Publié dans Petite histoire de la Touraine

Le 29/10/2001. Quand les gens tombaient et les sirènes hurlaient.

Je n’oublierai jamais ce 29 octobre 2001.

Ce jour-là, je devais me rendre à la fac pour déposer mon mémoire de maîtrise. J’avais 15 minutes de retard sur mon programme et j’avais peur d’arriver après la permanence de mon directeur de recherche. Je pestais. Je devais absolument être à la fac avant 10h30, et comme il était déjà 9h45 et qu’il me fallait 30 minutes pour y aller, plus trois étages à monter pour arriver au secteur Histoire de l’Art, il ne fallait pas que je traîne.

Ce jour-là, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une première ambulance, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une deuxième ambulance, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une troisième ambulance, même si je trouvais que cela faisait beaucoup en si peu de temps. Mais je me suis troublée quand j’ai vu les gens stupéfaits. Et je me suis glacée quand j’ai vu cette ambulance, cette femme effondrée dans les bras d’un pompier, près d’un corps entièrement recouvert d’une couverture dorée. Il n’y avait visiblement pas eu d’accident de la circulation. Je continuais ma route, sur le trottoir d’en face mais l’atmosphère qui régnait sur le boulevard indiquait clairement que quelque chose d’extraordinaire venait de se produire. Je ne pouvais pas m’enlever cette image de la tête, un homme était mort, que l’on cachait pudiquement sous une couverture de survie. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi les passants étaient-ils aussi bouleversés ? Si cet homme avait eu une crise cardiaque, la plupart des gens auraient poursuivi leurs occupations à l’arrivée des pompiers. Or, là, le temps s’était comme arrêté.

J’ai alors appelé une amie pour qu’elle surveille les informations ; on allait forcément en parler. Et malheureusement, on en a parlé.

Je ne me souviens plus comment j’ai appris la nouvelle…peu de temps après avoir déposé mon mémoire. Je ne me souviens plus comment j’ai découvert l’atrocité des événements mais je me souviens très bien des émotions. Je n’arrive pas à oublier la stupeur, l’effroi, la douleur des passants. Ce sentiment ne n’être que peu de chose face à la folie meurtrière.
Je n’ai pas été blessée, je n’ai pas perdu de proche, je n’ai pas directement été témoin du drame…je n’ai pas croisé son chemin. Mais j’aurais dû passer Boulevard Heurteloup à cette heure-là, j’aurais dû emprunter la rue Marceau à 9h40, j’aurais dû…et j’ai eu 15 minutes de retard. J’ai eu de la chance. Je n’ai pas croisé le chemin de Roux-Durraffourt.

Une plaque commémorative a été apposée à l’extrémité est du boulevard Béranger et une stèle, rappelant le nom des victimes et la date de l’événement, a été installée en face de la Mairie. Une salle du Palais des sports porte depuis, le nom de la dernière victime, Thierry Enguerrand.

 

 

Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

Les déportés de Tours

Ce blog est pour moi, l’occasion de parler de mes ancêtres et de ma Touraine natale. Et même si je connais un peu l’histoire ancienne de la Touraine, je connais beaucoup moins son histoire récente. Du coup, j’en apprends tous les jours, notamment sur le personnalités, moins connus que Yves Bonnefoy, Bernard Lama, Luz, Gérard Blanchard, Rubin Steiner, Ben l’Oncle Soul ou Jacques Villeret (entre autres). Et puis il y a les anonymes, ceux qu’on ne connaît mais qu’il ne faut pas oublier.

Je vous présente un article extrait du site La face cachée de l’étoile jaune, qui m’a beaucoup émue (publié en 2012 par Thierry Noël).

La Shoah à Tours : sur le chemin de la mémoire

Des lieux symboliques de mémoire sont nécessaires pour comprendre comment des hommes, des femmes et des enfants ont été assassinés, uniquement parce qu’ils étaient juifs. Des lieux et des personnages ont également allumé des lumières d’espoir. 
Un parcours à suivre dans la ville de Tours.

  1. LA SYNAGOGUE ET LA STELE DES JUSTES 
La stèle, dans la cour, visible de la rue

37 RUE PARMENTIER

La synagogue a fêté son centenaire en 2008. Elle a pu être construite grâce au don du banquier-mécène Daniel Iffla, dit Osiris, issu d’une famille juive marocaine. Elle est l’œuvre de l’architecte Victor Tondu qui a également réalisé les synagogues d’Arcachon, Vincennes, Tunis et Lausanne.

Ses vitraux sont signés de Lux-Fournier, peintre-verrier à Tours au XXe siècle. Depuis 1938, la synagogue était le siège social de l’association « La Fraternelle Israélite », et l’association cultuelle existait depuis 1906, conformément à la loi de séparation des églises et de l’Etat.
Le rabbin Léon Sommer, recruté en 1902, exerça son ministère jusqu’à sa mort en 1937.

En juin 1940, la synagogue fut transformée en dépôt de paille pour les chevaux et abrita le Parti Populaire Français (PPF), parti politique fascisant.

Elle est monument historique classé depuis 1994.

Le 19 avril 2005, Simone Veil, en présence de l’ambassadeur d’Israël, inaugure la stèle, installée dans la cour, en hommage aux 34 Justes d’Indre-et-Loire (42 aujourd’hui).

«  Vous avez sauvé l’honneur de la France et de l’humanité et il était important qu’Israël, en vous  honorant, donne votre exemple au monde. Vous avez montré qu’il n’y avait pas de banalisation du Mal (…) Vous êtes ma fierté d’être française car c’est en France que le plus de juifs ont été sauvés » rappela celle qui était alors la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

A l’engagement des Justes fut associée la mémoire des 236 juifs, hommes, femmes et enfants, de la communauté de Tours, raflés les 15 et 16 juillet 1942, par la police allemande avec la participation de la police française.

Ils seront enfermés dans les locaux de l’ancienne école normale de filles à Tours-Nord.
S’ajouteront 700 juifs en transit vers Auschwitz, par le camp de La Lande. Un camp situé à Monts, à 16 km de Tours, à 500 m de la ligne Paris-Bordeaux. Conçu pour un maximum de 500 personnes, il a fonctionné du 30 novembre 1940 à janvier 1944, comptant 23 bâtiments sur 7 Ha. Il a accueilli des réfugiés, provenant de rafles allemandes dans les grandes villes de l’ouest. A partir de novembre 1941, il est entouré d’un triple réseau de fils de fer barbelés. Les gendarmes français y assurent le maintien de l’ordre.

Le 5 janvier 1942, il devient officiellement camp d’internement pour juifs. Le rabbin Elie Bloch, y assurera le culte, et coordonnera l’assistance, s’occupant des enfants abandonnés suite à la déportation de leurs parents.
Le 4 septembre 1942, 422 internés (dont 277 femmes et enfants) sont transférés à Drancy. 

