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Fournier et les autres, la médecine tourangelle (2è partie)

Les autres, ce sont Hermary, Giraudet, les Herpin, Origet, Heurteloup, ou bien les Tonnellé.
Tous ces hommes ont une rue à Tours qui porte leurs noms, mais probablement peu d’entre vous sauront dire qui ils sont. Si vous suivez un peu ce blog, vous aurez peut-être deviné que ce sont des Tourangeaux, de naissance ou d’adoption. Mais combien de Tourangeaux savent que ce sont tous des médecins(1) ? Lire la suite de « Fournier et les autres, la médecine tourangelle (2è partie) »

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Bretonneau, Trousseau, Velpeau, médecins

BRETONNEAU (1778-1862)

pierre bretonneau
Portrait du docteur Bretonneau d’après une photographie. Huile sur toile – Dim : H 141 x L 98. Signé : G. Moreau de Tours 1889. Offert par l’auteur à l’Hospice Général de Tours.
Bretonneau_Berthon
Portrait par René Théodore Berthon

Pierre Fidèle Bretonneau naît le 3 avril 1778 à Saint-Georges-sur-Cher. Il descend d’une longue lignée de médecins (8 générations). Il est le fils de Pierre Bretonneau (1741-1811), maître-chirurgien à Saint-Georges-sur-Cher, l’un de ses oncles, Jean Bretonneau, est maître-chirurgien auprès de Jules Hercule Meriadec de Rohan, prince de Guéméné et du Duc de Montbazon et un autre de ses oncles, Pierre Mahiet, est maître-chirurgien à Savonnières.

C’est son oncle, l’abbé Lecomte, curé de la paroisse de Chenonceau, qui fait son éducation et lui apprend  lire. En 1795, Bretonneau est choisi par le district de Carimont (Saint-Aignan, Loir-et-Cher) pour suivre des études à l’Ecole de Santé de Paris (devenue Ecole de médecine) pendant 3 ans. Contemporain de Laennec, il a pour enseignants Philippe Pinel ou Jean-Nicolas Corvisart et pour condisciples Dupuytren, Richerand, Husson, Savingy, Bayle, Récamier, Duméril, Esquirol. En 1801, il passe et réussit ses deux premiers examens (anatomie, médecine, chirurgie, pharmacie) et devient ainsi officier de santé, mais il échoue au troisième (échec dû à une discussion pendant l’épreuve avec le professeur Boyer durant laquelle Bretonneau soutient son point de vue avec fermeté). Il rentre alors à Chenonceaux sans passer son doctorat, et partage son temps entre ses malades et l’étude des sciences naturelles. Il se passionne pour la botanique et pour la physique. A côté de son cabinet de travail, il installe un atelier de tourneur, un laboratoire de chimie et d’histoire naturelle. Il étudie la vie des abeilles et des fourmis, fabrique des baromètres, des thermomètres, des endoscopes. Souffleur de verre, il invente le tube capillaire et la canule de trachéotomie. Savant horticulteur, il créera plus tard le parc de Palluau.

Bretonneau est convaincu de la nécessité de la vaccination gratuite.  A cette époque, la variole fait des ravages. Dès 1803, les bons résultats dus à sa campagne de vaccination lui assurent une certaine renommée : « Sur plus de trois cents enfants que j’ai vaccinés depuis six mois, je n’en ai pas eu un seul grièvement incommodé et… la certitude de ce préservatif est mise ici dans tout son jour par une épidémie variolique qui n’épargne que les vaccinés ».

