Quel ne fut pas l’étonnement des moines de Marmoutier quand à l’heure venue de la vendange, ils récoltèrent sur les vignes taillées par l’âne de nombreuses et grosses grappes de raisin, juteuses et sucrées, produisant le meilleur vin qu’ils n’avaient jamais bu jusqu’alors. C’est depuis ce temps que la vigne se taille court et que les ânes s’appellent Martin.

N.B. : A en croire une autre légende, les ânes pourraient s’appeler Vincent. En effet, la même mésaventure serait arrivée à saint Vincent, dans le Bugey. Là aussi, son âne profita de l’inattention de son maître pour se régaler de feuilles de vigne. Mais cette découverte de la taille fut mise au profit du saint et non de son âne : les vignerons ont fait de saint Vincent leur patron.

« Dans le temps, en Touraine, on ne taillait point la vigne. Elle poussait toute seule. Et, vous autres, vous ne savez pas par qui elle fut taillée en premier ? _ Eh bin, c’est par…un âne ; oui, c’est acement bin sûr !!! et j’en paris une pinte de bon vin pour vous en faire une de bon sang !
Y avait, autefoué, un mouéne de ,Saint-Martin qui m’nait soune âne au champ. Et v’là qu’un jour c’t’âne s’est-i point échappé, et v’là-t-i pas qu’il a brouté eune veugne ! nom de l’là d’bon d’là !
Et v’là-t-i pas queu c’teue veugne a s’est asurvengée, alle a ameuné bin pu d’reuzins que ses vouézines ! Z’alors les gas, y z’ont dit : « J’allons pendiment couper l’boute de toutes leus varges… » Et v’là c’ment que la taille deu la veugne a fut t’appri aux hoummes d’boune volonté pâ’ un âne… »

(extrait de J.M. Rougé, Folklore de la Touraine, Arrault, 1947)

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Contes de Touraine

Si vous aimez les histoires au coin du feu lors des longues nuits d’hiver, voici un conte qui ravivera vos souvenirs d’enfance.