  1. RUE DU HALLEBARDIER

Dans la nuit du 5 au 6 février 1942, des Francs-Tireurs et Partisans qui participaient à une action de sabotage se retrouvent face à une sentinelle allemande, le soldat Kopiunik. Grièvement blessé, il meurt le 9 février.

Le préfet promet une prime de 50.000 F à qui donnera des informations permettant d’arrêter « les terroristes ». 40 otages sont arrêtés dont 10 communistes et 30 juifs (7 seront déportés à Auschwitz par le convoi n°2 du 5 juin 1942) sont emprisonnés à la caserne Lassalle.
Au total, vingt-sept personnes seront déportées à Auschwitz.

Parmi ces derniers, David Ziboulsky qui tenait une bonneterie rue du Commerce. Juif ukrainien, il a été naturalisé français en 1922. Suite aux bombardements de 1940, il vit rue d’Entraigues, et le magasin est installé dans une barraque en bois, avenue de Grammont.

Non seulement il est juif mais aussi franc-maçon. Un double motif d’arrestation.

Sa famille ira se réfugier en zone libre, dans le Beaujolais, et échappera aux arrestations.
La rafle du Vel’ d’Hiv s’étendra en province les 15 et 16 juillet.
A Tours, policiers en civil et soldats allemands débarqueront au domicile de familles juives – dont celle des enfants de l’école Mirabeau – puis les autocars convergent vers l’école normale de filles à Saint-Symphorien Le même sort est réservé aux juifs interpellés sur la ligne de démarcation ou détenus (133) au camp de la Lande de Monts. 

Des panneaux et un plan rappellent les faits
  1. L’ECOLE-PRISON MICHELET – 1941-1943

De 1941 à 1943, l’école primaire Michelet a été une prison allemande et un lieu d’internement pour des familles juives, des résistants et des civils, hommes, femmes et enfants. L’été 1942, plus de 200 juifs ont été arrêtés en Indre-et-Loire, le plus souvent sur la ligne de démarcation, parmi eux, plus de 50 enfants de 4 ans à 18 ans.

Depuis 2000, des collégiens de 4e et 3e, accompagnés par des enseignants convaincus de la nécessité du travail de mémoire, mènent un travail de recherches historiques afin de redonner aux personnes emprisonnées ici, une identité, afin que nul n’oublie.

Rien ne rappelle ce qui s’est passé ici
  1. LA GESTAPO 
    17 RUE GEORGE-SAND

Aucune plaque commémorative n’indique les heures sombres de ce bel immeuble. Ici, la Gestapo torturait des résistants, sous les ordres de Georg Brückle (arrêté à Baden-Baden en 1948, il sera condamné à mort mais en 1954, sa peine est ramenée à 10 ans de réclusion).

Les 32 agents (dont 10 sont allemands) sont aidés par Clara Knecht, une secrétaire alsacienne, qui sert d’interprète. Particulièrement sadique, elle faisait baiser son nerf de bœuf par les détenus avant de l’utiliser. Disparue à la Libération, on n’a jamais retrouvé sa trace.

Egalement traducteur au service de la Gestapo à partir de septembre 1942, Pierre Wennert, originaire de Moselle. Il intervient dans des affaires concernant les communistes, les résistants et les juifs. Arrêté en décembre 1944, il est condamné à mort le 26 juillet 1945 et fusillé le 3 septembre. Il sera accompagné jusqu’au peloton par l’abbé Labaume, qu’il avait arrêté et fait déporter en 1943.

Antoine Devaud, indicateur de la Gestapo, sous les ordres de Wennert, intervient dans les mêmes enquêtes. Condamné à mort en novembre 1944, il sera fusillé le 19 décembre.

  1. EMILE ARON 
    26 RUE DE CLOCHEVILLE


Emile Aron, né au Boulay (Indre-et-Loire) en 1907, est professeur de médecine depuis 1937, après de brillantes études à Strasbourg. Mobilisé comme médecin-chef en 1939, il est fait prisonnier le 21 juin 1940 en Alsace. Dénoncé comme juif, il n’est pas libéré et réussira à obtenir un Ausweiss en soignant un sous-officier allemand. Rentré à Tours, il est exclu de l’hôpital en raison du statut des Juifs de Vichy et est désigné en premier sur la liste des otages en cas de représailles allemandes.

Juste après l’agression de la rue du Hallebardier, les allemands se présentent chez lui, au 26 rue de Clocheville (au 25 se trouvait l’Institut Allemand). En pyjama, il a tout juste le temps de partir et son épouse Madeleine expliquera qu’il avait été appelé par une urgence médicale. Il ira se réfugier à Buzançais (Indre) avec de faux papiers. Fin décembre 1942, le couple rejoint la Suisse. Emile Aron retrouvera Tours à la Libération le 1er septembre 1944. Ancien conseiller municipal, il est désigné par Michel Debré, Commissaire de la République, pour siéger dans la nouvelle municipalité dirigée par Jean Meunier. En 1947, il devient directeur de l’Ecole de médecine de Tours et sera le premier doyen de la nouvelle faculté de médecine, créée en 1962. Il siégeait à l’Académie nationale de médecine et est décédé fin janvier 2011, à 103 ans.

  1. LE LYCEE DESCARTES
    RUE DE LA PREFECTURE
La plaque n’est pas visible de l’extérieur

Il a fallu attendre novembre 2007 pour qu’une plaque commémorative soit dévoilée dans l’enceinte du lycée Descartes, grâce à la mobilisation d’anciens élèves et de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire) pour convaincre le conseil d’administration de l’établissement. Elle honore la mémoire des élèves juifs :

Georges Mendez, né à Rochecorbon. Il sera déporté avec ses parents par le convoi n° 68 du 10 février 1944.

Maurice Margules, 20 ans, né à Châteauroux, habite au 3 rue Chaptal. Déporté avec ses parents par le convoi n°2 du 5 juin 1942.

Paul, 15 ans, et Emmanuel Feuermann, 18 ans. Le premier est né à Candé, le second à Bucarest. Internes, leurs parents habitent au Lude (Sarthe). Tous arrêtés, ils sont déportés par le convoi n° 48 du 13 février 1943.

Simon Henigsblit habitait 61 rue du Commerce. Recensé sous le prénom de Salomon. Sa mère meurt le 11 août 1941. Arrêté avec son père le 15 juillet 1942, ils sont déportés par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Anatole, 16 ans, et Georges Laub, 11 ans. Tous deux sont nés à Anvers où leur père, venu de Pologne, était négociant en diamant. La Belgique envahie, ils seront réfugiés en Gironde et arriveront en juillet 1941 au camp de La Lande. Ils seront autorisés à résider 82 rue Victor-Hugo, les enfants étant scolarisés à Descartes.

