Publié dans Le "petit" patrimoine de Touraine, Petite histoire de la Touraine

Tours dans les années 20 – au détour d’un plan

Temps de lecture : 7 minutes

J’ai dans ma bibliothèque un vieux plan de Tours (Gambier éditeur). Malheureusement (ou pas), il n’est pas daté. Je suis donc partie à la recherche d’indices qui me permettraient de le situer dans le temps. Et mes connaissances de guide agréée VPHA ont été mises à mal.

Première chose que je constate, le quartier de mon enfance, le quartier du Sanitas (1958) n’existe pas. Sanitas Le plan date donc d’avant la reconstruction. A la place de ce quartier et de celui de la Rotonde, se trouvent encore les ateliers de montage et de réparation des locomotives (le quartier de la Rotonde doit d’ailleurs son nom à ces installations). Le plan date donc d’avant la guerre. La date d’avant guerre est confirmée par la présence de la bibliothèque et du Muséum d’Histoire naturelles, sur les bords de Loire. Ces 2 bâtiments ont été détruits lors des bombardements de 1940.
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Mon regard poursuit son exploration et je constate qu’on voit les abattoirs des quais de Loire (détruits en 1923, rue de l’abattoir), mais pas l’Université François Rabelais (construite en 1971, rue des Tanneurs). Le Palais des sports (construit en 1955) n’est pas non plus sorti de terre.
Un autre bâtiment attire mon attention, à l’emplacement de la Poste, boulevard Béranger, se trouve la Maison d’arrêt. Quelques recherches aux AD37 plus tard et j’apprends que la maison d’arrêt est construite en 1841 et détruite en 1935 pour laisser place à la Poste. La Caisse d’Epargne (construction 1864-1866, agrandissement 1880 et 1898), boulevard Béranger, ne m’en apprendra pas plus car elle existe toujours.
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Tiens, un bâtiment que je n’avais pas vu. Dans le quartier de St-Symphorien, il y a l’école normale (installé dans les bâtiments des Bénédictines en 1888). Bon, à ce stade, ça ne me donne pas plus de renseignement puisque que les écoles normales deviennent IUFM en 1989 et que l’IUFM de Tours s’installe à Fondettes en 1990.

Donc, pour l’instant, je peux dire que le plan date d’avant 1923, date à laquelle les anciens abattoirs du Champ de Mars ont été détruits.

Je continue ma promenade visuelle, j’aperçois le Théâtre français, construit en 1884, détruit par un incendie en 1929 et réhabilité en clinique en 1931. Théâtre_françaisThéâtre_français_culture_gouv
Je vois aussi le cirque de Touraine, détruit en 1927, et l’usine à gaz, rue du gazomètre.

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La rue du gazomètre est rebaptisée ainsi après qu’une usine à gaz y est implantée en 1836. L’usine cesse son activité en 1931, date à laquelle une seconde usine plus importante est mise en service rue du Général Renault. La fontaine de Beaune trône place du Grand Marché (depuis 1820), où elle reste jusque dans les années 50 (1958), avant de retrouver son emplacement d’origine (à quelques dizaines de mètres près). Ah, intéressant (je ne le sais pas encore, mais c’est intéressant pour la datation de mon plan), je tombe sur le nouvel abattoir situé quartier Tonnellé. Les AD37 doivent bien avoir des infos sur le sujet. BINGO. Le nouvel abattoir est construit entre 1912 et 1916.

Mon plan illustre donc la ville de Tours entre 1916 et 1923. Puis-je être plus précise ?

Je trouve la machine élévatoire de St-François et l’incinération d’immondices (la machine élévatoire date de 1891-92), le vélodrome (1896-1962), les usines Schmid (1918-1985) et St-Gobain (cessation d’activité après la Seconde Guerre Mondiale), les Docks, remplacés en 1963 par les Champs Girault. Le canal du Berry n’est pas encore comblé (1960) donc l’autoroute A10 ne traverse pas la ville (1972). Le château de Beaujardin est encore debout (détruit lors des bombardements de 1940). Le champ de manœuvre du Menneton est toujours en activité (1829-1960). Mon collège, le collège Michelet, n’existe pas (1954), mais il y a une école rue Michelet. Une école a été construite rue Michelet en 1921, pour remplacer celle de la rue de Bordeaux (1875) devenue vétuste ; il faudrait vérifier aux Archives qu’il s’agit bien du même établissement. Je découvre qu’à Tours, il y a eu un parc à fourrage, rue du Plat d’étain et le magasin régional du 9è régiment, rue Camille Desmoulin (tous les deux installées dans le dernier quart du XIXè siècle, voir ici).