Sa réputation grandit au point que les autorités tourangelles pensent à le nommer médecin-chef de l’Hôpital général. Le doctorat en médecine étant exigé pour accéder à cette fonction, il retourne à Paris en 1814, passe son cinquième examen (il est dispensé des autres) le 14 décembre 1814, et soutient sa thèse le 7 janvier 1815, intitulée De l’utilité de la compression et en particulier du bandage de Theden dans les inflammations idiopathiques de la peau. (l’originalité et l’efficacité de ce bandage tient au fait qu’il est enduit d’une huile siccative donc antiseptique). Dès son installation à Tours, en 1815, il se passionne pour la diphtérie. Les épidémies de 1816 et 1819 lui donnent l’occasion de réfléchir à la notion de contagion. Les résultats de ses travaux lui permettent de démontrer l’autonomie nosologique de la fièvre typhoïde et de la diphtérie.  Il pratique avec succès la première trachéotomie sur la fille d’un ami en 1825. En 1829, il donne une communication à l’Académie de Médecine sur  la  “Notion sur la contagion de la dothinentérie ” (typhoïde). Ses conclusions sont reçues avec circonspection car elles remettent en question le dogme de la génération spontanée et réfutent les thèses de Casimir Broussais alors admises par tous et annoncent l’ère pasteurienne (à cette époque, on ignore la notion d’infection microbienne, et comme le microscope n’était pas encore inventé, Bretonneau n’a pas pu confirmer son hypothèse). Il défend la notion de remède spécifique (en 1855, il écrit « Un germe spécial, propre à chaque contagion, donne naissance à chaque maladie contagieuse. Les fléaux épidémiques ne sont engendrés, disséminés que par leur germe reproducteur… »), s’opposant aux diètes et aux saignées et  constate qu’une même maladie peut avoir une expression différente selon le malade. Il est convaincu que l’essentiel du diagnostic repose sur une observation très attentive du malade.

Il a pour disciples Alfred Velpeau et Armand Trousseau.

Mausolée_BRETONNEAU_Clary_Lasalle
Mausolée de la famille Bretonneau-Clary, cimetière Lasalle, St-Cyr-sur-Loire

Plaque_Bretonneau_Lasalle

Il est fait chevalier (28 octobre 1828), puis officier (26 juillet 1849) de la Légion d’honneur.

Deux hôpitaux, un à Paris (source au plaisir des Dieux), l’autre à Tours, portent son nom. Son buste est présent à la mairie de Saint-Georges-sur-Cher.

Hopital_Bretonneau_Paris   

Pour le centenaire de sa mort, la République française a émis un timbre de 0,50F à son effigie, le 19 février 1962.
Timbre_Bretonneau

La Faculté de médecine de Tours est ornée de trois médaillons de bronze représentant Bretonneau, Velpeau et Trousseau.

Le musée Grévin de Tours représentait une leçon d’anatomie donnée par Bretonneau, Velpeau et Trousseau, à leurs étudiants.

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
– Emile Aron, Bretonneau, le médecin de Tours, 1979, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Base Léonore
Maitrise-orthop
EHESS
Academie de Touraine

Pour aller plus loin, voir la thèse_de Bretonneau
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose.)

 

VELPEAU (1795-1867)

VELPEAU
FEYEN-PERRIN Augustin, Velpeau enseignant à l’hôpital de la Charité (vers 1864)
Huile sur toile, H. 170 cm L. 233 cm
Dépôt de l’Etat, 1896. Transfert de propriété de l’Etat à la Ville de Tours, 2010 (Inv. 1896-1-1)