Anatole et sa mère seront déportés par le convoi n° 8, Georges et son père par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942.

Jacques Lévy, 15 ans, avec ses parents, sont des réfugiés de Metz, arrivés en juin 1940. Son père meurt à Tours le 19 décembre 1941. Arrêté avec sa mère Blanche, alors qu’ils tentaient de franchir la ligne de démarcation, ils sont envoyés à Pithiviers. Ils seront déportés par le convoi n° 35 du 21 septembre 1942. Sa grand-mère, meurt à 97 ans, à Joué-lès-Tours, le 14 février 1945.

Charles Kritzler, 15 ans, est né en Hongrie. Il est arrivé à Tours avec ses parents vers 1930. Son père est forain, sa mère élève ses trois enfants ; ils habitent 15 rue Elise-Dreux.

Arrêté dans la rafle du 15 juillet, avec son frère Claude, 7 ans, et sa sœur Agnès, 9 ans, ils sont détenus à l’Ecole Normale d’institutrice de Saint-Symphorien. Leurs parents sont emmenés à Angers et déportés par le convoi n°8. Charles, Agnès et Claude sont emmenés au camp de La Lande. Le 22 août 1942, Charles demande à être recueilli, en vain, avec son frère et sa sœur chez une tante à Paris. Le 21 septembre 1942, ils rejoignent Drancy, et seront déportés le 23 septembre par le convoi n° 36. Ils seront gazés à leur arrivée.

Edouard Mizrahi, 21 ans, avait été recensé sous le prénom d’Elie. Il avait deux frères et avait été scolarisé en 1938-1939 à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, avant sa classe de philosophie. Sa famille venait de Smyrne et sa mère était italienne (elle sera arrêtée le 15 juillet 1942). Après la rafle du 9 février 1942, il se réfugie à Châteauroux et réussira à gagner l’Italie, comme son père. Arrêté comme résistant à Florence le 1er mai 1944 pour faux papiers, il sera déporté dans les camps d’Auschwitz, Struthof et Dachau, et survivra.

Suite à l’attentat de la rue du Hallebardier, Pierre Minne, professeur de philo, soupçonné d’être juif sera arrêté et libéré au bout de trois jours, mais son épouse, juive, sera livrée à la Gestapo.

Au lycée Balzac, autre grand lycée, un professeur d’allemand, juive, est rayée des cadres de l’Education nationale, en avril 1943, suite à un congé sans solde pris à la rentrée 1941. Elle sera réintégrée à la Libération, avec dédommagement pour les salaires non perçus.

Un autre professeur, agrégée de sciences, mariée à un non-juif, devra quitter le lycée, et se réfugiera sous un faux nom dans la famille de son mari.

Une élève sera tuée accidentellement, par un véhicule allemand, au carrefour de la rue Chanoineau et du boulevard Béranger.

  1. SAINT-GATIEN – 
    ARRESTATION DE LEA KERISIT
Saint-Gatien, juste en face le parvis de la cathédrale

Le 23 septembre 1942, l’infirmière Léa Keresit est arrêtée alors qu’elle sort de l’hôpital Saint-Gatien où elle travaille. Dénoncée à la Gestapo, elle sera déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943, où elle mourra trois mois plus tard. Elle n’était pas juive mais son nom reste associé à l’action d’un groupe de passeurs de la ligne de démarcation, qui a secouru de nombreux juifs. Des hommes et des femmes confiés à l’abbé Henri Dupont, à La Chapelle-Blanche, qui leur procurait des vêtements. Pris en charge par les fermiers Maurice, ils passaient la ligne dans la ferme des époux Poupinneau, sur la commune de Vou. Seul l’abbé Dupont est revenu de déportation. Le traitre, Ferdinand Werner, condamné par contumace par la Cour de justice d’Orléans à 20 ans de travaux de forcés, est découvert en Côte d’Or en 1948, et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour de justice de Paris en janvier 1951.

  1. LE LYCEE 
    PAUL-LOUIS COURIER
Dans l’actuel lycée, la maison dite du Curé

Au moins huit élèves juifs ont été scolarisés à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, aujourd’hui un grand lycée au pied de la cathédrale, connu pour sa maison dite du Curé, immortalisée par Balzac.

Quatre étaient de Tours : Elie Mizrahi (également scolarisé au lycée Descartes en 1940-1941).

Elie Gattegno, né à Bourges en 1924, sa famille venait de Salonique, en Grèce, et habitait rue Victor-Hugo. Otage, suite à l’attentat de la rue du Hallebardier du 5 février 1942, ce jeune comptable de 18 ans, est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942.

Abraham Goldberg, 17 ans, habitait 13 rue de l’Hôpiteau, près de l’école. Il était ajusteur. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 42 du 6 novembre 1942, avec sa mère et sa grand-mère.

Edouard Leszczynski, 20 ans, venait de La Lande. Il a pu se cacher et échapper à la déportation.

Quatre venaient de l’est de la France : Osaias Bienenstock, 14 ans, né à Strasbourg, déporté par le convoi n° 31 le 11 septembre 1942. Sa famille venait de Galicie en Pologne. Expulsée d’Alsace vers Bordeaux, elle sera internée à La Lande et déportée.

David Pravidlo, né à Varsovie, n’avait pas encore 14 ans. Il est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942. Ses parents avaient été employés chez Pierre Massoteau, fermier à Monts, jusqu’à leur retour au camp de La Lande en septembre 1941.

Joseph Gerszonowicz, 15 ans, né à Szeszerowice en Pologne. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Roger Sobel, 14 ans, né à Metz, vivait à La Lande, avec ses parents (son père a été ouvrier tôlier au garage de la rue Origet et sa mère élevait ses trois frères) . Il seront tous déportés à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Joseph Mizrahi (frère d’Elie, scolarisé à Descartes), était scolarisé à Paul-Louis Courier de 1934 à 1938. Il poursuivra sa scolarité au lycée Descartes. Il rejoindra aussi l’Italie, via Issoudun, et suivra une formation de pilote aux Etats-Unis. Un troisième frère, Edouard, rejoindra la zone libre en 1941, puis l’Algérie et participera au débarquement de Provence le 15 août 1944.

Rue du Cygne, l’école Pigier
  1. L’ECOLE PIGIER – RUE DU CYGNE – NELLY FRANKFURTER

Nelly Frankfurter avait été expulsé de Bordeaux, avec sa famille polonaise, et vivait au camp de La Lande.

A partir de novembre 1941, elle obtient l’autorisation de suivre des cours de sténographie à l’école Pigier. Son père avait été directeur commercial chez Massey-Harris à Bordeaux.

