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James Cane (1798-1868), philanthrope

Né le 17 frimaire an VII (7 décembre 1798) à Tours, James Cane est issu d’une famille d’origine irlandaise venue s’installer en Touraine après l’échec de la révolte de l’Irlande contre l’Angleterre. Au moment de son décès (27 avril 1868), il habitait la maison natale de Balzac, au 39 rue Royale, anciennement 25 rue de l’Armée d’Italie, actuellement Rue Nationale 1. D’ailleurs, à la mort de l’écrivain en 1850, Cane a financé la pose d’une plaque commémorative sur la façade de la demeure. Balzac et Cane ont vraisemblablement étaient des camarades de jeu.

Cane a légué à la ville de Tours un million de francs de l’époque pour le bureau de bienfaisance (pour comparaison, en 1850, 1kg de pain vaut 0,37 franc, 1 litre de vin vaut 0,80 franc, 1kg de viande de bœuf vaut 1,36 franc tandis qu’un maçon gagnait 2,30 francs par jour). 

Jusqu’en 1878, la rue James Cane était le prolongement de la rue de la Chevalerie. Elle prend son nom actuelle par arrêté du 05 août 1878.
 
Une stèle surmontée de son buste est installée dans le jardin de l’hôpital Bretonneau.

1.  selon d’autres sources, Cane ne vivait pas dans la maison de Balzac au moment de sa mort mais y serait né avant l’installation de la famille de l’écrivain. De même, ce serait Adrien Brun (1800-1876), l’un des condisciples de Balzac au collège de Vendôme, qui se serait chargé de faire apposer la plaque commémorative (il est alors préfet d’Indre-et-Loire). Après consultation des AD, James Cane est bien décédé 39 rue Royale (6NUM8/261/242 – Décès, 1868, vue 117), et Balzac bien né 25 rue de l’Armée d’Italie (6NUM8/261/025 – Naissances, an VII, vue 162).

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(sources :
– Geneviève Gascuel, Les noms des rues de Tours, Ed. C.M.D.
http://erwan.gil.free.fr/index.php?mod=freepages&pageid=109

Pour aller plus loin : assistancescolaire.com

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Jules Charpentier(1814-1892), bienfaiteur

Jules Charpentier naît à Tours le 11 novembre 1814 (AD37 numérisées, 6NUM8/261/073 – Naissances, 1814, p.159). Ses parents tenaient une boutique d’épicier-cirier.

Initié à la Franc-maçonnerie en 1837, Jules Charpentier reste aujourd’hui la figure emblématique de la loge du Grand Orient de France, les Démophiles, qu’il fonde à Tours en 1847. Il la préside  pendant dix-sept ans.

Il est maire de Tours de 1882 et 1884. Bienfaiteur de la ville, il lègue une forte somme d’argent qui devait être affectée à une fête des écoles dite « Fête scolaire de l’arbre de la Liberté ».

Il meurt soudainement salle Blandin (n°6 du Boulevard Béranger), alors qu’il présidait un banquet des Prévoyants de l’avenir, le 27 avril 1892 (AD37 numérisées, 6NUM8/261/317 – Décès, 1892, p.131). Il est inhumé au cimetière Lasalle de Tours-St-Symphorien.

Il a vécu au n°70 de la rue Saint-Eloi (devenue rue de Chinon, puis rue de Verville, puis rue Friedland, puis rue du faubourg St-Eloi en 1816, puis de nouveau rue St-Eloi en 1843) qui prend son nom (rue Charpentier) par délibération du 22 août 1892.

Pour aller plus loin : https://books.openedition.org/pufr/1853?lang=fr
Source : Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours

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Charles Gille (1799-1876), philanthrope

Né le 05 novembre 1799 (14 brumaire an VIII) à Tours, 15 place Victoire, Charles Gille est issu d’une famille de vinaigriers tourangeaux. Fils de Charles et Jeanne Marie Cléreau. Il participe à de nombreuses œuvres de bienfaisance sur la ville de Tours. Il décède le 14 août 1876. Il est inhumé au cimetière Lasalle.
Son monument funéraire est réalisé par Coussin (Coussin réalise également celui de François Boileau).