Alfred Velpeau est né le 29 Floréal de l’an III (18 mai 1795) à Brèches (Indre-et-Loire). Fils d’un maréchal ferrant,  il s’instruit comme le veut l’usage dans les petits villages, auprès du curé et d’un vieux maître d’école. Peut-être que Velpeau s’intéressa à la médecine en voyant son père pratiquer le métier de guérisseur de village. Grâce à Bodin, praticien de Saint-Paterne, il entre au service de Gouraud, chirurgien-chef de l’hôpital de Tours, qu’il étonne par son application et sa soif d’apprendre. Ainsi, il est présenté et recommandé à Bretonneau qui en fait son premier élève. En 1820, il quitte Tours pour Paris. En 1821, Velpeau est nommé aide d’anatomie et enseigne la pathologie externe, l’embryologie, l’occulistique et l’obstétrique. En 1823, il est reçu au concours de chirurgien et devient agrégé de médecine. En 1828, il devient chirurgien des hôpitaux après avoir réussi le concours du prosectorat et présenté 3 mémoires à l’Académie de Médecine. Ambitieux, il se met en quête d’une chaire. En 1830, il se présente à la chaire de pathologie chirurgicale mais échoue. Nouvel échec en 1831 pour la chaire de physiologie puis pour celle de pathologie externe. En 1834, il brigue la chaire de clinique d’accouchement, poste qui échoie à un autre médecin mais la même année, il est enfin reçu à la chaire de clinique chirurgicale. Il devient membre de l’Académie de médecine (1832) et de l’Académie des sciences (1843).

Parmi ses 341 publications, ses ouvrages les plus importants sont Traité d’anatomie chirurgicale (1825) ; Éléments de médecine opératoire (1832) ; Embryologie ou ovologie humaine (1833) ; Anatomie chirurgicale, générale et topographique (1836); Traité des accouchements (1835); Traité des maladies du sein (1853).

Le 11 août 1859, il est promu, commandeur de la Légion d’honneur. Il meurt en 1867. Il est inhumé à Paris, au cimetière du Montparnasse (division 7, rangée 1).

Son buste trône sur la place de l’église de Brèches. Il donna une somme importante pour reconstruire l’église qui tombait en ruines. Sa générosité est rappelée sur un vitrail où il est représenté dans sa robe professorale avec cette inscription : « Hommage de reconnaissance au Docteur Velpeau, Fondateur de cette Eglise ». Un quartier de Tours, une école ainsi qu’un hôpital à Tours portent son nom.
Son nom est associé à un bandage compressif, la bande Velpeau (comme Bretonneau ne publiait pas ses découvertes, ce sont ses deux élèves, Velpeau et Trousseau, qui ont exposé au monde médical les découvertes du maître. Par exemple, Bretonneau avait inventé le tube capillaire pour recueillir et transporter la pulpe vaccinale, adopté par le Comité Central de Vaccine. Mais c’est Velpeau qui publia La meilleure manière de conserver le vaccin et qui vulgarisa la Compression dans les inflammations, sujet de la thèse de doctorat de Bretonneau. Pressentant que l’air était le vecteur de germes responsables des infections  Bretonneau avait recommandé un bandage compressif sur les plaies. Velpeau exposa si bien les idées et la technique de son mentor, avec une phrase historique : « toute plaie est une porte ouverte à la mort », que la bande élastique porte (encore) le nom de Velpeau.)
Bande_Velpeau

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Base Léonore

Pour aller plus loin :
–  Communication de la Société française d’Histoire de la médecine
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose).

TROUSSEAU (1801-1867)

 

Trousseau,_Armand,_Nadar,_BNF_Gallica
(C) Trousseau par Nadar, BNF-Gallica
armand_trousseau_meedecin_fran84029
(C) RMN – Hervé Lewandowski

Armand Trousseau naît le 14 octobre 1801 à Tours. Jeune orphelin d’un père enseignant, il bénéficie d’une bourse pour faire ses études secondaires au lycée d’Orléans, puis à celui de Lyon où il est le condisciple d’Edgar Quinet. Ensuite, il est répétiteur au collège de Blois. Doté d’une bonne culture classique, il est quelque temps professeur de rhétorique à Châteauroux mais fortement attiré par la médecine, il change d’orientation et commence ses études à Tours sous la tutelle de Pierre Bretonneau alors médecin-chef de l’hôpital, avec qui il apprend les méthodes d’observation clinique. Cette rencontre est déterminente et son nom reste encore attaché à celui de Bretonneau, dont il sera l’ami fidèle, le fils spirituel et le continuateur.