Le 31 mai 1942, Nelly adresse une lettre au général-chef de la Kommandantur de Paris pour demander une exemption de l’étoile jaune : «  Je m’adresse donc à votre bonté, à vos sentiments humains qui, j’en suis sûre, sont aussi forts qu’en moi » écrit-elle. Elle n’obtiendra aucune réponse, sera arrêtée et déportée par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942, avec sa mère de 54 ans.

Ce convoi, formé à Angers, comptait 824 juifs, au lieu des 1000 habituels. Un accord du 2 juillet 1942 assurait le report temporaire de la déportation des juifs français. Dans le convoi, 288 juifs venaient de La Lande (132 hommes et 156 femmes). Parmi eux se trouvait également le Dr Abraham Lettich, 34 ans, domicilié 112 rue Origet, raflé avec sa femme Edith et leur fils Jean, 5 ans, qui mourront en déportation. Seul rescapé, il témoignera de son odyssée de « 34 mois dans les camps de concentration ».

Une plaque installée à l’entrée de l’école

10.L’ECOLE
RUE MIRABEAU

Le soir du 15 juillet 1942, cinq enfants scolarisés à l’école Mirabeau sont arrêtés : Norbert Kronenberg, 12 ans, né à Stuttgart, et son petit frère René, 8 ans, né à Strasbourg ; Joseph Zomersztajn, 12 ans, et ses deux petites sœurs Estelle, 8 ans et Paulette, 5 ans, tous nés à Nancy.

Leurs parents ont quitté la Pologne. Etrangers, ils sont évacués d’Alsace-Lorraine vers la Gironde.

Tous se retrouvent au camp de La Lande à partir du 5 décembre 1940.

La famille Kronenberg est autorisée à travailler à Tours et s’installe au 19 rue Jules Moineaux. La mère Léa s’occupe du foyer, le père, Chaïm est aide-horloger. Les Zomersztajn, Alta et Liber, s’installent au 17 de la même rue. Le père est aide-cordonnier. Jacques, le fils aîné, est apprenti coiffeur, et Maurice, le second, entre à l’école Pigier.

Tous, à l’exception de Chaïm, parti acheter des cigarettes, au moment de la rafle, seront arrêtés.

Liber est ramené à La Lande avec son aîné. Léa, Alta et leurs enfants sont enfermés à l’école normale de jeunes filles de Saint-Symphorien, et transférés à La Lande. Sur place, les familles sont séparées avec brutalité par les gendarmes français. Hommes, adolescents, femmes et jeunes filles « aptes au travail » sont envoyés sur Angers, et seront du convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Les plus jeunes restent au camp… Le 4 septembre, des internés partent pour Drancy, dont Jacques Zomersztajn, 17 ans. Le 21, c’est le tour de René, Norbert, Maurice, Joseph, Estelle et Paulette.

Le 23, ils seront 135 de La Lande à partir par le convoi n° 36 vers Auschwitz. Parmi eux, Arlette et Frédérique Feldman, 1 et 2 ans, nées à Tours, domiciliées 103 rue Lakanal ; Edith Viola, 37 jours, née à La Lande ; Nicole Mantel, 21 jours, née à La Lande…  Mais aussi, Osias Bergman, 5 ans ; Simon Blady, 8 ans ; Anna et Franja Fiszbin, 10 et 15 ans ; André, Dora et Yvette Inventarz, 6, 9 et 2 ans ; Léone Ihul, 10 ans ; Céline Koper, 4 ans ; Agnès, Charles et Claude Kritzler, 9 , 15 et 7 ans ; Jean Lettich, 5 ans ; Fernand et Raymond Mazur, 7 et 2 ans ; Albert, Buena et Rebecca Nahmias, 9, 12 et 14 ans ; Jacques Rosenbaum, 3 ans ; Sylvie Rosenthal, 12 ans ; David Rozenzwajg, 12 ans ; Claire, Hélène, Max Sperling, 13 ans, 20 mois et 13 ans ; Ida Wajnstein, 10 ans ; Maurice Zomersztajn, 14 ans.

Etaient partis par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942 : Isaac et Pierre Dzialoszinski, 5 et 9 ans ; Sylvain Kozubski, 4 ans ; Georges Laub, 11 ans ; Balcia et Maurice Schandor, 13 et 10 ans ; Ida Wajnsztein, 12 ans.

Par le convoi n° 32 du 14 septembre 1942 : Cécile, Charles et Fanny Basista, 2, 6 et 10 ans.

D’autres enfants suivront : Abraham et Jacqueline Goldberg, 17 et 12 ans, dans le convoi n° 42 du 6 novembre 1942 ; Claudette, Ginette, Suzanne Schwimmer, 20 mois, 3 et 4 ans, dans le convoi n° 45 du 11 novembre 1942 ; Rosa, Salomé, Suzy Alter, 6, 2 et 5 ans, dans le convoi n° 48 du 13 février 1943 ; Achille Herc, 6 ans, dans le convoi n° 59 du 2 septembre 1943 ; Anny Sussmann, 4 ans, Monique Loew, 10 ans, dans le convoi n° 68 du 10 février 1944 ; Jacqueline Vernet, 15 ans, (seule survivante à la libération d’Auschwitz), Marc Goldrach, 17 ans, dans le convoi n° 76 du 30 juin 1944 ; Paul Jakubowicz, 6 ans, arrêté à l’orphelinat de la Varenne Saint-Hilaire, dans le convoi n° 77 du 31 juillet 1944.

Enfin, Ida Yedinak, née le 7 septembre 1942, à la maternité de Tours, morte à Drancy le 12 mars 1943 à 6 mois.
La plaque commémorative, installée à l’entrée de l’école, sur la rue, a été posée en mai 2008, en présence du maire, du député, de l’inspecteur d’académie, du président de la communauté juive, à l’initiative de l’AREHSVAL. Juste en dessous, une autre plaque rappelle la mémoire de Marcel Rabache, instituteur torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald, où il mourra.

  1. PETAIN A TOURS
    25 OCTOBRE 1940
L’hôtel de ville accueillait Pétain le 25 octobre 1940

22 octobre 1940 : le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir-et-Cher. Une entrevue historique symbolisée par la poignée de mains marquant la volonté du chef de l’Etat Français de « collaborer ».

Tours devient l’antichambre de cette collaboration et les Tourangeaux sont massés devant l’hôtel de ville le 25 octobre pour acclamer le vieux militaire venu saluer le maire Ferdinand Morin avant d’aller visiter les quartiers sinistrés. A son retour de Montoire, Pétain fera une partie de billard avec le préfet Camille Vernet (en place depuis 1936, il sera muté dans l’Eure en novembre 1940 et révoqué en 1941).