Lors de son percement, la rue faisait partie de la rue Barrossière reliant la rue de Bordeaux à la rue Saint-Lazarre. Elle devient rue de la Gare entre janvier et mai 1909. Elle prend le nom de rue Charles Gilles par délibération du 4 juin 1886.

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(C) AD37
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(C) AD37

(Références AD37 : 6NUM8/261/029 – Naissances, an VIII (An 8), p.32, acte n°86, 6NUM8/261/268 – Décès, 1876 (1876), p.210, acte n°830)


Le mot philanthropie vient du mot grec ancien φίλος (philos) « amoureux » et du mot ἄνθρωπος (ánthrôpos) « homme », « genre humain ». Il désigne en premier lieu une attitude de bienveillance doublée de bienfaisance de certaines personnes à l’égard d’autres personnes qu’elles ne connaissent pas mais qu’elles considèrent comme démunies matériellement et par conséquent nécessiteuses. En ce sens, philanthropie s’oppose à misanthropie (sources : Wikipédia, ou le
CNRTL).

Pour aller plus loin, voir ici.

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Sigismond Losserand (1845-1888), tailleur de limes

Sigismond Losserand naît le 5 décembre 1845 à Seythenex en Haute-Savoie. Il est le fils naturel de Marie Rose Losserand-Madoux. Orphelin à l’âge de 9 ans, il est d’abord berger, puis colporteur, comme beaucoup de petits savoyards de son époque. Il part à Nancy, puis à Metz, où il devint tailleur de limes (selon d’autres sources, il aurait travaillé à 14 ans comme ouvrier à Saint-Etienne, puis à Nancy).

La période de son service militaire coïncide avec la guerre de 1870. D’après plusieurs récits, ce serait à cette époque qu’il aurait appris à lire et à écrire, se formant en autodidacte. Dans le cadre de son instruction militaire, il aurait également acquis une solide formation musicale (d’après une allusion qu’il aurait faite lors de son séjour à l’école de gymnastique de Joinville-le-Pont).

Il épouse Elisabeth Ballion, en 1875 à Canéjan, en Gironde et quitte trois ans plus tard ce département pour s’installer au 24, rue Saint-Symphorien à Tours. Son premier enfant, Henri, naît le 24 avril 1880 et le second, prénommé Jean, naît le 8 octobre 1883.

Pratiquement, dès son installation à Tours, Losserand crée une société coopérative et en quelques années, il devient un organisateur de premier plan du syndicalisme et du mouvement socialiste tourangeau. Le journal L’Indépendant précise qu’il travaille comme « limier » pour 4,50 F par jour à la fabrique de limes de Portillon.

Dès 1882, Losserand est conseiller municipal de Tours, fonction qu’il occupe jusqu’en mai 1888. Pendant cette période, il déménage au 47 rue Thiers.

Syndicaliste actif, il participe aux congrès de la Fédération Nationale des Travailleurs Socialistes de France (FNTSF), et devient le délégué du groupe « la Sentinelle de Tours », au congrès de cette Fédération à Charleville en 1887.