Il poursuit ses études à Paris où il fréquente entre autres François Broussais, Joseph Récamier, Théophile-René Laënnec, Jacques Lisfranc. Son ascension est fulgurante. Après soutenance de sa thèse, il devient docteur en médecine en 1825, puis est nommé agrégé de la Faculté de Médecine de Paris en 1827. Médecin des Hôpitaux en 1830, il a d’abord un poste d’assistant de Récamier. En 1931, il entre à l’Hôtel-Dieu. En 1832, il obtient une position dans la santé publique au Bureau Central. En 1839, il accède à la Chaire de Thérapeutique.

Il s’oppose à la doctrine de Broussais et partage les idées de Bretonneau sur la diphtérie et le typhus, sur la notion de la spécificité et sur la contagion par germes. Il fut aussi un disciple de la trachéotomie, notamment dans le croup, qu’il sera un des premiers à pratiquer: « Encore une petite fille de quatre ans sauvée: c’est ma 130ème opération en tout, ma 120ème pour le croup ; c’est ma 29ème guérison. C’est à vous que tout cela appartient… ».

En 1837, l’Académie médicale lui offre un prix honorifique. Deux ans plus tard, en 1839, il est nommé à la tête de la chaire de thérapeutique à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris.

Enfin, en 1852, il est titulaire de la Chaire de Clinique Médicale de l’Hôtel-Dieu de Paris qui est un des postes les plus prestigieux de l’époque. Jusqu’à sa retraite, il enseigne et répand les théories de Bretonneau.

En 1856, il devient membre de l’Académie de Médecine.

Son célèbre traité de la « Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu », publié en 1861, lui permet d’acquérir une renommée mondiale. Modèle de clarté et de précision, cet ouvrage fait le point entre autres sur la variole, la diphtérie, la notion de la contagion par des germes,  l’asthme (dont il est lui même atteint), l’angine de poitrine, le goitre exophtalmique, mais aussi sur l’ulcère chronique simple de l’estomac, la fissure à l’anus, les coliques hépatiques, l’ictère grave, la cirrhose, etc … ainsi que la tétanie qui se matérialise par une contracture de la main et qu’il observe lors d’une crise de spasmophilie en 1861 (nommé signe de Trousseau).

Il reste connu pour avoir inventé la thoracenthèse (ponction pleurale) dans les épanchements pleuraux, dont le procédé sera perfectionné par Paul-Georges Dieulafoy, l’un de ses principaux élèves.

Il meurt le 23 juin 1867, à l’âge de 66 ans,  en ayant suivi en clinicien, l’évolution d’un cancer de l’estomac dont il avait fait le diagnostic six mois auparavant, suite à l’apparition d’une thrombose veineuse du membre supérieur (nommé syndrome de Trousseau). Il a ce mot célèbre (à son élève Peter) : « Je suis perdu, une phlébite qui vient de se déclarer cette nuit ne me laisse plus aucun doute sur la nature de mon mal. » 

Ami de Victor Hugo, d’Eugène Delacroix et de bien d’autres, il a eu un renom considérable. Ses obsèques sont célébrés en l’église de la Madeleine à Paris, où une foule très nombreuse était venue lui rendre un dernier hommage. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 40).



Son fils, Georges Trousseau, devient également médecin, ainsi que son petit-fils, Armand-Henri Trousseau, devenu ophtalmologue.

« Ne croyez pas trop à la parole du maître, ne restez pas des écoliers serviles ; allez, voyez, comparez. »

(Sources :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray-lès-Tours, éd CLD
Encyclopédie Universalis
Medarus
http://armandtrousseau.wifeo.com/biographie.php
Amis et passionnés du Père Lachaise

Pour aller plus loin :
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions CLD.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose.)

LSF

 

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L’Hôpital général de Tours

Paris ne s’est pas fait en un jour. L’hôpital Bretonneau de Tours non plus. Il a évolué, changeant de fonctions, de nom et d’agencement.

