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Les Ballanais morts pour la France

Lors de ma visite au cimetière de Ballan-Miré, je me suis intéressée aux tombes anciennes, parmi lesquelles, celles des soldats de la guerre 14-18.

En 2017, il ne restait que 7 tombes de soldats morts pour la France :
– Henri BELUET, mort pour la France (accident service commandé) – (carré G27),
– Charles BLED, mort pour la France (maladie contractée au front) – (carré B82),
– Adrien et Constant CHAMPEAUX, morts pour la France (tués à l’ennemi) – (carré G31),
– Constant MIGEON, mort pour la France (maladie contractée en service commandé) – (carré G24, tombe sans nom, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise),
– Pierre POIRIER, mort pour la France (tué à l’ennemi) – (carré G21, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise),
– De Serbrun (carré A49).

Ont disparu les tombes des soldats (dans l’ordre des registres d’Etat civil) :
– BONNIGAL Daniel (1884-1914), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– HAY Félix (1883-1914), mort pour la France (des sites des blessures reçues à l’ennemi-blessures de guerre).
– COULON Pierre (1872-1915), mort pour la France (maladie contracté en service),
– HAY Clément (1881-1915), mort pour la France (décédé à l’hôpital-maladie contracté en service, fièvre typhoïde),
– HELLER Gérome (1890-1915), mort pour la France (tué à l’ennemi, décédé des suites d’une fracture compliquée de la cuisse droite et du bras droit avec hémorragie-mort des suites de blessures de guerre),
– MENEAU Arthur (1895-1918), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– COULON Marcel (1893-1915), mort pour la France (décédé à l’hôpital-maladie consécutive au service, méningite tuberculeuse),
– PELLE François (1870-1916), non mort pour la France (mort subite),
– LEBOUGRE Joseph (1876-1915), mort pour la France (blessures de guerre),

– GANGNEUX Amédée (ca 1879-1916), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– BARRIER Jean (1880-1914), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– MENEAU Arthur Désiré, (1895-1918) mort pour la France (décédé des suites de blessure de guerre en service sur le champ de bataille-tué à l’ennemi)
– MATHA Paul Constant, (1895-1916), mort pour la France (tué à l’ennemi)
– PELLE Julien (1876-1917), mort pour la France (par fracture du crâne consécutivement à un éboulement de carrière en service commandé)
– BROSSEAU Alphonse Eugène (1890-1914), mort pour la France (tué à l’ennemi)
– FONQUERNY Gustave Emile Léopold (1883-1917), mort pour la France (tué à l’ennemi)

– ARRAULT Louis (1881-1915), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– PASTEAU Raoul (1893-1915), mort pour la France (tué à l’ennemi), 
– METTON Désiré (1873-1916), mort pour la France (disparu-naufrage du Gallia),
– MIGEON Jean (1880-1916), mort pour la France (blessures de guerre),
– PICHAUREAU Auguste (1895-1918), mort pour la France (maladie contacté en service),
– BABIN Joseph (1898-1918), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– COULON Abel (1892-1918), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– BARAT Alfred (1891-1918), mort pour la France (mort en captivité),
– CHAUVELIN Rigobert (1890-1918), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– COURTAULT Désiré (1883-1918), mort pour la France (tué à l’ennemi),
– ROBIN Alexandre (1891-1918), mort pour la France (disparu au combat),
– PELLE Alexandre (1890-1914), mort pour la France (disparu au combat),

– ALLAN Emile (1889-1914), mort pour la France (tué à l’ennemi), 
– PELLE Albert (1888-1918), mort pour la France (disparu au combat),

 

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Les tombes anciennes de Ballan-Miré

Tous les cimetières comportent un carré ancien, tous les cimetières sont parsemés de tombes d’un autre temps. Le cimetière de Ballan-Miré (Indre-et-Loire) n’échappe pas à la règle.
Après avoir obtenu l’autorisation de la mairie, je suis allée à la rencontre de ces inconnus oubliés.

La sépulture la plus ancienne que j’ai trouvée date de 1851. C’est celle de Marie Boilève, décédée le 19 janvier 1851 à l’âge de 86 ans.
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La plus jeune décédée (tombes anciennes) est Arlette Annick Brault, décédée le 16 octobre 1940 à l’âge de 5 mois (carré G5, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise).
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Juste à côté de la tombe d’Arlette se trouve celle de Jackie Brault, 8 mois (carré G3, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise).
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Les deux enfants sont certainement parents puisqu’Emmanuel, employé des chemin de fer est le père de la première et que le déclarant pour le second est Emmanuel, garde-barrière.

Il y a de nombreuses tombes devenues anonymes (G69-G62-G36, G54-G71-G22, G25-G23-G24, concessions faisant l’objet d’une procédure de reprise).

Certaines tombes n’ont plus de nom mais sont identifiables grâce aux procès verbaux de la Mairie. C’est le cas de la tombe G1 (concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), dans laquelle repose Alain Lebrougre.
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Il y a aussi les tombes qui ne font pas l’objet d’une procédure de reprise mais qui sont visiblement à l’abandon. Le temps fait son œuvre.

Pour finir, on trouve les tombes disparues (carrés G38-G35, concessions faisant l’objet d’une procédure de reprise). Seul le panonceau de la Mairie indique qu’ici gît encore un Ballanais.

En 2017, il reste encore 7 tombes de soldats morts pour la France, Henri Beluet (carré G27), Charles Bled (carré B82), Adrien et Constant Champeaux (carré G31), Constant Migeon (carré G24, tombe sans nom, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), Pierre Poirier (carré G21, concession faisant l’objet d’une procédure de reprise), De Serbrun (carré A49).