Donc, mon plan aurait été édité entre 1918 (installation des usines Schmid) et 1923 (destruction des anciens abattoirs), et peut-être même entre 1921 (création de l’école rue Michelet et du patronage laïque rue Parmentier) et 1923. Et si l’école est créée en 1921 et les abattoirs détruits en 1923, le plan devrait dater de 1922 ou 1923.

J’ai un guide de 1931 des éditions Arrault et Compagnie, dans lequel il y un autre plan de Tours. Les abattoirs des bords de Loire, détruits en 1923, n’apparaissent plus, remplacés par la cité-jardin des bords de Loire (1926-30), mais le cirque de Touraine, détruit en 1927, est toujours indiqué, tout comme le Théâtre français, détruit par le feu en 1929. Parmi les constructions postérieures à 1922, la cité-jardin du sénateur Letellier, édifiée en 1927, est indiquée, juste à côté du nouvel abattoir de 1916 et non loin du stade Tonnellé, inauguré en 1924 sous le nom de stade Rolland-Pilain (firme automobile sponsor de l’USTours Rugby), avant d’être renommé en 1931, stade Timbror (fabriquant de meubles sponsor de l’USTours Rugby). Le plan de 1931 est plus grand donc plus lisible ; je déchiffre les bâtiments illisibles sur le plan de 1922. Ainsi, je découvre le bureau de bienfaisance de la rue Baleschoux, créé le 1er frimaire an XII (23 novembre 1803). Des bâtiments non dénommés en 1922 apparaissent comme étant un marché aux bestiaux. Le marché aux bestiaux est construit sur les bords de Loire en 1897-1901.

DONC, soit mon plan de 1931 n’est pas à jour puisqu’en 1931, il présente des bâtiments détruits depuis 3 ans… soit il n’appartient pas au guide de 1931 et date de 1927. Du coup, mon premier plan ne date peut-être pas de 1922, mais il est la représentation de Tours en 1922.