Les premiers bâtiments datent XVe siècle, et ont été édifiés sous l’égide du clergé, grâce aux dons faits en faveur des pauvres. Le 20 mars 1641, Louis XIII octroie à la municipalité la somme de 4000 livres par an pour une aumônerie, mais les échevins encaissent cette somme chaque année sans mettre le projet à exécution. Le 23 juin 1656, par arrêté du Conseil d’Etat, Louis XIV décide de la construction d’un hôpital général dans chaque ville du royaume. Trois bâtiments longs de 80 mètres forment alors l’hôpital général de la Charité à Tours, le premier pour les services administratifs, le deuxième pour les femmes et le troisième pour les hommes. Mais les épidémies de peste (1626-1640), les aléas climatiques (ouragan de 1637, inondations de 1649, 1652) augmentent le nombre de vagabonds et de mendiants qui affluent vers Tours avec l’espoir de trouver du travail dans les manufactures de soie. Afin de préserver l’ordre public, l’arrêté de 1656 prévoit aussi que les indigents de la ville de Tours et des faubourgs de Marmoutier, du Plessis et de La Riche soient enfermés et astreints à un travail obligatoire. L’hospice devient donc une prison. Peu à peu, les mentalités évoluent, l’hôpital devient un asile accueillant les incurables, les aliénés, les épileptiques et les orphelins.
En 1658, Louis XIV confirme la création de cet établissement par lettres patentes, permettant ainsi l’organisation administrative de l’hôpital. (Ces lettres patentes sont confirmées par Louis XV en 1716, 1718, 1719 et 1720)
En 1698, un certain nombre d’aumônes et maladreries de Touraine sont réunies à l’Hôtel-Dieu de Tours (la présence de l’Hôtel-Dieu est attestée à partir du XIe siècle lorsque sa chapelle est mentionnée).
En 1766, le collège royal de chirurgie de Tours est fondé par lettres patentes.
L’Hôpital général met en place un enseignement pratique et, par décision l du 29 juin 1768, l’administration autorise l’utilisation des cadavres nécessaires aux démonstrations chirurgicales. A la veille de la Révolution, l’hospice ne présente que peu de différence avec l’établissement créé en 1656.

Le XIXe siècle

Le 14 fructidor an X (1er septembre 1802), l’Hôpital général de La Charité, l’Hôpital de La Madeleine et l’Hôtel-Dieu, fusionnent en un organisme unique.
A partir du 2 février 1814, le Ministre de la Guerre ordonne d’évacuer les militaires blessés et les malades de la Grande Armée sur Tours. L’hospice est alors transformé en hôpital militaire.
Une épidémie de typhus décime les malades et le personnel soignant.
Dès le XIXe siècle, l’hôpital ne suffit plus à accueillir la population sans cesse croissante.
Sous la Restauration et le Monarchie de Juillet, plusieurs bâtiments sont construits, tels les asiles dits de fous, une maternité édifiée vers 1817. De plus, un puits artésien est percé, une buanderie est organisée (auparavant, il fallait transporter le linge jusqu’au Cher pour le laver) et des travaux d’hygiène sont réalisés. De nouveaux bâtiments destinés à recevoir les enfants abandonnés sont construits à partir de  1840.
En 1825, l’arrivée de Pierre-Fidèle Bretonneau et de ses disciples Velpeau et Trousseau font évoluer l’hôpital. L’école de médecine est créée au sein de l’hospice général le 22 juin 1841 par ordonnance du roi.

A partir de 1854, l’établissement se divise en trois grandes structures : l’hôpital, l’hospice et l’asile des aliénés. Le premier reçoit les malades militaires ou marins, les malades civils hommes, femmes et enfants, les blessés
 accidentels, les galeux et les teigneux, les femmes et les filles enceintes et les vénériennes. Le second reçoit les vieillards et les incurables, les enfants assistés, les enfants et familles indigents, les vieillards des deux sexes tant valides qu’incurables et les épileptiques à titre de pensionnaire. Enfin, le quartier des aliénés reçoit les aliénés pensionnaires. Les « vénériennes » sont reçues dans un pavillon qui semble avoir été construit entre 1826 et 1828. Celui-ci prend par la suite, le nom de « Maison Neuve ». Ce sera en fait un hôpital-prison pour les  prostituées. Ce pavillon semble fonctionner encore en 1948.