« Une fois il y avait une fillette en condition dans la campagne qui entendit parler que sa grand-mère était malade ; elle se mit en chemin le lendemain, pour l’aller voir ; mais quand elle fut bien loin, à une croisée de chemins, elle ne savait pas lequel prendre. Elle y rencontra un homme bien laid, conduisant une truie, et à qui elle demanda son chemin, lui disant qu’elle allait voir sa grand-mère malade. Il faut aller à gauche, lui dit-il, c’est le meilleur et le plus court chemin, et vous serez vite rendue. La fillette y alla ; mais le chemin était le plus long et le plus mauvais, elle mit longtemps pour arriver chez sa grand-mère, et c’est avec beaucoup de peine qu’elle s’y rendit très tard. Pendant que la petite Jeannette était engagée dans les patouilles du mauvais chemin, le vilain homme, qui venait de la renseigner mal, s’en alla à droite par le bon et court chemin, puis il arriva chez la grand-mère longtemps avant elle. Il tua la pauvre femme et il déposa
son sang dans la mette (huche) et se mit au lit. Quand la petite arriva chez sa grand-mère, elle frappa à la porte, ouvrit, entra et dit : Comment allez-vous, ma grand-mère ?
– Pas mieux, ma fille, répondit le vaurien d’un air plaintif, et contrefaisant sa voix : As-tu faim ?
– Oui, ma grand-mère, qu’y a-t-il à manger ?
– Il y a du sang dans la mette, prends la poêle et le fricasse, tu le mangeras. La petite obéit. Pendant qu’elle fricassait le sang, elle entendait du haut de la cheminée des voix comme des voix d’anges qui disaient :
Ah ! la maudite petite fille qui fricasse le sang de sa grand-mère !
– Qu’est-ce qui disent donc, ma grand-mère, ces voix qui chantent par la cheminée ?
– Ne les écoute pas, ma fille, ce sont des petits oiseaux qui chantent leur langage; et la petite continuait toujours à fricasser le sang de sa grand-mère, Mais les voix recommencèrent encore à chanter : Ah ! la vilaine petite coquine qui fricasse le sang de sa grand-mère !
Jeannette dit alors. Je n’ai pas faim, ma grand-mère, je ne veux pas manger de ce sang-là. Hé bien ! viens au lit, ma fille, viens au lit. Jeannette s’en alla au lit à côté de lui.
Quand elle y fut, elle s’écriat :
Ah ! ma grand-mère, que vous avez de grands bras ?
– C’est pour mieux t’embrasser, ma fille, c’est pour mieux t’embrasser.
– Ah ! ma grand-mère que vous avez de grandes jambes ?
– C’est pour mieux marcher, ma fille, c’est pour mieux marcher.
– Ah ! ma grand-mère, que vous avez de grands yeux ?
– C’est pour mieux te voir, ma fille, c’est pour mieux te voir.
– Ah ! ma grand-mère, que vous avez de grandes dents ?
– C’est pour mieux manger ma fille, c’est pour mieux manger.
Jeannette prit peur et dit :
Ah ! ma grand-mère, que j’ai grand envie de faire ?– Fais au lit, ma fille, fais au lit.
– C’est bien sale, ma grand-mère, si vous avez peur que je m’en aille, attachez-moi un brin de laine à la jambe, quand vous serez ennuyée que je sois dehors, vous le tirerez et vous verrez que j’y suis, ça vous rassurera.
– Tu as raison, ma fille, tu as raison.
– Et le monstre attache un brin de laine à la jambe de Jeannette, puis il garda le bout dans sa main. Quand la jeune fille fut dehors, elle rompit le brin de laine et s’en alla. Un moment après la fausse grand-mère dit : As-tu fait, Jeannette, as-tu fait ? Et les mêmes voix des petits anges répondirent encore du haut de la cheminée : Pas encore, ma grand-mère, pas
encore ! Mais quand il y eut longtemps ils dirent : c’est fini. Le monstre tira le brin de laine, mais il n’y avait plus rien au bout.
Ce mauvais diable se leva tout en colère et monta sur sa grande truie qu’il avait mise au tet (toit) et il courut après la jeune fille pour la rattraper ; il arriva à une rivière où des laveuses lavaient la buie (buée). Il leur dit :
Avez-vous vu passer fillon fillette,
Avec un chien barbette (barbet)
Qui la suivette (suivait).
– Oui, répondirent les laveuses, nous avons étendu un drap sur l’eau de la rivière et elle a passé dessus.
– Ah ! dit le méchant, étendez-en donc un que je passe.
Les laveuses tendirent un drap sur l’eau et le diable s’y engagea avec sa truie qui enfonça aussitôt, et il s’écria : Lape, lape, lape, ma grande truie, si tu ne lapes pas tout, nous nous noierons tous deux. Mais la truie n’a pas pu tout laper, et le diable s’est noyé avec sa truie, et fillon fillette fut sauvée. »

Ce conte de tradition populaire a été collecté en 1885 auprès de paysans tourangeaux par M. Légot (Revue de l’Avranchin, 1885).

(source : texte emprunté au site Les Almanachs des Terroirs de France ;

Image : George Frederic Watts)

 

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Le chêne de l’Effondrée

Septembre 1619, un grand événement se préparait à Montbazon et à Couzières. Sous l’influence de Richelieu, la reine mère MARIE DE MEDICIS, sortie de son exil imposé par le roi LOUIS XIII, son fils, se rendit en Touraine en vue d’une réconciliation avec ce dernier.

Hercule DE ROHAN, Duc de Montbazon, proposa son château de Couzières pour cette entrevue secrète. Parmi les seigneurs figurait un jeune et élégant chambellan du roi, Yves de KARVANEC. Sa fiancée, Renée du BREIL, demoiselle d’honneur de Marie DE MEDICIS, était arrivée au donjon de Montbazon.

Ce jeune homme plein de fougue souhaitait retrouver sa fiancée. Une nuit, il scella son cheval et se dirigea de Couzières vers le château de Montbazon. Mais pour cela, il fallait franchir le ruisseau du MARDEREAU, peu profond mais entouré de marécages. Le jeune cavalier n’a jamais rejoint sa belle.

L’année suivante, un laboureur nommé GAYGNIER passait sur le ponceau du Mardereau (passage en guise de petit pont), surpris par une odeur nauséabonde qui émanait des roseaux, il découvrit le cadavre d’un jeune homme et celui d’un cheval. Il décida de planter un jeune chêne face au marais fatal.