 

Et quelques noms au hasard…

 

LSF

 

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Visiter la Touraine en 1938

C’est à Château-la-Vallière, en 1890, qu’est créé en le premier syndicat d’initiative du département, le « Comité d’initiative des promenades et des embellissements de Château-la-Vallière ».
Constitué de notables locaux, le comité concourt à une politique municipale très active en faveur du tourisme : aménagement de jardins et boulevards, inscription d’éléments de patrimoine aux Monuments historiques…Il publie en 1890 un fascicule de visite à destination des voyageurs. On y trouve la description des principaux monuments de la ville et des villages alentours, ainsi que quelques informations pratiques ! (FRAD037 _ Fonds Bongars)(1)
Aucune description de photo disponible.
(1)(Sources : 200 ans de Tourisme en Touraine, catalogue d’exposition/Archives départementales d’Indre-et-Loire)

Parmi les publications « anciennes » que je possède, il y a un petit guide touristique de 1938.
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En 1938, le guide édité par Arrault & Cie en est à sa 38è édition. La Tour Charlemagne s’est déjà écroulée (1928) mais l’Hôtel Gouïn n’a pas encore souffert des affres de la guerre (1940) ; l’Hôtel de la Crouzille n’a pas été détruit par les bombardements (1940), ni l’Hôtel de Beaune-Semblançay ; la fontaine de Beaune-Semblançay a été déplacée plusieurs fois mais n’a pas encore retrouvé son emplacement d’origine ; la maison de la cordelière dite de Tristan Lhermitte, n’est pas encore le siège de l’IEHCA (Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation) et la chapelle St-Eloi n’accueille pas les Archives Municipales de Tours (1990) ; si les châteaux de Langeais, Loches, Chenonceau (entre autres) se visitent déjà, ceux de Montbazon et de Candé ne sont pas ouverts au public, et celui de Comacre est à 26 ans de sa destruction ; la bibliothèque municipale, encore sise place Anatole France (détruite dans l’incendie de 1940), est ouverte tous les jours, sauf jours de fête, du 1er août au 31 mars, de 10h00 à 11h30 et de 1h00 à 4h00, de 10h00 à 11h30 et de 1h00 à 5h00 du 1er avril au 1er août, fermée 8 jours avant et après Pâques.

J’ai un autre guide édité par Arrault et Cie, datant de 1943.

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Cette fois-ci, la guerre a laissé des ruines dans le centre historique de Tours : l’Hôtel Gouïn, l’Hôtel de Beaune-Semblançay, l’Hôtel Gazil, l’Hôtel Bohier, l’Hôtel de la Vallière, l’Hôtel du Gouvernement, la bibliothèque municipale, le Museum d’Histoire naturelles,  « Toutes ces belles demeures ou leurs vestiges ont disparu dans la catastrophe de juin 1940 ». Idem pour l’imprimerie Mame, l’usine Liotard, l’hôtel du Faisan…

La société Arrault et compagnie, créé en 1881 a d’abord été, sous la direction d’Ernest Arrault, son fondateur, l’imprimeur de Charles Wilson et de son journal « La Petite France » qui devient, en 1890, la « Dépêche  du  Centre ». Sous l’impulsion de Charles Gay,  qui succède à Ernest Arrault en 1925, la Dépêche du Centre devient un  grand  quotidien  régional  couvrant  l’Indre-et-Loire, le Cher, le Loir-et-Cher, les Deux-Sèvres et, en partie, la Sarthe, la Vienne et le Maine-et-Loire. Parallèlement, l’imprimerie travaille avec de grands  éditeurs  parisiens et développe une activité d’imprimeur d’art. En 1949, la  société Arrault est condamnée pour collaboration et ses biens dévolus à la Société nationale des entreprises de presse (SNEP) ; le contentieux se poursuivra longuement. L’imprimerie de labeur poursuit son activité jusqu’en 1954. L’entreprise de presse est  réattribuée dès 1944 à la Nouvelle république du Centre Ouest de Jean Meunier, qui succède à Libé-Nord, journal clandestin résistant. (source : AD37)

 

LSF

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Le Tram à Tours, 1877-2013

Lorsque que les Tourangeaux ont inauguré la ligne de tram le 31 août 2013, beaucoup avaient oublié que la tram avait déjà circulé dans la ville. Bon, on parle d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître. Retour sur 73 ans d’histoire tourangelle. Et pour cela, je vous présente une chronique que j’aime bien, HistLoire (par Mathieu Giua). Bonne lecture.

HistLoire, c’est une chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, replongeons nous dans l’histoire du tramway de Tours.

L’histoire de la ville de Tours avec le tramway ne date pas d’hier, ni de 2013. Une histoire débutée en 1877 puis interrompue entre 1949 et 2013, non sans refaire parler à intervalles réguliers. En effet, si aujourd’hui, le tramway se fond dans la ville et l’agglomération et est une composante essentielle du quotidien pour beaucoup, il fut à l’inverse pendant longtemps un serpent de mer, alimentant parfois d’âpres débats. Pour bien comprendre ce lien, il faut remonter au XIXe siècle.

En 1877, la ville de Tours inaugure alors son réseau urbain de voies ferrées tractées par chevaux. Tours est alors seulement la 6e ville française à se doter d’un tel réseau après Paris, Nancy, Le Havre, Marseille et Versailles. Ce premier tramway parcourt alors une distance de 3,9 km entre la barrière de Vouvray (aux abords de l’Ile Aucard) à la barrière de Grandmont (actuel carrefour de Verdun). Réseau entièrement urbain au départ, le tramway va connaître un essor à partir de 1889 avec la création d’une ligne jusqu’à Vouvray, puis un autre vers Saint-Avertin et Azay-sur-Cher plus tard.