Le XXe siècle

L’entre-deux-guerres voit la création de plusieurs services grâce à des dons.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les locaux de l’hôpital et le personnel sont réquisitionnés par l’armée allemande. Des abris antiaériens et des tranchées sont creusés. L’afflux des blessés oblige à transformer des lieux (lingerie, réfectoires), en chambres provisoires. Un cimetière de fortune est crée dans le jardin de l’hospice.

L’hôpital général de Tours devient Centre hospitalier universitaire. 

La chapelle (1661) ainsi que les toitures et les façades de l’ancien hospice sont inscrits au titre de Monuments historiques par arrêté du

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Margueron, botaniste

(texte de Martine Courtois et Marc Rideau, UFR des Sciences pharmaceutiques – EA 2106 « Biomolécules et biotechnologies végétales » 31 avenue Monge, 37200 TOURS, France)

Jean-Anthyme Margueron, pharmacien, botaniste et philanthrope est né à Tours le 12 juin 1771. Il est le quatrième garçon et le benjamin d’une fratrie de neuf enfants issue d’une famille de marchands ciriers. Il se marie avec une orléanaise, Jeanne-Claude Lenormand, qui lui donnera un fils unique, CharlesJoseph-Anthyme, mort en 1806 à l’âge de 6 ans. En avril 1793, après la « Levée en masse » décrétée par la Convention nationale, il part combattre la révolte des vendéens. Rapidement blessé à la bataille de Chemillé, il est hospitalisé à l’ancien monastère tourangeau de Marmoutier, transformé en hôpital militaire ambulant. Il y fait la connaissance du pharmacien-chef Jean-Louis Metges qui le persuade de devenir pharmacien. Le 19 octobre 1795, alors qu’il part rejoindre l’armée, il apprend à Saumur son acceptation comme pharmacien militaire de troisième classe à l’hôpital militaire d’instruction des armées au Val de Grâce. Il en profite pour suivre les cours gratuits du Collège de pharmacie de Paris. Ses premières recherches sur les huiles essentielles des Rutacées, comme la bergamote, sont publiées dans les Annales de Chimie (« De l’action du froid sur plusieurs huiles volatiles », 1797, Annales de chimie, 11 pluviôse an V, t. 21, 176- 181.) . Intégré ensuite aux armées de la République, il est promu pharmacien militaire de seconde classe en 1799, et poursuit ses recherches sur les huiles . En 1804, il suit la Grande Armée en tant que pharmacien militaire de première classe, soignant les blessés des grandes victoires de l’Empereur. Epuisé après la bataille particulièrement sanglante de Wagram en 1809, il décide de démissionner malgré les éloges qu’il reçoit de ses supérieurs et la promesse de la Légion d’honneur. Après avoir obtenu son diplôme « civil » de pharmacien à l’école spéciale de pharmacie de Paris le 7 décembre 1810, il revient à Tours où J.L. Metges l’associe à son officine installée au numéro 19 de la rue royale (actuelle rue Nationale).  Margueron, devenu en 1814 seul titulaire, annexe en 1816 à son officine, à l’exemple du pharmacien parisien Jean-Chrysanthe Galés et avec l’accord de la Société Médicale du département d’Indre-et-Loire un établissement de fumigations sulfureuses pour le traitement des maladies de peau (dartres, gales…) et des douleurs rhumatismales. Il acquiert une réputation d’homme bon et généreux aidant les malades indigents. C’est aussi un expert auprès du tribunal de première instance de Tours qui le consulte conjointement avec le médecin-chef de l’hospice général de Tours, Pierre-Fidèle Bretonneau ou avec le naturaliste Félix Dujardin, futur découvreur du cytoplasme. Membre de la Société Médicale de Tours depuis 1811 et de l’Académie de Médecine depuis 1825, Margueron s’intéresse à la potabilité des eaux. Cette