Dans les temps jadis, il était dit que par les belles nuits de septembre, le fantôme d’un cavalier passait silencieusement près du chêne. Ce lieu où disparu Yves de KARVANEC portera le nom de l’EFFONDRÉE. Vérité ou belle légende romantique ?
Au centre bourg de Veigné, empruntez la rue Jules FERRY vers Montbazon, sur votre droite, avant le petit pont Saint Joseph, vous verrez ce chêne qui, malgré son grand âge, donne encore de l’ombrage aux promeneurs.

(source : Mairie-Veigné)

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Ripette

Ripette est l’une des villes englouties les plus célèbres de Touraine. Elle était située sur la commune de Cravant-les-Coteaux, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le marais de Pallus (Pallus vient du latin paludis, signifiant marais et effectivement, ce lieu est régulièrement inondé lors des crues de la Vienne). La légende raconte, qu’à la place du marais, s’élevait une grande ville dont les habitants étaient méchants et avares. Une veille de Pâques, Jésus-Christ, déguisé en mendiant, parcourut les rues en demandant de l’eau ; il fut repoussé partout sauf aux Berthaisières, où il fut accueilli charitablement. Il annonça alors à la dame du lieu qu’elle devait se mettre à l’abri sur le côteau parce qu’il allait détruire la ville, « mauvais riches, vous m’avez refusé un peu d’eau, vous périrez par l’eau » . Mais celle-ci ne le voulut pas car l’une de ses filles était en ville. Jésus dit alors à la mère : « mettez votre pied sur le mien et elle entendra votre appel » . Alors la fille se sentit soulevée par une force mystérieuses et fut sauvée de l’engloutissement, d’où parfois le nom d’Auripède donné à cette ville (du latin auris-pedes signifiant les pieds qui ont une oreille), nom transformé ensuite en Ripette.

Trois cents ans après la disparition de la cité, le Prévôt de Chinon réussit à sortir la cloche d’or de Ripette du fond du marais. En la voyant, il s’écria : « De par Dieu ou par le Diable, nous la tenons » ; à cet instant, les cordes se rompirent et la cloche disparut à jamais. Depuis, tous les cent ans , la cloche sonne l’anniversaire de sa disparition.

Cette légende fut recueillie auprès des habitants par le chanoine Audard, qui devint curé de Cravant en 1931 et qui a laissé de nombreuses notes sur sa commune.

(source internet : http://www.litteratur.fr/communes-de-touraine/cravant-les-coteaux/4/
source biblio : Le Folklore de Touraine.)

 

 

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Les origines bibliques de la Touraine ou pourquoi le Tourangeau est pacifique et la Touraine est le jardin de la France

Alfred de Vigny (1797-1863) a écrit : « bons Tourangeaux, simples comme leur vie, doux comme l’air qu’ils respirent, et forts comme le sol puissant qu’ils fertilisent. » Si l’on en croit une légende tourangelle, le caractère placide des habitants remonterait à l’époque de Noé.

La Touraine et la Loire ont gardé le nom de Tourânn, bel homme aux yeux bruns, fils de Japhet, petit-fils de Noé, et celui de Lygère, la femme blonde de Tourânn. Lorsque Noé ordonna à ses petits-fils d’aller peupler les régions éloignées, c’est dans le pays de l’actuelle Touraine que les deux émigrants choisirent de s’arrêter, séduits par le charme et la douceur de la région. Tourânn et Lygère avaient reçu du patriarche un « oignon merveilleux du paradis » , qui, planté en bonne terre, devait donner naissance à une population harmonieuse sur une terre enjolivée de fleurs. Ils avaient également reçu de Sem un anneau de turquoise. Qui le porterait serait rusé comme le renard, réussirait dans le commerce et deviendrait riche.

De Cham, ils avaient reçu un anneau de cornaline ; qui le porterait aurait la force du buffle, serait un conquérant par sa force et ses armes. Il se trouva, qu’ayant posé les trois présents sur le sol, l’oignon germa et les pousses traversèrent les deux anneaux. Ainsi les Tourangeaux nés de l’oignon miraculeux ne possédèrent ni le don du commerce, ni celui des armes…mais sont pacifiques et bons cultivateurs !

La Touraine est donc devenue un jardin gracieux ; depuis, on le nomme « jardin de la France » .

(Extrait du Folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes)

(sources bibliographiques : – Jacques Feneant, Maryse Leveel, Le Folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes, C.L.D., Chambray-lès-Tours, 1989
– R. Vivier, J.M. Rougé, E. Millet, Contes et légendes de Touraine, Histoires merveilleuses, éditions Royer-Clio, 1993)