A son apogée au début du XXe siècle le réseau de tramway, électrifié à partir de 1901, est alors composé de cinq lignes urbaines et de 3 lignes suburbaines : Tours (Place Anatole France) – Vouvray / Tours (Place du Palais) – Saint-Avertin (puis Azay-sur-Cher) / Tours (Place de Choiseul) – Mareuil-Fondettes (ou Luynes), soit un réseau total de 54 km (19 km de lignes urbaines et 34 km de lignes suburbaines).

Lors de la Première Guerre Mondiale, la Compagnie des tramways de Tours va connaître néanmoins des difficultés financières et dès 1916 des tronçons sont abandonnés. Dès lors, le déclin est amorcé et en 1932, les lignes suburbaines devenues moins fréquentées du fait de la concurrence de la route seront supprimées et remplacées par des autobus. Le matériel est également vieillissant. La Seconde Guerre Mondiale sera le coup de grâce du réseau avec des infrastructures détruites. Circulant encore quelques années après 1945, la dernière rame cesse de circuler le 14 septembre 1949.

Dès les années 1970, la question d’un renouveau du tramway, ou plus généralement d’un réseau de transports en communs en site propre, refait surface dans les débats publics à intervalles réguliers. Plusieurs pistes sont étudiées, y compris celle d’un métro aérien. Dans les années 90, alors que le tramway a fait son retour dans plusieurs grandes villes de France, Jean Royer évoque de nouveau la mise en place de ce mode de transports, avec une préférence d’un système de transports sur pneumatiques. Tel un serpent de mer, le tramway fait dès lors parler de lui, mais il faudra attendre le milieu des années 2000 pour que le projet devienne concret.

En 2007, un an avant les élections municipales pour lesquelles il sera de nouveau candidat, le maire de Tours, Jean Germain, dévoile un projet de ligne de tramway avec un tracé Nord-Sud reprenant peu ou prou la ligne 1 du réseau de bus Fil Bleu. Ce projet de tramway sera au cœur de la campagne municipale qui s’annonce entre le maire sortant et son principal opposant Renaud Donnedieu de Vabres (UMP) préférant un tramway sur pneus et rejetant le projet du maire sortant, critiquant notamment le coût jugé prohibitif (le candidat de la droite évoquait alors un coût de 500 millions d’euros qui fut finalement presque atteint contrairement aux premières prévisions du projet qui étaient d’un montant de 300 millions d’euros).

Finalement la réélection de Jean Germain ne souffrira d’aucune contestation et avec un score de 62.06%, le maire de Tours prendra cela comme un plébiscite en faveur du tramway. La mise en place de la première ligne de tramway sera le grand projet du mandat 2008-2014. Un projet mené tambours battants (en moins de 5 ans) mais non sans contestations. Entre opposants aux abatages des arbres sur le tracé (et notamment les 160 du mail au Sanitas), accusations de favoritisme dans le choix de certains prestataires (Alors adjointe à Jean Germain, Régine Charvet-Pello a obtenu le marché du design du tramway via son agence RCP), critiques sur le coût du projet… plusieurs recours ont lieu mais qui finalement n’aboutiront pas. Le 31 août 2013, le maire de Tours inaugure alors en grandes pompes son tramway. La première rame porte alors le numéro 51, un clin d’oeil à la dernière rame de 1949 qui portait elle le numéro 50… comme pour symboliquement marquer la continuité entre les deux réseaux.

Inauguration du tramway le 31 août 2013Un degré en plus : Un historique complet et détaillé est visible sur le blog letramdetours

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Le 29/10/2001. Quand les gens tombaient et les sirènes hurlaient.

Je n’oublierai jamais ce 29 octobre 2001.

Ce jour-là, je devais me rendre à la fac pour déposer mon mémoire de maîtrise. J’avais 15 minutes de retard sur mon programme et j’avais peur d’arriver après la permanence de mon directeur de recherche. Je pestais. Je devais absolument être à la fac avant 10h30, et comme il était déjà 9h45 et qu’il me fallait 30 minutes pour y aller, plus trois étages à monter pour arriver au secteur Histoire de l’Art, il ne fallait pas que je traîne.

Ce jour-là, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une première ambulance, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une deuxième ambulance, je ne me suis pas inquiétée quand j’ai entendu une troisième ambulance, même si je trouvais que cela faisait beaucoup en si peu de temps. Mais je me suis troublée quand j’ai vu les gens stupéfaits. Et je me suis glacée quand j’ai vu cette ambulance, cette femme effondrée dans les bras d’un pompier, près d’un corps entièrement recouvert d’une couverture dorée. Il n’y avait visiblement pas eu d’accident de la circulation. Je continuais ma route, sur le trottoir d’en face mais l’atmosphère qui régnait sur le boulevard indiquait clairement que quelque chose d’extraordinaire venait de se produire. Je ne pouvais pas m’enlever cette image de la tête, un homme était mort, que l’on cachait pudiquement sous une couverture de survie. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi les passants étaient-ils aussi bouleversés ? Si cet homme avait eu une crise cardiaque, la plupart des gens auraient poursuivi leurs occupations à l’arrivée des pompiers. Or, là, le temps s’était comme arrêté.

J’ai alors appelé une amie pour qu’elle surveille les informations ; on allait forcément en parler. Et malheureusement, on en a parlé.