A Tours, Pétain a sans doute la nostalgie de l’hôtel de l’Univers, où il était descendu en 1920 comme l’atteste le livre d’or. L’établissement du boulevard Heurteloup, est réquisitionné par l’armée Allemande depuis juin 1940 : il est à deux pas de la Feldkommandantur 528, installée dans le palais de justice.

Pétain connaît bien Tours. Le 13 juin 1940, au château de Cangey, où le conseil des ministres s’est replié, celui qui sera nommé président du conseil par le président Lebrun, trois jours plus tard, annonce la nécessité d’un armistice. Une idée qu’il amplifiera à la radio par son discours du 17 juin : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat »…

Les combattants croyaient en l’homme de Verdun. Ainsi, Armand Abraham Reis, né en 1878 dans le Bas-Rhin, à Mutzig, écrit au maréchal le 18 août 1942 depuis le camp de La Lande où il est interné avec sa femme : « Comme Juif, je suis interné dans le camp de la Lande, pour avoir voulu franchir la ligne de démarcation, sans être porteur de l’insigne (Ndlr : l’étoile jaune), et sans autorisation de déplacement ». Il rappelle qu’en août 1914, il a eu « le très grand honneur de servir dans votre état-major particulier, ceci pendant plus de deux ans ». Et il rappelle que son frère, officier d’artillerie, est mort de maladie contractée au front ; que son beau-père a été médecin-chef militaire de l’hôpital de Bougival ; que sa sœur était infirmière-major…

Pour tous ces états de service, il demande au maréchal d’intervenir en sa faveur… Reis mourra à Auschwitz le 18 février 1943.

SOURCES

Histoire des camps d’internement en Indre-et-Loire – Sophie Paisot-Béal – Roger Prévost (1993)

Histoire de Tours – David Bohbot, sous la direction de Bernard Chevalier (Privat, 1985)

Le lycée Balzac (Edition d’un centenaire, 2004)

Le lycée Descartes – Michel Laurencin (Editions du bicentenaire, 2006)

Le lycée Paul-Louis Courier – sous la direction de Gilbert Wycke (Allan Sutton, 2009)

Articles de Thierry Noël – La Nouvelle République du Centre-Ouest (2003-2010)

Histoire régionale de la Shoah en France – ouvrage collectif sous la direction de Patrick Cabanel et Jacques Fijalkow (Editions de Paris Max Chaleil, 2011), avec Simon Ostermann, pour Méthodes d’identification et de répression contre les Juifs dans les départements du Cher, du Loir-et-Cher, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire et du Loiret, 1940-1944.

Remerciements particuliers à Yvette Ferrand, fondatrice de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire), et à Jacques Pirondeau, de l’ERIL (Etudes sur la Résistance en Indre-et-Loire).

(source : La face cachée de l’étoile jaune)

 

LSF

Publié dans Petite histoire de la Touraine

La météo en Touraine

Les Archives départementales regorgent de ressources insoupçonnées (de moi en tout cas). Voici un document que les AD37 ont mis en avant sur leur site en juin 2013.

« Le 18 juin 1839, jour néfaste comme homme vivant n’en avait pas vu, un ouragan accompagné de tonnerre, d’éclaires et de grêle de la grosseur d’œufs de poules est venu fondre sur tout le canton d’Amboise. La tempête s’est apésentie plus particulièrement sur St Martin-le-Beau, ou il n’est pas resté face de végétation. Toutes les récoltes qui étaient de la plus belle apparance ont été détruite -en moins- de dix minutes, les blés étaient rentrés en terre, les cepes de vigne étaient en partie coupé, les tuiles des maisons étaient broyées par la grêle, les batiment étaient découvert, Les habitans étaient dans la désolation.

Le lendemain de ce desastre je me suis transporté à Tours près du préfet pour l’informer d’un pareil malheur et le prier de venir au secour des habitans les plus nécessiteux dont les habitations etaient découvertes. Ce magistrat avec lequel j’etais très bien, ma autorisé à acheter de suite toutes les tuilles que je pourais trouver et de les distribuer conjoinctement avec le conseil municipal à ceux qui en avais le plus grand besoin. De Tours je me rendis à Chargé ou j’ai acheté cent milliers de tuilles qui ont été donnés aux habitants les plus pauvres, a cette distribution de tuilles, Mr le Préfet à envoyé dans la commune de la graine de sarasin, des poix, du mils et j’ai acheté les pommes de terre qu’il y avait encore dans le pays. Ca a été donné aux habitans pour ensemancer les terreins qui etaient suceptible de l’être et malgré la saison avancée tous ses récoltes sont venues à maturité et assez belles.

Pour indemniser les propriétaires de se fléau la commune à été dégrévée sur les contributions directes de dix milles cinq cents francs…

La Préfecture lui à accordé sur les fonds départementaux pour réparer ses chemins vicinaux et fait planter des peupliers dans la plaine : 7 500 francs.
pour acheter du chanvre pour faire filer les femmes pauvres pendant l’hiver : 1200francs
pour acheter cent milles tuilles 1500 francs, et les grains de toutes espèces 1000 francs
En tout la commune à été indemnisée de 21 700 francs. »

(Le texte est reproduit tel quel, avec l’orthographe et la ponctuation utilisées par son auteur).

Ce témoignage, écrit par Jacques Briau, maire de Saint-Martin-le-Beau de 1832 à 1865, illustre les conséquences des intempéries de grêle sur les récoltes.

Cet ouragan ne fut pas un cas isolé puisqu’à cette date du 18 juin 1839, 108 communes furent touchées par la violence des intempéries : 53 communes dans l’arrondissement de Tours, 26 dans celui de Loches, 29 dans celui de Chinon.

Ces éléments statistiques sont connus grâce au travail accompli, entre 1860 et 1886, par Maurice de Tastes, alors professeur de physique et de chimie au lycée de Tours. Pour rédiger un article intitulé « De la répartition des grêles en Touraine, de 1811 à 1869 » paru en 1870, dans les Annales de la société d’agriculture, des sciences , arts et belles-lettres, Maurice de Tastes a consulté les archives de l’administration préfectorale, notamment des demandes de secours envoyés par les victimes de gelées printanières, pluies torrentielles, inondations, grêles.

De ce dépouillement, il ressort que juin occupe le premier rang avec 328 communes grêlées, juillet vient ensuite avec 138 communes touchées, 115 sinistres en mai, 50 en août et 3 seulement en avril. Un chiffre qui doit être pris avec précaution, car les documents consultés concernent non des procès-verbaux de chutes de grêle, mais des pertes matérielles causées par ce fléau. Or en avril, l’état peu avancé des récoltes rend souvent des grêles inoffensives.