préoccupation hygiéniste l’amène en 1826 à expertiser la « fontaine de Jouvence » située au moulin de Touvois sur la commune de Rochecorbon (Indre-etLoire). Il conclut au caractère fantaisiste des vertus miraculeuses attribuées à cette eau vendue en bouteilles à Paris à 1,50F le litre. Margueron cède son officine en 1832. Il a alors 61 ans, et sa retraite sera très active. Il continue ses expertises et participe aux travaux préliminaires de la première Flore d’Indre-et-Loire, rédigée par Félix Dujardin et commanditée par la Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d’Indre-et-Loire à laquelle il appartient depuis 1824 et dont il préside la section « Sciences » depuis 1830. Encouragé par cette Société, il tente l’acclimatation de plantes exotiques, tel Polygonum tinctorium (Persicaria tinctorium), originaire de Chine dont il parvient à extraire une substance colorante susceptible de remplacer l’indigo. Ces travaux lui valent une médaille d’argent à l’exposition des produits de l’industrie à Tours (1841) et les félicitations royales en 1842. Cependant, les essais de cultures coûtant cher à la ville et au département sont finalement abandonnés.  Mais c’est la création d’un jardin botanique à Tours qui permit à Margueron d’acquérir une notoriété reconnue encore aujourd’hui. Reprenant l’idée d’Auguste Duvau de la Farinière qui estimait en 1828 que la ville de Tours se devait d’être, dans ce domaine, égale à Blois et Angers, il s’engage dans une aventure qui durera plus de 11 ans. Dès 1836, Margueron et la Société d’Agriculture demandent une participation de 2000 F par an à la ville et lancent une souscription auprès des tourangeaux. Le préfet d’Entraigues propose de céder une partie du jardin de la Préfecture pour installer le jardin mais le Conseil général refuse prétextant le terrain trop petit. Margueron parviendra à lever les obstacles, d’autant que la création de l’école préparatoire de médecine et de pharmacie en 1841 apporte un argument supplémentaire à la création d’un jardin : les étudiants doivent apprendre la botanique. Une superficie de 5 ha est finalement trouvée à l’ouest de la ville sur l’emplacement d’un ancien ruau, en face de l’hospice général dont Margueron est l’un des administrateurs. Le paysagiste angevin André Leroy dresse le plan du jardin et plante l’arboretum. Les végétaux proviennent des nombreux dons de divers jardins botaniques et Margueron engloutit sa fortune dans l’opération. Original de la demande de souscription auprès des tourangeaux En 1843, Margueron est nommé directeur du jardin botanique dont l’inauguration des serres et de l’orangerie a lieu le 9 novembre. Son état de santé nécessite bientôt la nomination d’un directeur-adjoint, Paul Tassin, pharmacien-chef de l’hospice de Tours. Le 15 août 1857, il reçoit du préfet Podevin, venu à son domicile, la Légion d’honneur et meurt à Tours le 1er février 1858 à l’âge de 87 ans.

(source : http://www.shp-asso.org/medias/docs/1-L060-texte-de-la-communication-L60-SHP-2013.pdf)

 

LSF

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François Oudard Fortuné Gatien Duquesne de Clocheville et l’asile pour enfants de Tours

Clocheville_portrait

François Oudard Fortuné Gatien Duquesne de Clocheville, communément appelé Gatien de Clocheville est né à Tours en 1834.  Il est le fils du comte Julien Duchesne de Clocheville et de sa femme, Pauline. De constitution fragile, il meurt de phtisie, une forme de tuberculose, à l’âge de 19 ans, le 31 octobre 1853. Sur son lit de mort, il demande à sa mère, la comtesse de Clocheville, de consacrer une partie de sa fortune à l’établissement d’un hospice pour les enfants pauvres et malades de la commune.