Je ne me souviens plus comment j’ai appris la nouvelle…peu de temps après avoir déposé mon mémoire. Je ne me souviens plus comment j’ai découvert l’atrocité des événements mais je me souviens très bien des émotions. Je n’arrive pas à oublier la stupeur, l’effroi, la douleur des passants. Ce sentiment ne n’être que peu de chose face à la folie meurtrière.
Je n’ai pas été blessée, je n’ai pas perdu de proche, je n’ai pas directement été témoin du drame…je n’ai pas croisé son chemin. Mais j’aurais dû passer Boulevard Heurteloup à cette heure-là, j’aurais dû emprunter la rue Marceau à 9h40, j’aurais dû…et j’ai eu 15 minutes de retard. J’ai eu de la chance. Je n’ai pas croisé le chemin de Roux-Durraffourt.

Une plaque commémorative a été apposée à l’extrémité est du boulevard Béranger et une stèle, rappelant le nom des victimes et la date de l’événement, a été installée en face de la Mairie. Une salle du Palais des sports porte depuis, le nom de la dernière victime, Thierry Enguerrand.

 

 

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Les déportés de Tours

Ce blog est pour moi, l’occasion de parler de mes ancêtres et de ma Touraine natale. Et même si je connais un peu l’histoire ancienne de la Touraine, je connais beaucoup moins son histoire récente. Du coup, j’en apprends tous les jours, notamment sur le personnalités, moins connus que Yves Bonnefoy, Bernard Lama, Luz, Gérard Blanchard, Rubin Steiner, Ben l’Oncle Soul ou Jacques Villeret (entre autres). Et puis il y a les anonymes, ceux qu’on ne connaît mais qu’il ne faut pas oublier.

Je vous présente un article extrait du site La face cachée de l’étoile jaune, qui m’a beaucoup émue (publié en 2012 par Thierry Noël).

La Shoah à Tours : sur le chemin de la mémoire

Des lieux symboliques de mémoire sont nécessaires pour comprendre comment des hommes, des femmes et des enfants ont été assassinés, uniquement parce qu’ils étaient juifs. Des lieux et des personnages ont également allumé des lumières d’espoir. 
Un parcours à suivre dans la ville de Tours.

  1. LA SYNAGOGUE ET LA STELE DES JUSTES 
La stèle, dans la cour, visible de la rue

37 RUE PARMENTIER

La synagogue a fêté son centenaire en 2008. Elle a pu être construite grâce au don du banquier-mécène Daniel Iffla, dit Osiris, issu d’une famille juive marocaine. Elle est l’œuvre de l’architecte Victor Tondu qui a également réalisé les synagogues d’Arcachon, Vincennes, Tunis et Lausanne.

Ses vitraux sont signés de Lux-Fournier, peintre-verrier à Tours au XXe siècle. Depuis 1938, la synagogue était le siège social de l’association « La Fraternelle Israélite », et l’association cultuelle existait depuis 1906, conformément à la loi de séparation des églises et de l’Etat.
Le rabbin Léon Sommer, recruté en 1902, exerça son ministère jusqu’à sa mort en 1937.

En juin 1940, la synagogue fut transformée en dépôt de paille pour les chevaux et abrita le Parti Populaire Français (PPF), parti politique fascisant.

Elle est monument historique classé depuis 1994.

Le 19 avril 2005, Simone Veil, en présence de l’ambassadeur d’Israël, inaugure la stèle, installée dans la cour, en hommage aux 34 Justes d’Indre-et-Loire (42 aujourd’hui).

«  Vous avez sauvé l’honneur de la France et de l’humanité et il était important qu’Israël, en vous  honorant, donne votre exemple au monde. Vous avez montré qu’il n’y avait pas de banalisation du Mal (…) Vous êtes ma fierté d’être française car c’est en France que le plus de juifs ont été sauvés » rappela celle qui était alors la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

A l’engagement des Justes fut associée la mémoire des 236 juifs, hommes, femmes et enfants, de la communauté de Tours, raflés les 15 et 16 juillet 1942, par la police allemande avec la participation de la police française.

Ils seront enfermés dans les locaux de l’ancienne école normale de filles à Tours-Nord.
S’ajouteront 700 juifs en transit vers Auschwitz, par le camp de La Lande. Un camp situé à Monts, à 16 km de Tours, à 500 m de la ligne Paris-Bordeaux. Conçu pour un maximum de 500 personnes, il a fonctionné du 30 novembre 1940 à janvier 1944, comptant 23 bâtiments sur 7 Ha. Il a accueilli des réfugiés, provenant de rafles allemandes dans les grandes villes de l’ouest. A partir de novembre 1941, il est entouré d’un triple réseau de fils de fer barbelés. Les gendarmes français y assurent le maintien de l’ordre.

Le 5 janvier 1942, il devient officiellement camp d’internement pour juifs. Le rabbin Elie Bloch, y assurera le culte, et coordonnera l’assistance, s’occupant des enfants abandonnés suite à la déportation de leurs parents.
Le 4 septembre 1942, 422 internés (dont 277 femmes et enfants) sont transférés à Drancy. 

  1. RUE DU HALLEBARDIER

Dans la nuit du 5 au 6 février 1942, des Francs-Tireurs et Partisans qui participaient à une action de sabotage se retrouvent face à une sentinelle allemande, le soldat Kopiunik. Grièvement blessé, il meurt le 9 février.

Le préfet promet une prime de 50.000 F à qui donnera des informations permettant d’arrêter « les terroristes ». 40 otages sont arrêtés dont 10 communistes et 30 juifs (7 seront déportés à Auschwitz par le convoi n°2 du 5 juin 1942) sont emprisonnés à la caserne Lassalle.
Au total, vingt-sept personnes seront déportées à Auschwitz.