De même si les communes les plus touchées sont Francueil et Athée, Thilouze, Truyes et Neuillé-Pont-Pierre, il ne faut pas oublier que cette répartition souligne des indemnités pour des récoltes touchées par la grêle et non pas le résultat d’observations météorologiques.

C’est pour cette raison que Maurice de Tastes organisa à partir de 1865 un réseau d’observateurs « bénévoles », recrutés parmi les instituteurs, chargés de rassembler les observations météorologiques dans des stations établies sur tout le département. Coordonnée par l’Association scientifique de France, une première campagne d’observations concerna l’étude des orages : direction des nuées orageuses, heures de l’orage, intensité des phénomènes électriques, coups foudroyants, dégâts causés par le vent, la pluie ou la grêle. Ces observations furent complétées par l’étude des pluies et de leur distribution sur la surface du sol, en vue du drainage et de l’irrigation des terres agricoles.

Ces observations furent rassemblées dans des tableaux mensuels regroupant les indications de température, de pression atmosphérique, de « l’état du ciel », de la direction et force du vent, des précipitations (pluie ou neige) accompagnés de commentaires, dont le style poétique et imagé n’est pas sans rappeler celui des actuels présentateurs télévisés de la météo.

Un relevé de ces tableaux pris aux mois de mai et juin 1872, 1902, 1904, 1935, 1968 permet une comparaison intéressante avec la situation actuelle .

Mai 1872
Moyenne des températures : 13°
Journée la plus froide : 12 mai : minima : 2°2 maxima : 11 °
Journée la plus chaude: 29 mai : minima : 12°2 maxima : 23°8

Ce mois de mai présente les caractéristiques ordinaires des mois de mai de nos contrées. Il débute par 3 belles journées (maximum : 22°) auxquelles succèdent une période de pluies, rafales, giboulées, terminées par 3 nuits de gelée désastreuse, précisément à la date des 11, 12, 13 mai aux jours dits des « saints de glace ». A cette période succède sans transition une période orageuse. La journée du 17 amène une grêle formidable qui ravage les communes de Joué, St-Avertin, la Ville-aux-Dames, Vouvray, Chancay, Montreuil et Dammarie, les dégâts sont considérables à St-Avertin, la Ville-aux-Dames, Vouvray. Le reste du mois est beau, de faibles mouvements orageux se manifestent de nouveau le 30 et 31.

Juin 1872
Moyenne des températures : 18°3
Journée la plus froide : 1er juin : minima : 8°6 maxima : 19°4
Journée la plus chaude: 16 juin : minima : 17°4 maxima : 30°8

Du 1er au 8 juin, temps nébuleux, température peu élevée et pluies fréquentes, quoique peu abondantes. Du 8 au 14 juin, temps pluvieux. A partir du 15 juin, beau temps et chaleur. La fin du mois offre une série de journées admirables, l’aspect des récoltes, surtout des fourrages, des blés et des seigles est aussi beau que possible.

Mai 1902
Moyenne des températures : 12°8
Journée la plus froide : 8 mai : minima: 4°8 maxima : 10°7
Journée la plus chaude: 28 mai : minima : 19°5 maxima : 25°5

Le mois de mai a été très mauvais pour l’agriculture. La température s’est maintenue très basse pendant la 1ère quinzaine. Les gelées ont fait des dégâts appréciables et dans les parties basses et non abritées, la vigne a beaucoup souffert. La seconde quinzaine est marquée par des pluies abondantes et des orages. La grêle a fait des dégâts en plusieurs endroits. Cette humidité froide et prolongée a retardé la végétation. Les prairies artificielles, fauchées pour la plupart, vont donner des foins de mauvaise qualité.

Juin 1902
Moyenne des températures : 18°3
Journée la plus froide : 9 juin : minima : 8°5 maxima : 15°9
Journée la plus chaude: 28 juin : minima : 20°2 maxima : 31°2

Les 3 premières semaines du mois de juin ont été bien mauvaises et défavorables à l’agriculture. la température fut relativement basse et 15 jours de pluie. Aussi la récolte de fourrage est-elle très endommagée et de médiocre qualité ! grâce à quelques beaux jours de la fin du mois, les foins n’auraient pas trop souffert. Là où les vignes ne sont pas gelées, il y a belle apparence et la floraison s’effectue dans de bonnes conditions. Les blés et les avoines promettent une bonne récolte.

Mai 1904
Moyenne des températures : 16°3
Journée la plus froide : 9 mai : minima : 5° maxima : 18°4
Journée la plus chaude: 16 mai : minima : 14°6 maxima : 32°7

Cette année , mai a été un peu capricieux, mais la note joyeuse d’espérance et de vie qui le caractérise n’a pas été faussée par une dernière apparition des rigueurs hivernales.
Jusqu’au 12 mai, il pleut presque tous les jours. La grêle, si appréhendée des viticulteurs, tombe le 6 et le 8 mai. Après cette période pluvieuse, le thermomètre se relève brusquement, dépasse 30° du 14 au 16 mai. Il fait un beau temps printanier. La chaleur donne même une poussée très vigoureuse à la végétation. Le reste du mois est marqué par un temps propice à l’agriculture.

Juin 1904
Moyenne des températures : 19°
Journée la plus froide : 2 juin : minima : 9° maxima : 17°8
Journée la plus chaude: 24 juin :minima : 15° maxima : 31°5

Le mois débute par un mauvaise période, la pluie ne cesse pas jusqu’au 10. Le temps est couvert, l’air chargé d’humidité. La grêle s’abat sur plusieurs points du département causant par endroits des dégâts très importants aux vignes. Après ces quelques mauvais jours, qui font naître beaucoup d’inquiétude chez les cultivateurs, le ciel se découvre, les pluies cessent et le soleil réapparaît dardant ses chauds rayons sur la campagne verdoyante. Jusqu’à la fin du mois, le beau temps n’est interrompu que par quelques averses bienfaisantes.

Mai 1935
Moyenne des températures : 12°2
Journée la plus froide : 15 mai : minima: 0°4 maxima : 12°1
Journée la plus chaude : 7 mai : minima : 10°2 maxima : 16°

La température se maintient assez élevée jusque vers le 12, vient ensuite un important refroidissement qui dure jusqu’au 20 mai. La température se relève jusqu’à la fin du mois, c’est un mois défavorable pour l’agriculture.

Juin 1935
Moyenne des températures : 17°7
Journée la plus froide : 1er juin : minima: 8°9 maxima : 19°6
Journée la plus chaude: 30 juin : minima : 17°6 maxima : 30°6

Températures assez basses du 1er au 17, par opposition à la période la plus chaude du 18 au 30. Les précipitations sont nettement excédentaires.