En janvier 1886, le journal « Le Travail » trace un portrait de Losserand dans l’un de
ses articles :
«  Un  rude  jouteur,  qui  aime  la  liberté  et  sait  en  user.  L’Univers  est  sa  patrie.  Apprit  à travailler sous une grêle de coups prodigué par son patron, apprit à lire au Régiment où  il devint sous-officier, voyagea un peu partout et retint bien des choses. »
La  guerre  terminée,  il  retourne  à  la  vie  civile,  se  passionne  pour  la  Révolution  Sociale  et fonde un syndicat des tailleurs de limes.
Il bataille pour la cause ouvrière dissimulant un caractère autoritaire derrière une souplesse d’esprit et une « bonne tête ». Il s’exprime bien, avec aplomb, bon sens, et habileté.
Son  langage  académique  lui  permet  d’épater  le  bourgeois,  et  malgré  les  pointes  acérées qu’il  sait  prodiguer  a  l’adversaire,  se  crée  peu  d’ennemis.  Il  est  très  intelligent,   remuant, sympathique et très apprécié des travailleurs qui savent pouvoir compter sur lui. »
La presse réactionnaire, au travers du journal d’Indre et Loire, reconnaît certaines qualités à son adversaire : « La parole claire sinon élégante, nerveuse sinon châtiée ».
Qualifié  avec  son  camarade  Corbeau  de  «   francs  révolutionnaires,  dangereux  socialistes, mais ennemis loyaux, plus sincères, plus honnêtes, plus intelligents » que les modérés du Conseil municipal.
« Farouche démagogue, à la barbe hirsute, aux cheveux ébouriffés, Losserand est un des membres les plus intelligents et aussi les plus impartiaux du conseil municipal. »
Les camarades de SL voient en lui « l’enfant du peuple qui n’a pu s’élever à la considération publique  dont  il  jouit  que  par  la  seule  force  de  sa  volonté  et  de  son  intelligence  admirant l’énergie qu’il apporte à l’accomplissement de son mandat et l’ardeur vaillante avec laquelle il revendique les droits des ouvriers ».

Malade, affaibli et ayant perdu les siens, Sigismond meurt le 14 novembre 1888, à 5 heures du soir. Il est enterré civilement le 17 suivant, au cimetière Lasalle de St-Symphorien.

Le 9 août 1901, suite à plusieurs démarches d’associations d’ouvriers, une délibération du Conseil municipal débaptise la rue Saint-Symphorien (dénommée ainsi depuis  l’arrêté municipal du 5 mars 1844) après que M Pic-Paris, maire de Tours, fait préparer une notice biographique de Sigismond Losserand pour faire admettre le nouveau nom. Le nouveau nom est confirmé par le décret du Président de la République le 17 janvier 1902. La rue Saint-Symphorien devint officiellement rue Losserand.

 

(sources : – https://paul-bert.jimdo.com/lieux-faits-et-personnages/personnages/sigismond-losserand/
http://books.openedition.org/pufr/1856
https://37.force-ouvriere.org/IMG/pdf/Sigismond_LOSSERANDdef2.pdf)

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Jacques Borgnet (1915-1945), résistant

Jacques Borgnet naît à Tours le 19 août 1915. Il fait ses études au collège Saint-Grégoire puis au lycée Descartes. Pendant l’occupation allemande, il rejoint le Père de la Péraudière dans le mouvement de « Résistance » (réseau Cohors-Asturies). Il est arrêté et déporté Buchenwald par le convoi dit des tatoués le 27 avril 1944 (1). Jacques porte désormais le matricule 185122 (Auschwitz). Le 25 mai 1944, comme un millier de « tatoués », Jacques Borgnet est ensuite envoyé au camp de Flossenbürg . François Lecureuil, déporté survivant des camps, témoigne des dernières heures de Jacques Borgnet.