Parmi ces derniers, David Ziboulsky qui tenait une bonneterie rue du Commerce. Juif ukrainien, il a été naturalisé français en 1922. Suite aux bombardements de 1940, il vit rue d’Entraigues, et le magasin est installé dans une barraque en bois, avenue de Grammont.

Non seulement il est juif mais aussi franc-maçon. Un double motif d’arrestation.

Sa famille ira se réfugier en zone libre, dans le Beaujolais, et échappera aux arrestations.
La rafle du Vel’ d’Hiv s’étendra en province les 15 et 16 juillet.
A Tours, policiers en civil et soldats allemands débarqueront au domicile de familles juives – dont celle des enfants de l’école Mirabeau – puis les autocars convergent vers l’école normale de filles à Saint-Symphorien Le même sort est réservé aux juifs interpellés sur la ligne de démarcation ou détenus (133) au camp de la Lande de Monts. 

Des panneaux et un plan rappellent les faits
  1. L’ECOLE-PRISON MICHELET – 1941-1943

De 1941 à 1943, l’école primaire Michelet a été une prison allemande et un lieu d’internement pour des familles juives, des résistants et des civils, hommes, femmes et enfants. L’été 1942, plus de 200 juifs ont été arrêtés en Indre-et-Loire, le plus souvent sur la ligne de démarcation, parmi eux, plus de 50 enfants de 4 ans à 18 ans.

Depuis 2000, des collégiens de 4e et 3e, accompagnés par des enseignants convaincus de la nécessité du travail de mémoire, mènent un travail de recherches historiques afin de redonner aux personnes emprisonnées ici, une identité, afin que nul n’oublie.

Rien ne rappelle ce qui s’est passé ici
  1. LA GESTAPO 
    17 RUE GEORGE-SAND

Aucune plaque commémorative n’indique les heures sombres de ce bel immeuble. Ici, la Gestapo torturait des résistants, sous les ordres de Georg Brückle (arrêté à Baden-Baden en 1948, il sera condamné à mort mais en 1954, sa peine est ramenée à 10 ans de réclusion).

Les 32 agents (dont 10 sont allemands) sont aidés par Clara Knecht, une secrétaire alsacienne, qui sert d’interprète. Particulièrement sadique, elle faisait baiser son nerf de bœuf par les détenus avant de l’utiliser. Disparue à la Libération, on n’a jamais retrouvé sa trace.

Egalement traducteur au service de la Gestapo à partir de septembre 1942, Pierre Wennert, originaire de Moselle. Il intervient dans des affaires concernant les communistes, les résistants et les juifs. Arrêté en décembre 1944, il est condamné à mort le 26 juillet 1945 et fusillé le 3 septembre. Il sera accompagné jusqu’au peloton par l’abbé Labaume, qu’il avait arrêté et fait déporter en 1943.

Antoine Devaud, indicateur de la Gestapo, sous les ordres de Wennert, intervient dans les mêmes enquêtes. Condamné à mort en novembre 1944, il sera fusillé le 19 décembre.

  1. EMILE ARON 
    26 RUE DE CLOCHEVILLE


Emile Aron, né au Boulay (Indre-et-Loire) en 1907, est professeur de médecine depuis 1937, après de brillantes études à Strasbourg. Mobilisé comme médecin-chef en 1939, il est fait prisonnier le 21 juin 1940 en Alsace. Dénoncé comme juif, il n’est pas libéré et réussira à obtenir un Ausweiss en soignant un sous-officier allemand. Rentré à Tours, il est exclu de l’hôpital en raison du statut des Juifs de Vichy et est désigné en premier sur la liste des otages en cas de représailles allemandes.

Juste après l’agression de la rue du Hallebardier, les allemands se présentent chez lui, au 26 rue de Clocheville (au 25 se trouvait l’Institut Allemand). En pyjama, il a tout juste le temps de partir et son épouse Madeleine expliquera qu’il avait été appelé par une urgence médicale. Il ira se réfugier à Buzançais (Indre) avec de faux papiers. Fin décembre 1942, le couple rejoint la Suisse. Emile Aron retrouvera Tours à la Libération le 1er septembre 1944. Ancien conseiller municipal, il est désigné par Michel Debré, Commissaire de la République, pour siéger dans la nouvelle municipalité dirigée par Jean Meunier. En 1947, il devient directeur de l’Ecole de médecine de Tours et sera le premier doyen de la nouvelle faculté de médecine, créée en 1962. Il siégeait à l’Académie nationale de médecine et est décédé fin janvier 2011, à 103 ans.

  1. LE LYCEE DESCARTES
    RUE DE LA PREFECTURE
La plaque n’est pas visible de l’extérieur

Il a fallu attendre novembre 2007 pour qu’une plaque commémorative soit dévoilée dans l’enceinte du lycée Descartes, grâce à la mobilisation d’anciens élèves et de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire) pour convaincre le conseil d’administration de l’établissement. Elle honore la mémoire des élèves juifs :

Georges Mendez, né à Rochecorbon. Il sera déporté avec ses parents par le convoi n° 68 du 10 février 1944.

Maurice Margules, 20 ans, né à Châteauroux, habite au 3 rue Chaptal. Déporté avec ses parents par le convoi n°2 du 5 juin 1942.

Paul, 15 ans, et Emmanuel Feuermann, 18 ans. Le premier est né à Candé, le second à Bucarest. Internes, leurs parents habitent au Lude (Sarthe). Tous arrêtés, ils sont déportés par le convoi n° 48 du 13 février 1943.