Ainsi, en 1856, pour respecter les dernières volontés de son fils, la comtesse rachète un ancien hôtel particulier, l’Hôtel de la Cour-des-Prés, construit entre 1768 et 1780 pour Jacques Cormier de la Picardière, transformé en prison sous la Révolution Française, puis réquisitionné et transformé en caserne pour un maréchal du Second Empire en 1839. Devenu ensuite le siège de la division militaire établie à Tours, la comtesse de Clocheville ne pourra entrer en possession de son bien qu’à la fin de l’année 1880. Ce n’est donc qu’après cette date que la comtesse engage l’architecte Messire pour réaliser les travaux de l’hospice, auquel elle donnera le nom de son fils.

Le 9 juin 1881, l’hospice Gatien de Clochevile est inauguré et immédiatement confié à la municipalité de Tours. Au 1er août 1881, seize lits sont ouverts « pour l’admission des enfants de 4 à 14 ans seulement. En priorité les enfants pauvres de Tours, et ensuite des deux cantons de la ville ».
C’est à cette période que la comtesse s’installe avec le jeune vicomte Gaston Paillhou, un ami d’enfance de son fils, devenu son fils adoptif (et dont elle fera son légataire universelle), dans l’Hôtel Grillet (47 boulevard Béranger), « afin de mieux veiller sur les petits pensionnaires de l’asile ».

En 1882, pour agrandir l’hospice, la comtesse achète l’immeuble où est installée une ancienne fabrique de soieries, La Calandre, voisine de l’Hôtel de la Cour-des-Prés. 
Mme de Clocheville décède en 1884, alors que l’ouverture de six salles supplémentaires est en projet. L’hospice comprend alors soixante lits et une salle d’autopsie. Le personnel affecté à l’hospice se compose de six religieuses, d’un couple de concierges jardiniers, d’une fille de cuisine et de quelques auxiliaires temporaires.
En 1886, on adjoint au côté sud de l’ancien Hôtel de la Cour-des-Prés, trois nouveaux corps de bâtiments, et le vicomte Pailhou lègue à la municipalité une partie de son jardin afin de prolonger la rue de la Cours des Près jusqu’au boulevard Béranger, afin que la rue cesse d’être un cul-de-sac dangereux. Cette nouvelle rue sera nommée rue de Courset, du nom du botaniste et grand-père de la comtesse de Clocheville (délibération du Conseil municipal du 4 février 1886).
En 1893, Gaston Paillhou meurt en léguant l’Hôtel Grillet  « à la condition expresse de l’annexer à l’Asile de  Clocheville….et sans aucun prétexte ne pourra servir à un usage étranger à l’Asile ».
Entre 1900 et 1904, l’architecte Louis Morel construit la chapelle entre l’Hôtel Grillet et l’Asile.
Entre 1947 et 1948, on inaugure une unité moderne de vingt-trois berceaux et d’un lactarium.
Le 1er janvier 1952, en accord avec les héritiers de la famille, la ville confie la gestion de l’hôpital Gatien de Clocheville au Centre Hospitalire général de Tours (aujourd’hui, Hôpital Bretonneau). L’hôpital devient le Centre de pédiatrie Gatien de Clocheville.
En 1960, toutes les activités pédiatriques sont regroupées à Clocheville, nécessitant de gros travaux.
En 1964, un bâtiment supplémentaire, jouxtant l’asile Gatien de Clocheville, est inauguré.

Aujourd’hui, après des travaux effectués en 2003, le centre pédiatrique de Clocheville comprend trois bâtiments, vingt-cinq services médicaux, 213 lits et accueille environ 15 000 enfants de toute la région en hospitalisation et 65 000 en consultation externe. Clocheville aussi d’une maison des parents.

 

Centre de pédiatrie Gatien de Clocheville (doc. Yalta Production)plan_clocheville

 

 

LSF