Ces plans n’ont amenée à découvrir des trucs, des bâtiments que je ne connaissais pas, comme l’usine de Rochepinard, l’usine St-Gobain. La relecture de mon guide de visite de 1943 s’impose.
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Les anciens se souviennent que des octrois taxaient les marchandises entrant dans Tours et que des portes se refermaient tous les soirs sur la ville. En 1943, les octrois vivent leurs derniers instants. Et si certains pavillons existent encore de nos jours (Place Choiseul), ceux de la Place des Portes de fer (actuelle Place Jean Jaurès) ont disparu. Page 96, quelques lignes m’apprennent que les portes de fer, Place des portes de fer (Place du Maréchal Pétain en 1943), grille à trois battants, pesaient 30 000 livres, avaient été exécutées à Paris et posées en 1751.
Après cette petite parenthèse confiture (pourquoi confiture ? Parce que la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale…moi, je m’en fiche, je préfère le Nutella), je poursuis mes recherches. Vais-je trouver des renseignements sur l’abattoir Tonnellé ? Oui, page 136. En fait , non, à part, que ce nouvel abattoir est « un vaste établissement, doté de tous les perfectionnements modernes, [qui] répond à toutes les conditions d’hygiène et aux besoins de la population tourangelle ».
Je feuillète les pages, et m’arrête page 137. Le paragraphe s’intitule « L’eau du Cher. L’usine de Rochepinard. » L’origine du nom Rochepinard viendrait d’une propriété appelée Les Roches, qui aurait appartenue à un nommé Pierre Pinard. En 1854, une première usine de pompage de l’eau du Cher est construite à Rochepinard. Elle comprenait deux turbines hydrauliques et une pompe à vapeur de 15 CV. DE 1877 à 1855, l’usine est dotée de trois turbines et de deux pompes à vapeur de 80 CV. D’autres modifications sont effectuées, jusqu’à sa transformation en usine hydro-électrique.
Sympa le guide ! En 1943, on avait le sens du tourisme ! Alors, je continue avec l’usine d’incinération des ordures ménagères, page 140. L’usine d’incinération est construite entre 1924 et 1927. Une première série de trois fours est mise en service en 1925, une seconde de quatre fours deux ans plus tard. L’usine est modernisée en 1933 et 1937 et en 1943, elle traite annuellement 18 000 à 20 000 tonnes d’ordures ménagères. En 2017, cela donne :
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Tout est bien rodé, chaque déchet a sa poubelle. Bien malhonnête celui qui parlerait d’une usine à gaz ! En parlant d’usine à gaz, on en parle page 141 du guide.
L’usine à gaz de la rue du Gazomètre n’est plus : usine devenue trop centrale par suite de l’accroissement de la population, emplacement trop exigu pour la modernisation de l’usine, projet de construction d’un groupe scolaire sur l’emplacement de la rue du Gazomètre. C’est une nouvelle usine à gaz qui voit le jour rue du Général Renault en 1931. Info en passant, le réseau électrique de Tours est alimenté, entre autres, par l’usine d’incinération des ordures ménagères (600 kw) (à titre de comparaison, aujourd’hui, la Centrale de Chinon produit 900 Mw. 600 kw en 1943 devait permettre d’alimenter un quartier de Tours).
Et l’usine St-Gobain dans tout cela ? Je la trouve page 118. L’usine St-Gobain, succursale de la société St-Gobain, Chauny et Cirey pour la fabrication des engrais, emploie une cinquantaine d’ouvriers qui habitent pour la plupart une cité voisine.
Quant aux Postes, construites à la place la maison d’arrêt du Boulevard Béranger, j’en apprends plus page 102. « Tours vient d’être doté d’un Hôtel des Postes digne de son importance économique, touristique et de son rayonnement artistique. […] Construit de 1934 à 1937, cet édifice aux lignes simples, bâti selon la technique moderne, s’harmonise par sa hauteur avec le Palais de Justice qu’il côtoie. […] »

Voilà, voilà ! Et si l’aspect touristique de cet article vous a échappé, il a le mérite d’aborder des lieux méconnus de Tours.

 

LSF

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Les tombes anciennes de Ballan-Miré

Tous les cimetières comportent un carré ancien, tous les cimetières sont parsemés de tombes d’un autre temps. Le cimetière de Ballan-Miré (Indre-et-Loire) n’échappe pas à la règle.
Après avoir obtenu l’autorisation de la mairie, je suis allée à la rencontre de ces inconnus oubliés.

La sépulture la plus ancienne que j’ai trouvée date de 1851. C’est celle de Marie Boilève, décédée le 19 janvier 1851 à l’âge de 86 ans.
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La plus jeune décédée (tombes anciennes) est Arlette Annick Brault, décédée le 16 octobre 1940 à l’âge de 5 mois (carré G5, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise).
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Juste à côté de la tombe d’Arlette se trouve celle de Jackie Brault, 8 mois (carré G3, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise).
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Les deux enfants sont certainement parents puisqu’Emmanuel, employé des chemin de fer est le père de la première et que le déclarant pour le second est Emmanuel, garde-barrière.

Il y a de nombreuses tombes devenues anonymes (G69-G62-G36, G54-G71-G22, G25-G23-G24, concessions faisant l’objet d’une procédure de reprise).

Certaines tombes n’ont plus de nom mais sont identifiables grâce aux procès verbaux de la Mairie. C’est le cas de la tombe G1 (concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), dans laquelle repose Alain Lebrougre.
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Il y a aussi les tombes qui ne font pas l’objet d’une procédure de reprise mais qui sont visiblement à l’abandon. Le temps fait son œuvre.

Pour finir, on trouve les tombes disparues (carrés G38-G35, concessions faisant l’objet d’une procédure de reprise). Seul le panonceau de la Mairie indique qu’ici gît encore un Ballanais.