Simon Henigsblit habitait 61 rue du Commerce. Recensé sous le prénom de Salomon. Sa mère meurt le 11 août 1941. Arrêté avec son père le 15 juillet 1942, ils sont déportés par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Anatole, 16 ans, et Georges Laub, 11 ans. Tous deux sont nés à Anvers où leur père, venu de Pologne, était négociant en diamant. La Belgique envahie, ils seront réfugiés en Gironde et arriveront en juillet 1941 au camp de La Lande. Ils seront autorisés à résider 82 rue Victor-Hugo, les enfants étant scolarisés à Descartes.

Anatole et sa mère seront déportés par le convoi n° 8, Georges et son père par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942.

Jacques Lévy, 15 ans, avec ses parents, sont des réfugiés de Metz, arrivés en juin 1940. Son père meurt à Tours le 19 décembre 1941. Arrêté avec sa mère Blanche, alors qu’ils tentaient de franchir la ligne de démarcation, ils sont envoyés à Pithiviers. Ils seront déportés par le convoi n° 35 du 21 septembre 1942. Sa grand-mère, meurt à 97 ans, à Joué-lès-Tours, le 14 février 1945.

Charles Kritzler, 15 ans, est né en Hongrie. Il est arrivé à Tours avec ses parents vers 1930. Son père est forain, sa mère élève ses trois enfants ; ils habitent 15 rue Elise-Dreux.

Arrêté dans la rafle du 15 juillet, avec son frère Claude, 7 ans, et sa sœur Agnès, 9 ans, ils sont détenus à l’Ecole Normale d’institutrice de Saint-Symphorien. Leurs parents sont emmenés à Angers et déportés par le convoi n°8. Charles, Agnès et Claude sont emmenés au camp de La Lande. Le 22 août 1942, Charles demande à être recueilli, en vain, avec son frère et sa sœur chez une tante à Paris. Le 21 septembre 1942, ils rejoignent Drancy, et seront déportés le 23 septembre par le convoi n° 36. Ils seront gazés à leur arrivée.

Edouard Mizrahi, 21 ans, avait été recensé sous le prénom d’Elie. Il avait deux frères et avait été scolarisé en 1938-1939 à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, avant sa classe de philosophie. Sa famille venait de Smyrne et sa mère était italienne (elle sera arrêtée le 15 juillet 1942). Après la rafle du 9 février 1942, il se réfugie à Châteauroux et réussira à gagner l’Italie, comme son père. Arrêté comme résistant à Florence le 1er mai 1944 pour faux papiers, il sera déporté dans les camps d’Auschwitz, Struthof et Dachau, et survivra.

Suite à l’attentat de la rue du Hallebardier, Pierre Minne, professeur de philo, soupçonné d’être juif sera arrêté et libéré au bout de trois jours, mais son épouse, juive, sera livrée à la Gestapo.

Au lycée Balzac, autre grand lycée, un professeur d’allemand, juive, est rayée des cadres de l’Education nationale, en avril 1943, suite à un congé sans solde pris à la rentrée 1941. Elle sera réintégrée à la Libération, avec dédommagement pour les salaires non perçus.

Un autre professeur, agrégée de sciences, mariée à un non-juif, devra quitter le lycée, et se réfugiera sous un faux nom dans la famille de son mari.

Une élève sera tuée accidentellement, par un véhicule allemand, au carrefour de la rue Chanoineau et du boulevard Béranger.

  1. SAINT-GATIEN – 
    ARRESTATION DE LEA KERISIT
Saint-Gatien, juste en face le parvis de la cathédrale

Le 23 septembre 1942, l’infirmière Léa Keresit est arrêtée alors qu’elle sort de l’hôpital Saint-Gatien où elle travaille. Dénoncée à la Gestapo, elle sera déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943, où elle mourra trois mois plus tard. Elle n’était pas juive mais son nom reste associé à l’action d’un groupe de passeurs de la ligne de démarcation, qui a secouru de nombreux juifs. Des hommes et des femmes confiés à l’abbé Henri Dupont, à La Chapelle-Blanche, qui leur procurait des vêtements. Pris en charge par les fermiers Maurice, ils passaient la ligne dans la ferme des époux Poupinneau, sur la commune de Vou. Seul l’abbé Dupont est revenu de déportation. Le traitre, Ferdinand Werner, condamné par contumace par la Cour de justice d’Orléans à 20 ans de travaux de forcés, est découvert en Côte d’Or en 1948, et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour de justice de Paris en janvier 1951.

  1. LE LYCEE 
    PAUL-LOUIS COURIER
Dans l’actuel lycée, la maison dite du Curé

Au moins huit élèves juifs ont été scolarisés à l’école primaire supérieure Paul-Louis Courier, aujourd’hui un grand lycée au pied de la cathédrale, connu pour sa maison dite du Curé, immortalisée par Balzac.

Quatre étaient de Tours : Elie Mizrahi (également scolarisé au lycée Descartes en 1940-1941).

Elie Gattegno, né à Bourges en 1924, sa famille venait de Salonique, en Grèce, et habitait rue Victor-Hugo. Otage, suite à l’attentat de la rue du Hallebardier du 5 février 1942, ce jeune comptable de 18 ans, est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942.

Abraham Goldberg, 17 ans, habitait 13 rue de l’Hôpiteau, près de l’école. Il était ajusteur. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 42 du 6 novembre 1942, avec sa mère et sa grand-mère.

Edouard Leszczynski, 20 ans, venait de La Lande. Il a pu se cacher et échapper à la déportation.

Quatre venaient de l’est de la France : Osaias Bienenstock, 14 ans, né à Strasbourg, déporté par le convoi n° 31 le 11 septembre 1942. Sa famille venait de Galicie en Pologne. Expulsée d’Alsace vers Bordeaux, elle sera internée à La Lande et déportée.