En 1935, ces observations furent faites à la station météorologique de Tours-Saint-Symphorien, nommée « Maurice de Tastes » en l’honneur de ce météorologiste tourangeau, qui au 19e siècle consacra 36 ans, de sa vie , au service météorologiste d’Indre-et-Loire. Ces observations étaient complétées par les relevés faits aux brigades de gendarmerie de Bourgueil, du Grand-Pressigny, de Montrésor et de Neuvy-le-Roi, à la Poudrerie du Ripault à Monts, à l’usine hydro-électrique de La Haye-Descartes, la tannerie Esnault à Château-Renault, l’école normale d’instituteurs de Loches, auprès d’instituteurs, et d’ingénieurs du service vicinal.

En 1968, le service météorologique d’Indre-et-Loire, installé depuis 1964, au nord de Tours, sur la commune de Parçay-Meslay, comporte un centre administratif et de climatologie, un service d’observation : la station « Maurice de Tastes » et un service de prévision et de renseignements, installé dans l’enceinte de la base aérienne, chargé de la protection aéronautique, mais également d’élaborer des prévisions à courte échéance 24 ou 48 heures à destination de tous les usagers.
Une dizaine de postes pluvio-thermométriques, répartis sur l’ensemble du département, sont exploités par des observateurs bénévoles qui effectuent les relevés quotidiens des températures minimales et maximales ainsi que la mesure de la quantité d’eau tombée.

Quel temps fit-il en Indre-et-Loire en mai 1968, pendant qu’à Paris, les étudiants manifestaient sur les barricades ?

Mai 1968
Moyenne des températures : 12°:
Température minimum : 18 mai : -1°8
Température maximum : 31 mai : 25°

Le début du mois fut très pluvieux. Les températures restèrent souvent inférieures à 10°, tandis que les maxima ne s’élevèrent que très rarement au dessus de 20°. Des températures basses qui eurent des répercussions sur les arbres fruitiers.

Juin 1968
Moyenne des températures : 16°4
Température minimum : 7 juin : 7°
Température maximum : 30 juin : 35°

Le nombre de jours de pluie atteignit 15 jours. Le mois débuta par 2 journées assez chaudes, mais l’établissement d’un régime perturbé et pluvieux entraîna rapidement un abaissement des températures. Les 3 derniers jours du mois deviennent les plus chauds, les maxima dépassant 25° les 28 et 29, s’élevant jusqu’à 35° dans l’après-midi du 30.

(source : AD37)

A titre de comparaison, voici les chiffres relevés par Météo-France à la station de Tours/Parçay-Meslay entre 1981 et 2010.

Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année

Température minimale moyenne (°C)

2 1,9 3,9 5,6 9,2 12,1 14 13,8 11,1 8,6 4,6 2,5 7,5

Température moyenne (°C)

4,7 5,2 8,1 10,4 14,2 17,5 19,8 19,6 16,5 12,2 7,8 5 11,8

Température maximale moyenne (°C)

7,3 8,5 12,3 15,2 19,1 22,8 25,5 25,5 21,8 16,8 10,9 7,5 16,1

Ensoleillement (h)

69,2 92 142,1 180,4 202,5 228,2 249,1 239 186 123,3 79,5 57,1 1 848

Précipitations (mm)

66,3 55,9 50,2 55,9 62,3 46,1 53,2 42,6 53,3 71 69,7 71,2 695,9

Et quelques records pour Tours  (sources : Lameteo.org/Wikipedia).

Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année

Record de froid (°C)
date du record

−17,4
1987
−14,2
1963
−10,3
2005
−3,4
1974
−0,6
1957
2,6
1969
4,3
1965
4,8
1986
0,9
1956
−2,8
1950
−9
1956
−18,5
1964
18,5
1964

Record de chaleur (°C)
date du record

16,9
1975
21
1958
26,4
1955
29,3
1949
32,1
1953
36,7
1976
37,8
1949
39,8
2003
34,8
1953
29
1985
22,6
1955
18,9
1953
39,8
2003

Nombre de jours avec gel

10,6 9,1 6,7 2 0,1 0 0 0 0 0,5 6,2 10,2 45,3

Record de vent (km/h)
date du record

115
1998
122
2010
112
1988
94
1994
119
1988
86
1987
130
2003
119
1992
97
1995
104
1987
104
1987
130
1999
130
1999

Record de pluie en 24 h (mm)
date du record

36,4
1961
30,6
1997
33,8
1980
29,4
2001
62
2009
58
1970
52,7
1999
61,8
1997
48
2003
44
1966
36,6
1997
34,9
1976
62
2009

LSF

Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

Henri de Noyelle (1763-1794), guillotiné

Henri-François de Paule de Noyelle naît à Loches le 27 septembre 1763 (et non pas le 29 novembre comme le dit Michel Laurencin dans la source citée).

Denoyelle_Loches_1763_6NUM6_132_140_p.18
(C) AD37, 6NUM6/132/140, vue 18

« Le vingt huit septembre 1763 a été baptizé henry françois de paule né d’hier
fils de messire Charles joseph de noyelle, ecuyer, chevalier de l’ordre Royal et militaire
de st Louis, officier des troupes de France en Canada et de dame margueritte Mogé
à eû pour parrein messire henry françois de paule D’Aguesseau
Conseiller D’etat ordinaire et au Conseil Royal de Commerce Représenté par messire
jacques joseph de noyelle frère de l’Enfant et pour marraine demoiselle charles
magdelaine de noyelle sœur de l’Enfant lesquels ont signé avec nous.« 

Il est le dixième et dernier enfant du couple.

En 1765, le père d’Henri est affecté au Sénégal ; toute la famille le suit. Mme de Noyelle rentre à Loches en 1770, après la mort de son mari (1767).
Henri est alors placé au collège de La Flèce (1772), puis après le licenciement de l’école, il est envoyé au collège de Vendôme (1776), tenu par les Oratoriens. Il quitte l’établissement en 1779 et obtient une place de cadet-gentilhomme au régiment de Forez. Le 10 avril 1780, il est nommé sous-lieutenant dans la compagnie de Montault mais il abandonne le métier des armes pour embrasser la carrière religieuse.
A la fin de l’année 1786, il entre à l’abbaye bénédictine de St-Vincent du Mans, appartenant à l’ordre de St-Maur. Il fait profession le 29 juillet 1785, reçoit la tonsure et les ordres mineurs le 1er avril 1786 et est ordonné prêtre le 22 décembre 1787. En septembre 1788, il est envoyé à l’abbaye de St-Florent de Saumur. Lors de l’explusion des moines le 13 septembre 1790 (suite à l’interdiction des voeux monastiques et  à l’abolition de ordres religieux par décret du 13 février 1790), il se retire un temps à l’abbaye de Marmoutier à Tours, puis, suite aux pressions, se retire chez sa mère, à Loches.
Opposé à la Constitution civile du clergé (auquel il n’est pas tenu de prêter serment), il refuse le serment de liberté-égalité imposé en août 1792. Le 25 septembre, il est expulsé de l’abbaye et trouve refuge rue du cygne, à Tours. En février 1793, il se rend à Paris. Le 13 mars 1793, un arrêté des autorités départementales rend obligatoire le serment ou la réclusion des religieux. Il part alors pour Rouen puis Amiens où il est arrêté dans la nuit du 18 au 19 frimaire an II (8-9 décembre 1793). Après avoir été interrogé, il est déféré au Tribunal criminel de Tours. De nouveau interrogé, il est condamné à mort le 22 thermidor an II (9 août 1794) et guillotiné le lendemain place de la Nation (actuelle place Gaston Paillhou).