En 2017, il reste encore 7 tombes de soldats morts pour la France, Henri Beluet (carré G27), Charles Bled (carré B82), Adrien et Constant Champeaux (carré G31), Constant Migeon (carré G24, tombe sans nom, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), Pierre Poirier (carré G21, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), De Serbrun (carré A49).

 

Et quelques noms au hasard…

 

LSF

 

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Visiter la Touraine en 1938

C’est à Château-la-Vallière, en 1890, qu’est créé en le premier syndicat d’initiative du département, le « Comité d’initiative des promenades et des embellissements de Château-la-Vallière ».
Constitué de notables locaux, le comité concourt à une politique municipale très active en faveur du tourisme : aménagement de jardins et boulevards, inscription d’éléments de patrimoine aux Monuments historiques…Il publie en 1890 un fascicule de visite à destination des voyageurs. On y trouve la description des principaux monuments de la ville et des villages alentours, ainsi que quelques informations pratiques ! (FRAD037 _ Fonds Bongars)(1)
Aucune description de photo disponible.
(1)(Sources : 200 ans de Tourisme en Touraine, catalogue d’exposition/Archives départementales d’Indre-et-Loire)

Parmi les publications « anciennes » que je possède, il y a un petit guide touristique de 1938.
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En 1938, le guide édité par Arrault & Cie en est à sa 38è édition. La Tour Charlemagne s’est déjà écroulée (1928) mais l’Hôtel Gouïn n’a pas encore souffert des affres de la guerre (1940) ; l’Hôtel de la Crouzille n’a pas été détruit par les bombardements (1940), ni l’Hôtel de Beaune-Semblançay ; la fontaine de Beaune-Semblançay a été déplacée plusieurs fois mais n’a pas encore retrouvé son emplacement d’origine ; la maison de la cordelière dite de Tristan Lhermitte, n’est pas encore le siège de l’IEHCA (Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation) et la chapelle St-Eloi n’accueille pas les Archives Municipales de Tours (1990) ; si les châteaux de Langeais, Loches, Chenonceau (entre autres) se visitent déjà, ceux de Montbazon et de Candé ne sont pas ouverts au public, et celui de Comacre est à 26 ans de sa destruction ; la bibliothèque municipale, encore sise place Anatole France (détruite dans l’incendie de 1940), est ouverte tous les jours, sauf jours de fête, du 1er août au 31 mars, de 10h00 à 11h30 et de 1h00 à 4h00, de 10h00 à 11h30 et de 1h00 à 5h00 du 1er avril au 1er août, fermée 8 jours avant et après Pâques.

J’ai un autre guide édité par Arrault et Cie, datant de 1943.

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Cette fois-ci, la guerre a laissé des ruines dans le centre historique de Tours : l’Hôtel Gouïn, l’Hôtel de Beaune-Semblançay, l’Hôtel Gazil, l’Hôtel Bohier, l’Hôtel de la Vallière, l’Hôtel du Gouvernement, la bibliothèque municipale, le Museum d’Histoire naturelles,  « Toutes ces belles demeures ou leurs vestiges ont disparu dans la catastrophe de juin 1940 ». Idem pour l’imprimerie Mame, l’usine Liotard, l’hôtel du Faisan…

La société Arrault et compagnie, créé en 1881 a d’abord été, sous la direction d’Ernest Arrault, son fondateur, l’imprimeur de Charles Wilson et de son journal « La Petite France » qui devient, en 1890, la « Dépêche  du  Centre ». Sous l’impulsion de Charles Gay,  qui succède à Ernest Arrault en 1925, la Dépêche du Centre devient un  grand  quotidien  régional  couvrant  l’Indre-et-Loire, le Cher, le Loir-et-Cher, les Deux-Sèvres et, en partie, la Sarthe, la Vienne et le Maine-et-Loire. Parallèlement, l’imprimerie travaille avec de grands  éditeurs  parisiens et développe une activité d’imprimeur d’art. En 1949, la  société Arrault est condamnée pour collaboration et ses biens dévolus à la Société nationale des entreprises de presse (SNEP) ; le contentieux se poursuivra longuement. L’imprimerie de labeur poursuit son activité jusqu’en 1954. L’entreprise de presse est  réattribuée dès 1944 à la Nouvelle république du Centre Ouest de Jean Meunier, qui succède à Libé-Nord, journal clandestin résistant. (source : AD37)