Tout au long de l’exode du commando [évacuation du Kommando de Flossenbürg], Jacques Borgnet avait montré un courage constant et même un entrain qu’il propageait autour de lui afin de stimuler ses camarades et de les aider à supporter les rigueurs de la faim, de la soif, la fatigue des marches forcées et l’angoisse croissante du sort que nous redoutions. Mais depuis quelques jours (je me situe au début de mai 1945), son allant avait disparu, il se traînait sur la route et me répétait souvent quand nous étions à portée de voix : “Mon pauvre François, je vais crever !” Sans doute était-il atteint de la redoutable dysenterie, mortelle pour beaucoup à cause de l’épuisement qu’elle provoquait, et se
sentait-il anéanti. […] Aussi je me rappelle que c’est avec un étonnement désespéré que j’ai revu Jacques le dimanche matin 6 mai 1945 allongé sur la paille dans le fond de cette grange où nous avions été parqués pour la nuit. Ses yeux étaient déjà vitreux, ses pommettes encore plus saillantes, le teint terreux, sans mouvement, alors qu’il était demeuré à mes yeux le modèle du courage et de l’optimisme. […] Jacques avait donc reçu son petit bout de pain que Pierre Goupille avait “touché” pour lui et lui avait apporté (à moins que ce soit moi, je ne me souviens plus très bien). Réaction d’un malade devant de bons camarades ou bien acte de générosité au moment de la mort ? Je ne saurais le dire, mais ce dont je puis témoigner, c’est de son geste et de ses paroles à ce moment là. S’adressant à Pierre et à moi, il nous dit en tentant de nous donner son pain : “Partagez-vous ça : je n’en ai plus besoin” Je crois me souvenir qu’il souriait en nous regardant. Pour nous deux, âgés de 19 et 25 ans à l’époque, ce bout de pain supplémentaire était un trésor après tant de privations et de souffrances. Il y eu alors un appel et un rassemblement dans la cour de la ferme où stationnaient plusieurs chariots agricoles attelés à des tracteurs. Les valides – dont Pierre Goupille et moi – furent groupés à part pour reprendre la route à pied. Les malades et ceux qui ne pouvaient marcher durent grimper sur un des chariots qui partit pour le camp de Terezienstadt (nous l’apprîmes par la suite). Puis les mourants et les cadavres furent tirés dehors par des camarades de corvée et jetés pèle mêle sur un autre chariot. Jacques était du nombre, je l’ai vu. Etait-il déjà mort quand son corps rejoignit les autres dans le chariot ? Qui peut le savoir ? […]

Membre des scouts de France (routier-scout, chef scout du clan Mangin à Tours),  Jacques Borgnet a composé une prière. (source : http://salve-regina.com/index.php?title=Pri%C3%A8res_scoutes)

Souffrir pour monter

Ô Maître, Toi qui as dit : « Je suis la Route »,
apprends à Ton routier à Te ressembler,
apprends-lui à suivre la piste
que tes pas amis lui ont tracée
au milieu des difficultés de ce monde.

Il te demande de les supporter

avec un radieux sourire scout,
d’en triompher si Tu le permets,
d’en souffrir pour Toi,
si telle est Ta Sainte Volonté.

Décédé en déportation le 6 mai 1945 à Flöha (Allemagne), il est enterré au cimetière Lasalle de Saint-Cyr-sur-Loire (carré 23). La plaque commémorative porte la mention « Mort pour la France » (cote AC 21 P 27309) (source : memorialgenweb).

(DR)

 

Par délibération du 4 décembre 1972, une rue prend le nom de rue Jacques Borgnet et par délibération du 06 septembre 1982, son nom est donné à une impasse.

Sources : – Musée de la résistance en ligne
Bulletin de l’Amicale des Déportés Tatoués du convoi du 27 avril 1944
Association nationale des scouts français anciens combattants
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, Editions C.M.D.

Pour aller plus loin :
Vanina BRIERE, Les Français déportés à Buchenwald : exemple du convoi du 12 mai 1944, mémoire de Maîtrise
Amicale des déportés tatoués du 27 avril 1944
Fondation pour la mémoire de la déportation

(1) Le convoi des tatoués était composé de déportés de répression,  il quitte la France le 27 avril 1944 pour Auschwitz II-Birkenau et arrive à Buchenwald le 14 mai 1944. (la déportation de persécution vise à exterminer ceux que les nazis considèrent comme des sous-hommes (Juifs, Tziganes, homosexuels, déficients mentaux) ; la déportation de répression vise ceux que les nazis considéraient comme leurs ennemis (résistants, communistes).

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Fournier et les autres, la médecine tourangelle (2è partie)

Les autres, ce sont Hermary, Giraudet, les Herpin, Origet, Heurteloup, ou bien les Tonnellé.
Tous ces hommes ont une rue à Tours qui porte leurs noms, mais probablement peu d’entre vous sauront dire qui ils sont. Si vous suivez un peu ce blog, vous aurez peut-être deviné que ce sont des Tourangeaux, de naissance ou d’adoption. Mais combien de Tourangeaux savent que ce sont tous des médecins(1) ? Lire la suite de « Fournier et les autres, la médecine tourangelle (2è partie) »