Sur son acte de décès, il n’est pas fait mention de la cause de son décès.

DC_denoyelle_6NUM8_261_011_p.131.JPG
(C) AD7, 6NUM8/261/011, p.131

Source :
– Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, Chambray-lès-Tours, 1990, C.L.D.

Illustration : photo personnelle, Guillotine mobile de 1794, Musée Maurice Dufresne (Azay-le-rideau, Indre-et-Loire)

 

LSF

Publié dans Le "petit" patrimoine de Touraine, Petite histoire de la Touraine

La loge franc-maçonnique des « amis du peuple » à Tours

Aujourd’hui, je vous présente une chronique que j’aime bien, HistLoire. Bonne lecture.

Articles

HistLoire, c’est une nouvelle chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, découvrez l’histoire du temple des Démophiles, situé rue Georges Courteline.

Rue Georges Courteline, une drôle de façade se dresse sur la rue. Cette dernière est celle du temple des Démophiles, principal temple franc-maçonnique de la ville de Tours.

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Ce lieu est chargé d’histoire, avant d’abriter la communauté franc-maçonne il fut notamment un couvent religieux. En 1711 s’y installent les sœurs de Notre-Dame de Charité du Refuge. Dès lors, le lieu prend le surnom du « Refuge ». Pendant la Révolution, le Refuge est nationalisé puis est transformé sous le Directoire pour abriter le VIe régiment de Hussards de la République.

Lors de la Restauration (1814-1830), le Refuge change de nouveau d’activité. L’ordonnance royale du 11 septembre 1816 créé en ces lieux un orphelinat et une maison de correction pour les filles de « mauvaise vie ou en danger moral ». La maison de correction restera en activité tout le XIXe siècle, précisément jusqu’en 1903, année ou éclate un scandale. Certaines sœurs en charge du Refuge sont accusées de mauvais traitements et de sadisme sur leurs pensionnaires. Cette affaire fit grand bruit, Georges Clemenceau couvrit même le procès pour le journal l’Aurore.

Rachetés par l’Etat, les lieux sont en partis détruits avec le percement de la rue Dabilly en 1904. La loge maçonnique des Démophiles s’en porte alors acquéreur en 1907. Cette loge dépendante du Grand Orient de France, est toujours en possession des lieux aujourd’hui.

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Outre l’histoire maçonnique, ce lieu fut également lié à l’histoire politique. En effet, ce lieu porta bien son nom puisqu’il servit de refuge pour les délégués minoritaires du Congrès de Tours de Décembre 1920. Lors de ce congrès, avec la scission de la SFIO, qui entraina la création du Parti Communiste, les délégués ayant refusé l’adhésion à la IIIe Internationale, Léon Blum en tête, quittent la salle du Manège et rejoignent la loge des Démophiles pour y continuer leurs travaux et réfléchir à l’avenir de la SFIO, dorénavant orpheline de sa majorité de délégués ayant rejoint la IIIe Internationale.

Les Démophiles c’est quoi ?

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La loge des Démophiles naît en décembre 1847 de la volonté de Jules Charpentier. Cette appellation, tirée de la mythologie latine, se traduit par «amis du peuple». La loge des Démophiles est rattachée au Grand Orient de France (GODF). Sur la façade du bâtiment nous pouvons d’ailleurs observer les lettres GODF de part et d’autre de la porte.

(source : 37 degres mag)

L’Indre-et-Loire compte huit loges du Grand Orient de France : Les Enfants de Rabelais à Chinon, Concorde et Solidarité Lochoise à Loches, Altérité, Cosmodicée, Des Enfants de la Loire, Les Démophiles, Saint-Jean de Tours, Temple et Cité à Tours.

 

Pour aller plus loin :
Ecossais37.over-blog.org
L’express.fr
https://books.openedition.org/pufr/1853?lang=fr
https://books.openedition.org/pufr/1855?lang=fr

Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

James Cane (1798-1868), philanthrope

Né le 17 frimaire an VII (7 décembre 1798) à Tours, James Cane est issu d’une famille d’origine irlandaise venue s’installer en Touraine après l’échec de la révolte de l’Irlande contre l’Angleterre. Au moment de son décès (27 avril 1868), il habitait la maison natale de Balzac, au 39 rue Royale, anciennement 25 rue de l’Armée d’Italie, actuellement Rue Nationale 1. D’ailleurs, à la mort de l’écrivain en 1850, Cane a financé la pose d’une plaque commémorative sur la façade de la demeure. Balzac et Cane ont vraisemblablement étaient des camarades de jeu.

Cane a légué à la ville de Tours un million de francs de l’époque pour le bureau de bienfaisance (pour comparaison, en 1850, 1kg de pain vaut 0,37 franc, 1 litre de vin vaut 0,80 franc, 1kg de viande de bœuf vaut 1,36 franc tandis qu’un maçon gagnait 2,30 francs par jour). 

Jusqu’en 1878, la rue James Cane était le prolongement de la rue de la Chevalerie. Elle prend son nom actuelle par arrêté du 05 août 1878.
 
Une stèle surmontée de son buste est installée dans le jardin de l’hôpital Bretonneau.

1.  selon d’autres sources, Cane ne vivait pas dans la maison de Balzac au moment de sa mort mais y serait né avant l’installation de la famille de l’écrivain. De même, ce serait Adrien Brun (1800-1876), l’un des condisciples de Balzac au collège de Vendôme, qui se serait chargé de faire apposer la plaque commémorative (il est alors préfet d’Indre-et-Loire). Après consultation des AD, James Cane est bien décédé 39 rue Royale (6NUM8/261/242 – Décès, 1868, vue 117), et Balzac bien né 25 rue de l’Armée d’Italie (6NUM8/261/025 – Naissances, an VII, vue 162).

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(sources :
– Geneviève Gascuel, Les noms des rues de Tours, Ed. C.M.D.
http://erwan.gil.free.fr/index.php?mod=freepages&pageid=109

Pour aller plus loin : assistancescolaire.com