 

LSF

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Tous les chemins mènent à…Tours

Si vous étiez un habitant du Moyen-Age, vous emprunteriez des voies toutes autres que celles d’aujourd’hui pour arriver à Tours. Déjà parce que l’axe nord-sud n’existait pas à cette époque. En effet, l’axe principal de la ville de Tours était l’axe est-ouest, celui qui passe par les actuelles rues Albert Thomas, rue Colbert et rue du Commerce ; le decamunus maximus romain quoi !

Mais on pouvait circuler du nord au sud en empruntant le pont d’Eudes II de Blois, celui qu’il avait fait construire en 1034 juste en face de la voie gallo-romaine. Et quel pont ! Animé, c’est peu dire, avec ses boutiques et ses habitations tout du long ! Un peu comme le Ponte Vecchio à Florence. Si, de nos jours, le pont d’Eudes a disparu, on peut encore voir, quand la Loire est basse, les piles qui le soutenaient. Et presqu’au même endroit, se dresse aujourd’hui le pont de Saint-Symphorien, le « pont de fil » comme disent les Tourangeaux, construit en 1845. Beaucoup plus calme que son ancêtre, c’est un pont réservé aux piétons, suspendu au-dessus de l’eau.

Mais alors, qu’est-il arrivé au pont d’Eudes ? Il a tout simplement été éclipsé par le « pont de pierre ». Non ! pas le pont de Pierre, le pont de Louis XIII, en pierre ! Parce que Louis avait des projets ambitieux : relier Paris à Saint-Jacques de Compostelle, la fameuse route du pèlerinage. Il y a eu Saint Martin à Tours, il y aura Saint Jacques à Compostelle. A projets ambitieux, travaux ambitieux. Tout d’abord, finie la route du sud passant par Loches : pas pratique et mal entretenue. Du coup, la route de Loches deviendra encore plus chaotique et les Tourangeaux prendront l’habitude de dire qu’« on n’est pas rendu à Loches » pour parler de quelque chose de laborieux et long. La nouvelle route partait de Paris, passait par Tours puis direction Bordeaux, avant de prendre la route de l’Espagne. Tiens, la route d’Espagne, c’est un nom qui en jette. Nouvel itinéraire, nouveau nom, qui, au fil du temps, a changé pour notamment devenir … la Route Nationale numéro 10. La RN10 à Tours ? Eh oui, la rue de la Tranchée, notre rue Nationale et l’avenue de Grammont ne sont rien d’autre que la RN 10. Et le pont de Louis en pierre dans tout cela ? C’est aussi une portion de la RN 10. Ce sera le nouvel accès à la ville, le pont principal permettant de traverser la Loire, et c’est à cette époque que Tours va s’étendre vers la plaine du Cher.

Mais ce n’était pas gagné. Si la première pierre du pont a été posée le 25 octobre 1765, il a fallu 13 ans pour achever l’édifice. Ce n’était pas faute de compétences puisque le pont a été conçu selon les plans de l’ingénieur général des Ponts et Chaussées de Tours, Mathieu de Bayeux. Mais Dame Nature n’a peut-être pas apprécié que l’on détruise l’île Saint-Jacques, pour construire celui que l’on nommera, à partir de 1918, le Pont Wilson, car durant l’hiver 1789, la Loire a gelé et 4 arches se sont effondrées, et ce n’est qu’en 1810 que le pont a été reconstruit. Mais les péripéties ne s’arrêtent pas là. En juin 1940, le pont est de nouveau détruit par les Alliés pour empêcher l’ennemi d’entrer dans la ville, puis en 1944 par les Allemands pour assurer leur repli et enfin le dimanche 9 avril 1978. Ce dernier effondrement était la conséquence d’une forte sécheresse en 1976, qui dégagea le bas des piles, associée à une forte crue en 1977. Résultat : 5 arches détruites et les Tourangeaux privés d’eau potable et d’électricité.