David Pravidlo, né à Varsovie, n’avait pas encore 14 ans. Il est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre 1942. Ses parents avaient été employés chez Pierre Massoteau, fermier à Monts, jusqu’à leur retour au camp de La Lande en septembre 1941.

Joseph Gerszonowicz, 15 ans, né à Szeszerowice en Pologne. Déporté à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Roger Sobel, 14 ans, né à Metz, vivait à La Lande, avec ses parents (son père a été ouvrier tôlier au garage de la rue Origet et sa mère élevait ses trois frères) . Il seront tous déportés à Auschwitz par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Joseph Mizrahi (frère d’Elie, scolarisé à Descartes), était scolarisé à Paul-Louis Courier de 1934 à 1938. Il poursuivra sa scolarité au lycée Descartes. Il rejoindra aussi l’Italie, via Issoudun, et suivra une formation de pilote aux Etats-Unis. Un troisième frère, Edouard, rejoindra la zone libre en 1941, puis l’Algérie et participera au débarquement de Provence le 15 août 1944.

Rue du Cygne, l’école Pigier
  1. L’ECOLE PIGIER – RUE DU CYGNE – NELLY FRANKFURTER

Nelly Frankfurter avait été expulsé de Bordeaux, avec sa famille polonaise, et vivait au camp de La Lande.

A partir de novembre 1941, elle obtient l’autorisation de suivre des cours de sténographie à l’école Pigier. Son père avait été directeur commercial chez Massey-Harris à Bordeaux.

Le 31 mai 1942, Nelly adresse une lettre au général-chef de la Kommandantur de Paris pour demander une exemption de l’étoile jaune : «  Je m’adresse donc à votre bonté, à vos sentiments humains qui, j’en suis sûre, sont aussi forts qu’en moi » écrit-elle. Elle n’obtiendra aucune réponse, sera arrêtée et déportée par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942, avec sa mère de 54 ans.

Ce convoi, formé à Angers, comptait 824 juifs, au lieu des 1000 habituels. Un accord du 2 juillet 1942 assurait le report temporaire de la déportation des juifs français. Dans le convoi, 288 juifs venaient de La Lande (132 hommes et 156 femmes). Parmi eux se trouvait également le Dr Abraham Lettich, 34 ans, domicilié 112 rue Origet, raflé avec sa femme Edith et leur fils Jean, 5 ans, qui mourront en déportation. Seul rescapé, il témoignera de son odyssée de « 34 mois dans les camps de concentration ».

Une plaque installée à l’entrée de l’école

10.L’ECOLE
RUE MIRABEAU

Le soir du 15 juillet 1942, cinq enfants scolarisés à l’école Mirabeau sont arrêtés : Norbert Kronenberg, 12 ans, né à Stuttgart, et son petit frère René, 8 ans, né à Strasbourg ; Joseph Zomersztajn, 12 ans, et ses deux petites sœurs Estelle, 8 ans et Paulette, 5 ans, tous nés à Nancy.

Leurs parents ont quitté la Pologne. Etrangers, ils sont évacués d’Alsace-Lorraine vers la Gironde.

Tous se retrouvent au camp de La Lande à partir du 5 décembre 1940.

La famille Kronenberg est autorisée à travailler à Tours et s’installe au 19 rue Jules Moineaux. La mère Léa s’occupe du foyer, le père, Chaïm est aide-horloger. Les Zomersztajn, Alta et Liber, s’installent au 17 de la même rue. Le père est aide-cordonnier. Jacques, le fils aîné, est apprenti coiffeur, et Maurice, le second, entre à l’école Pigier.

Tous, à l’exception de Chaïm, parti acheter des cigarettes, au moment de la rafle, seront arrêtés.

Liber est ramené à La Lande avec son aîné. Léa, Alta et leurs enfants sont enfermés à l’école normale de jeunes filles de Saint-Symphorien, et transférés à La Lande. Sur place, les familles sont séparées avec brutalité par les gendarmes français. Hommes, adolescents, femmes et jeunes filles « aptes au travail » sont envoyés sur Angers, et seront du convoi n° 8 du 20 juillet 1942.

Les plus jeunes restent au camp… Le 4 septembre, des internés partent pour Drancy, dont Jacques Zomersztajn, 17 ans. Le 21, c’est le tour de René, Norbert, Maurice, Joseph, Estelle et Paulette.

Le 23, ils seront 135 de La Lande à partir par le convoi n° 36 vers Auschwitz. Parmi eux, Arlette et Frédérique Feldman, 1 et 2 ans, nées à Tours, domiciliées 103 rue Lakanal ; Edith Viola, 37 jours, née à La Lande ; Nicole Mantel, 21 jours, née à La Lande…  Mais aussi, Osias Bergman, 5 ans ; Simon Blady, 8 ans ; Anna et Franja Fiszbin, 10 et 15 ans ; André, Dora et Yvette Inventarz, 6, 9 et 2 ans ; Léone Ihul, 10 ans ; Céline Koper, 4 ans ; Agnès, Charles et Claude Kritzler, 9 , 15 et 7 ans ; Jean Lettich, 5 ans ; Fernand et Raymond Mazur, 7 et 2 ans ; Albert, Buena et Rebecca Nahmias, 9, 12 et 14 ans ; Jacques Rosenbaum, 3 ans ; Sylvie Rosenthal, 12 ans ; David Rozenzwajg, 12 ans ; Claire, Hélène, Max Sperling, 13 ans, 20 mois et 13 ans ; Ida Wajnstein, 10 ans ; Maurice Zomersztajn, 14 ans.

