Publié dans Légendes et folklore de Touraine, Petite histoire de la Touraine

Taille de la vigne

Pourquoi le dicton tourangeau affirme « A la foire, il y a plus d’un âne qui s’appelle Martin » ?

Saint Martin s’en allait sur les chemins de Touraine pour rejoindre l’abbaye de Marmoutier. Il traversait les vignes qui, alors, n’étaient pas taillées. Elles étaient en liane, produisaient de petites grappes acides, desquelles les moines en tiraient un petit vin aigrelet.

A la vue des murs de l’abbaye, saint Martin fit une pause. Il attacha son âne à un piquet qui soutenait un pied de vigne et fatigué, s’allongea pour prendre un peu de repos. L’air était doux, le soleil agréable. Saint Martin s’endormit mais l’âne. Toujours affamé, il brouta toute la vigne que lui permettait sa corde, jusqu’à la dernière feuille.

A son réveil, saint Martin ne put que constater les dégâts. De la vigoureuse liane, il ne restait qu’un trognon. Saint Martin s’en fut  à l’abbaye et confessa aux moines le péché de son âne. Mais l’âne n’a-t-il pas fait plus que n’importe quel humain pour le fils de Dieu ? Il a réchauffé de son souffle chaud le petit Jésus nouveau-né, il l’a porté dans sa fuite en Egypte lorsqu’il était menacé de mort,… Si l’âne fut pardonné, saint Martin aurait eut à faire quelques corvées pour l’abbaye en compensation.

Quel ne fut pas l’étonnement des moines de Marmoutier quand à l’heure venue de la vendange, ils récoltèrent sur les vignes taillées par l’âne de nombreuses et grosses grappes de raisin, juteuses et sucrées, produisant le meilleur vin qu’ils n’avaient jamais bu jusqu’alors. C’est depuis ce temps que la vigne se taille court et que les ânes s’appellent Martin.

N.B. : A en croire une autre légende, les ânes pourraient s’appeler Vincent. En effet, la même mésaventure serait arrivée à saint Vincent, dans le Bugey. Là aussi, son âne profita de l’inattention de son maître pour se régaler de feuilles de vigne. Mais cette découverte de la taille fut mise au profit du saint et non de son âne : les vignerons ont fait de saint Vincent leur patron.

« Dans le temps, en Touraine, on ne taillait point la vigne. Elle poussait toute seule. Et, vous autres, vous ne savez pas par qui elle fut taillée en premier ? _ Eh bin, c’est par…un âne ; oui, c’est acement bin sûr !!! et j’en paris une pinte de bon vin pour vous en faire une de bon sang !
Y avait, autefoué, un mouéne de ,Saint-Martin qui m’nait soune âne au champ. Et v’là qu’un jour c’t’âne s’est-i point échappé, et v’là-t-i pas qu’il a brouté eune veugne ! nom de l’là d’bon d’là !
Et v’là-t-i pas queu c’teue veugne a s’est asurvengée, alle a ameuné bin pu d’reuzins que ses vouézines ! Z’alors les gas, y z’ont dit : « J’allons pendiment couper l’boute de toutes leus varges… » Et v’là c’ment que la taille deu la veugne a fut t’appri aux hoummes d’boune volonté pâ’ un âne… »

(extrait de J.M. Rougé, Folklore de la Touraine, Arrault, 1947)

LSF

Publié dans Légendes et folklore de Touraine, Petite histoire de la Touraine

La médecine tourangelle traditionnelle

Si la Touraine est connue pour ses écrivains célèbres comme Rabelais, Descartes, Balzac, Boylesve, Bonnefoy, ses artistes tels qu’Ockeghem, Fouquet, Colombe, Laloux, Sicard, ses acteurs parmi lesquels Carmet, Villeret, Anglade, elle l’est aussi pour ses médecins. Les plus connus sont Heurteloup, Bretonneau, Velpeau (inventeur du pansement qui porte son nom) ou Trousseau. Mais bien avant le développement de la médecine moderne à la fin XVIIIè siècle, les Tourangeaux pratiquaient une médecine plus…populaire. Voici quelques exemples de remèdes et de praticiens.