Donc : le pont d’Eudes II de Blois, utilisé seulement jusqu’au XVIIIème siècle, le pont de pierre plusieurs fois effondré, ajouté à cela qu’il fallait 23h de voyage en diligence pour effectuer le trajet Paris-Tours au temps de Balzac, mieux vaut se tourner vers d’autres voies d’accès. Et pourquoi pas le train ?

Arrivé à Tours en 1846, le chemin de fer permettait de faire le trajet Paris-Tours en 6h… et 54 minutes avec le TGV. Aujourd’hui encore, vous pouvez admirer la gare de Victor Laloux, édifiée entre 1896 et 98. Mais si ! l’architecte tourangeau qui a construit la gare d’Orsay et l’Hôtel de Ville de Roubaix. A Tours, on le connaît bien, c’est l’architecte de la basilique Saint-Martin et de l’Hôtel de Ville. Il a doté la ville d’une grande gare, aussi ambitieuse que novatrice, avec ses deux grandes verrières métalliques et sa façade de pierre. Monsieur Eiffel et sa tour ont fait des émules. Et puis, le débarcadère de 1846, exploité par la Compagnie de chemin de fer du PO (Paris-Orléans), et la petite gare de Vendée construite en 1875 et desservant les Sables d’Olonnes, étaient devenues trop petites.

Une fois au cœur de ville, rien ne vous empêche de vagabonder à travers les rues. Vous pouvez même essayer, depuis le 31 juillet 2013, le tram ! Les anciens vous regarderaient avec des yeux tous ronds, de vous extasier devant le tram. Parce qu’à Tours, le tram n’est pas nouveau ! Il a été mis en service le 8 juillet 1877, et a circulé jusqu’en 1949. Mais en 1949, il a été mis à la retraite. Bon d’accord, le tram de 2013 est plus rapide que les premiers trams hippomobiles, mais ça avait son charme.

Vous l’aurez compris, tous les chemins mènent à…Tours !

LSF

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Les origines bibliques de la Touraine ou pourquoi le Tourangeau est pacifique et la Touraine est le jardin de la France

Alfred de Vigny (1797-1863) a écrit : « bons Tourangeaux, simples comme leur vie, doux comme l’air qu’ils respirent, et forts comme le sol puissant qu’ils fertilisent. » Si l’on en croit une légende tourangelle, le caractère placide des habitants remonterait à l’époque de Noé.

La Touraine et la Loire ont gardé le nom de Tourânn, bel homme aux yeux bruns, fils de Japhet, petit-fils de Noé, et celui de Lygère, la femme blonde de Tourânn. Lorsque Noé ordonna à ses petits-fils d’aller peupler les régions éloignées, c’est dans le pays de l’actuelle Touraine que les deux émigrants choisirent de s’arrêter, séduits par le charme et la douceur de la région. Tourânn et Lygère avaient reçu du patriarche un « oignon merveilleux du paradis » , qui, planté en bonne terre, devait donner naissance à une population harmonieuse sur une terre enjolivée de fleurs. Ils avaient également reçu de Sem un anneau de turquoise. Qui le porterait serait rusé comme le renard, réussirait dans le commerce et deviendrait riche.

De Cham, ils avaient reçu un anneau de cornaline ; qui le porterait aurait la force du buffle, serait un conquérant par sa force et ses armes. Il se trouva, qu’ayant posé les trois présents sur le sol, l’oignon germa et les pousses traversèrent les deux anneaux. Ainsi les Tourangeaux nés de l’oignon miraculeux ne possédèrent ni le don du commerce, ni celui des armes…mais sont pacifiques et bons cultivateurs !

La Touraine est donc devenue un jardin gracieux ; depuis, on le nomme « jardin de la France » .

(Extrait du Folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes)

(sources bibliographiques : – Jacques Feneant, Maryse Leveel, Le Folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes, C.L.D., Chambray-lès-Tours, 1989
– R. Vivier, J.M. Rougé, E. Millet, Contes et légendes de Touraine, Histoires merveilleuses, éditions Royer-Clio, 1993)