Etaient partis par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942 : Isaac et Pierre Dzialoszinski, 5 et 9 ans ; Sylvain Kozubski, 4 ans ; Georges Laub, 11 ans ; Balcia et Maurice Schandor, 13 et 10 ans ; Ida Wajnsztein, 12 ans.

Par le convoi n° 32 du 14 septembre 1942 : Cécile, Charles et Fanny Basista, 2, 6 et 10 ans.

D’autres enfants suivront : Abraham et Jacqueline Goldberg, 17 et 12 ans, dans le convoi n° 42 du 6 novembre 1942 ; Claudette, Ginette, Suzanne Schwimmer, 20 mois, 3 et 4 ans, dans le convoi n° 45 du 11 novembre 1942 ; Rosa, Salomé, Suzy Alter, 6, 2 et 5 ans, dans le convoi n° 48 du 13 février 1943 ; Achille Herc, 6 ans, dans le convoi n° 59 du 2 septembre 1943 ; Anny Sussmann, 4 ans, Monique Loew, 10 ans, dans le convoi n° 68 du 10 février 1944 ; Jacqueline Vernet, 15 ans, (seule survivante à la libération d’Auschwitz), Marc Goldrach, 17 ans, dans le convoi n° 76 du 30 juin 1944 ; Paul Jakubowicz, 6 ans, arrêté à l’orphelinat de la Varenne Saint-Hilaire, dans le convoi n° 77 du 31 juillet 1944.

Enfin, Ida Yedinak, née le 7 septembre 1942, à la maternité de Tours, morte à Drancy le 12 mars 1943 à 6 mois.
La plaque commémorative, installée à l’entrée de l’école, sur la rue, a été posée en mai 2008, en présence du maire, du député, de l’inspecteur d’académie, du président de la communauté juive, à l’initiative de l’AREHSVAL. Juste en dessous, une autre plaque rappelle la mémoire de Marcel Rabache, instituteur torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald, où il mourra.

  1. PETAIN A TOURS
    25 OCTOBRE 1940
L’hôtel de ville accueillait Pétain le 25 octobre 1940

22 octobre 1940 : le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir-et-Cher. Une entrevue historique symbolisée par la poignée de mains marquant la volonté du chef de l’Etat Français de « collaborer ».

Tours devient l’antichambre de cette collaboration et les Tourangeaux sont massés devant l’hôtel de ville le 25 octobre pour acclamer le vieux militaire venu saluer le maire Ferdinand Morin avant d’aller visiter les quartiers sinistrés. A son retour de Montoire, Pétain fera une partie de billard avec le préfet Camille Vernet (en place depuis 1936, il sera muté dans l’Eure en novembre 1940 et révoqué en 1941).

A Tours, Pétain a sans doute la nostalgie de l’hôtel de l’Univers, où il était descendu en 1920 comme l’atteste le livre d’or. L’établissement du boulevard Heurteloup, est réquisitionné par l’armée Allemande depuis juin 1940 : il est à deux pas de la Feldkommandantur 528, installée dans le palais de justice.

Pétain connaît bien Tours. Le 13 juin 1940, au château de Cangey, où le conseil des ministres s’est replié, celui qui sera nommé président du conseil par le président Lebrun, trois jours plus tard, annonce la nécessité d’un armistice. Une idée qu’il amplifiera à la radio par son discours du 17 juin : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat »…

Les combattants croyaient en l’homme de Verdun. Ainsi, Armand Abraham Reis, né en 1878 dans le Bas-Rhin, à Mutzig, écrit au maréchal le 18 août 1942 depuis le camp de La Lande où il est interné avec sa femme : « Comme Juif, je suis interné dans le camp de la Lande, pour avoir voulu franchir la ligne de démarcation, sans être porteur de l’insigne (Ndlr : l’étoile jaune), et sans autorisation de déplacement ». Il rappelle qu’en août 1914, il a eu « le très grand honneur de servir dans votre état-major particulier, ceci pendant plus de deux ans ». Et il rappelle que son frère, officier d’artillerie, est mort de maladie contractée au front ; que son beau-père a été médecin-chef militaire de l’hôpital de Bougival ; que sa sœur était infirmière-major…

Pour tous ces états de service, il demande au maréchal d’intervenir en sa faveur… Reis mourra à Auschwitz le 18 février 1943.

SOURCES

Histoire des camps d’internement en Indre-et-Loire – Sophie Paisot-Béal – Roger Prévost (1993)

Histoire de Tours – David Bohbot, sous la direction de Bernard Chevalier (Privat, 1985)

Le lycée Balzac (Edition d’un centenaire, 2004)

Le lycée Descartes – Michel Laurencin (Editions du bicentenaire, 2006)

Le lycée Paul-Louis Courier – sous la direction de Gilbert Wycke (Allan Sutton, 2009)

Articles de Thierry Noël – La Nouvelle République du Centre-Ouest (2003-2010)

Histoire régionale de la Shoah en France – ouvrage collectif sous la direction de Patrick Cabanel et Jacques Fijalkow (Editions de Paris Max Chaleil, 2011), avec Simon Ostermann, pour Méthodes d’identification et de répression contre les Juifs dans les départements du Cher, du Loir-et-Cher, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire et du Loiret, 1940-1944.

Remerciements particuliers à Yvette Ferrand, fondatrice de l’AREHSVAL (Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire), et à Jacques Pirondeau, de l’ERIL (Etudes sur la Résistance en Indre-et-Loire).

(source : La face cachée de l’étoile jaune)

 

LSF