Contre l’énurésie, vous pouviez invoquer saint Damien et saint Cosme (patrons de la corporation des chirurgiens de Tours ! ) ou saint Pissou. Vous pouviez également manger une omelette à la souris et aux lombrics ou mélanger aux aliments des crottes de souris cuites au four.

Les reliques de saint André à Neuvy-le-Roi, guérissait de la gravelle (calcul rénal). Pour soigner les hémorroïdes, il fallait faire macérer de la poudre de licoche rouge (limace) avec une poignée de graines de sureau et « s’en frotter le derrière ».

Pour se prémunir de la coqueluche, on pouvait invoquer saint Aubin et prendre un sirop de loches rouges (limaces). Le sirop de limaces était également utilisé contre la toux. (décidément, les limaces étaient un remède répandu ! ).

Contre les convulsions des enfants, on invoquait saint Georges à Rochecorbon, saint Gilles à Ferrière-sur-Beaulieu ou à Saint-Paterne. On conseillait également de porter un collier d’ambre et de placer des pattes de taupes sous l’oreiller.

Pour combattre les rages de dents, il fallait invoquer sainte Apolline à Pont-de-Ruan ou à Chambray, placer une sangsue sur le petit orteil du côté opposé au mal ou attacher les deux pattes de derrière d’une taupe au bonnet d’un enfant (il ne faisait pas bon d’être une taupe non plus).

Pour se protéger de la peste et du choléra (très longtemps confondus), il fallait invoquer saint-Roch, tandis que la fontaine Saint-Roch à Beaulieu-lès-Loches soignait les lépreux. L’eau de la fontaine Saint-Armel protégeait des épidémies.

Dans l’église de Saint-Pierre-de-Varennes, on invoquait saint Clair « pour voir clair », tout comme la fontaine de la Clarté-Dieu à Saint-Paterne, donnait la « clarté d’yeux ». La « fontaine aux yeux », à Saint-Laurent-en-Gâtines, la fontaine du Locard à Port-Boulet, la fontaine Saint-Mandé à Ferrière-Larçon ou celle de Saint-Antoine-du-Rocher soignaient les maladies des yeux. La fontaine Sainte-Rose à Souvigné rendait la vue et la fontaine Saint-Martin à Saint-Laurent-de-Lin, si elle soignait aussi la vue, guérissait également les dartres.

On faisait dire un évangile à sainte Emerance dans l’église d’Avrillé contre le « mal au ventre ». Contre les maux d’oreilles, il fallait placer une gousse d’ail dans le conduit auditif et faire boire le malade dans un seau après un chat pour soigner les oreillons. Contre les maux de gorge, on pouvait faire un pèlerinage à Saint-Martin de Marmoutier ou s’entourer le cou, le soir en se couchant, avec la chaussette de sa jambe gauche.

Des invocations à saint Eutrope dans la collégiale Saint-Mexme de Chinon, guérissaient de l’hydropisie (œdème).

La fontaine de la Petite Moussière, celle des Poitevins, celle des Cartes et la fontaine de Touvois, toutes situées à Rochecorbon, guérissaient des rhumatismes. La fontaine de Touvois passait même pour être une fontaine de Jouvence et vers 1827, on vendait son eau très chère à Paris (30 sous le litre).

De son vivant, sainte Monégonde guérissait les maladies de peau, la fièvre et chassait les démons, tandis que les reliques de saint Vincent à Céré, guérissait les épileptiques et les possédés. Quant à saint You et saint Amable, ils étaient invoqués contre le venin de serpents à Neuiily-le-Brignon.

Qui de vous dira désormais qu’il ne sait pas à quel saint se vouer ?

(sources bibliographiques :
– Jacques FENEANT, Maryse LEVEEL, Le Folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes, C.L.D., 1989

Feneant-J-Folklore-De-Touraine-Livre-861861877_L~2
– Jean Robert MARECHAL, Les Saints de Touraine, guérisons, légendes, éditions Hugues de Chivré, 2010)

I-Grande-2635-les-saints-de-touraine--guerisons-legendes.net

 

 

LSF