Publié dans Avis de recherches, Généalogie

Les matrices cadastrales, mon cauchemar préféré

Il est une source archivistique qui me fait m’arracher les cheveux : LES MATRICES CADASTRALES !!!! Mais j’adore ça. 
Je n’en suis pas un mon premier paradoxe du genre. Au lycée déjà, je pratiquais certaines disciplines de façon très médiocre mais avec un plaisir masochiste. Le latin, par exemple, que j’ai abandonné après le premier trimestre de Terminale, était une vraie gageure (j’ai senti un soulagement non dissimulé de la part de mon prof qui m’a donné un « avis favorable à l’abandon du latin« ). J’ai lâché les versions et autres thèmes car, il faut le dire, j’étais nulle et que cela me demandait beaucoup de travail pour un résultat dérisoire : j’avais pris latin en option facultative au Bac donc seuls les points au-dessus de 10 comptaient dans la moyenne générale (autrement dit, avec une note de 10/20 au Bac, le latin rapportait 0 point, avec 11/20, il rapportait 1 point, avec une note de 12/20, il rapportait 2 points…etc). Même Bérézina avec les maths. Mais à force de persévérance, ça a payé ! J’ai commencé avec une moyenne de 09,5/20 au premier trimestre de Terminale, j’ai continué avec 08/20 et j’ai fini avec 11/20 au troisième trimestre. Quand il s’agit de son option principale avec un coefficient 4 au Bac, cela peut paraître un peu inquiétant. Mais au final, mon 16/20 m’a rapporté pas mal de points.

Tout cela pour dire que j’adore essayer de résoudre les problèmes et énigmes, et les matrices satisfont à ma bizarrerie.
Ma dernière lubie en date est le pavillon que mes ancêtres possédaient à la Rabière, commune de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). Je voulais en savoir plus.
Joué_3P3.1257_Folio626B_p.327
AD37, matrices cadastrales, Joué-lès-Tours, 3P3/1257, vue 327

Je suis quasiment sûre que ce sont mes ancêtres qui font construire le pavillon. En effet, il s’agit d’une construction nouvelle imposée en 1893. Les travaux sont donc achevés vers 1891. Or, mes ancêtres sont propriétaires à partir de 1888 (la date de 1890 sur le registre correspond au décalage entre la date réelle et la prise en compte par les services du cadastre. Il se passe la même chose avec la parcelle R245 des Brosseaux, dont j’ai trouvé l’achat dans les Hypothèques en 1888). Premier problème, j’ai pas trouvé l’achat dans les Hypothèques pour la parcelle G64 de la Rabière, ni comme parcelle nue de constructions ni comme parcelle avec un quelconque bâtiment. Deuxième problème, je n’ai pas trouvé la trace de la nouvelle construction dans le registres des augmentations et diminutions du cadastre. Du coup, si je veux retracer l’évolution de la parcelle, je dois remonter les propriétaires. Comme la case 626 ci-dessus correspond au registre de 1882, je dois chercher dans les registres de 1823. Mais, nouveau problème, le répertoire des propriétaires est abîmé.
Joué_3P3.1254_p.600
AD37, matrices cadastrales, Joué-lès-Tours, 3P3/1254, vue 600

Bon, il ne me reste plus qu’à partir du premier propriétaire de la parcelle et suivre les mutations jusqu’à mes ancêtres. Le premier propriétaire est De Salabery, case 290.
Un détail m’interpelle : la parcelle est enregistrée à partir de 1856. Que se passe-t-il avant ? Pourquoi De Salabery est considéré comme le premier propriétaire alors que le registre débute en 1823 ? Laissons cela de côté pour l’instant. Donc De salabery possède la parcelle G64 de la Rabière. Autre détail qui me surprend, la parcelle est une « partie de » . Donc, cela confirme qu’il existe un « avant » où la parcelle est « entière » . Je garde cette information sous le coude. Donc, De Salabery est le premier propriétaire inscrit dans le registre. Je vous passe les détails…et puis non, je vous fais partager mon bonheur. Il vend une partie de la parcelle, en garde une autre partie pour lui qu’il va finir par vendre aussi en plusieurs morceaux. Concrètement, cela donne quoi ?
En 1856, De Salabery possède une partie de la parcelle G64, soit une superficie de  5 arpents 24 perches 97 mètres. Il garde 3 arpents 74 perches 88 mètres pour lui et partage le reste de la parcelle entre 4 personnes. En 1857, il partage de nouveau la parcelle, en garde une partie pour lui (3 arpents 22 perches 12 mètres) et vend l’autre partie à un nouveau propriétaire. En 1858, il morcelle encore la parcelle, en garde 37 perches 23 mètres, et morcelle le reste en 5 portions. En 1859, il cède sa dernière parcelle à un nouveau propriétaire. Donc, avec seulement le premier propriétaire, je me retrouve au bout de 4 ans, avec 11 nouveaux propriétaires. 

Après avoir scrupuleusement suivi les différentes branches, les unes après les autres, sans suivre deux lièvres à la fois, je me retrouve avec 9 feuilles A4 petits carreaux de propriétaires, soit 113 folios consultés. Et je n’ai pas retrouvé mes ancêtres Picault/Proust. En revanche, je suis tombée sur des propriétaires qui ne faisaient pas partie du fil conducteur de départ. J’ai donc remonté aussi ces branches et je suis tombée sur un autre premier propriétaire, la Dame De Jermanovska, case 267, propriétaire en 1841 (en fait, je pense que son numéro de case apparaît dans la case de Salabery, mais je le devine a posteriori). Elle aussi possède une partie de la parcelle G64. Elle possède presque 1 arpent en 1841 (la parcelle est transmise à plusieurs propriétaires portant le même numéro de folio jusqu’en 1894), tandis que De Salabery possède plus de 5 arpents en 1856. Et effectivement, dans les états de section qui mentionnent De Salabery comme premier propriétaire, la parcelle G64 mesure plus de 6 arpents. Pour faire les choses bien, j’ai suivi les nouvelles parcelles issues de madame la comtesse, mais toujours pas de François Picault, mon ancêtre.
La Rabière_matrices

Je décide de mettre ma recherche sur la touche, enfin presque. Il me reste une dernière branche à finaliser : partir de mes ancêtres et arriver au plus près d’aujourd’hui, pour éventuellement découvrir si leur pavillon existe toujours et à quoi il ressemble. Et là, Brassica oleracea var. capitata f. alba (chou blanc quoi) ! En effet, le pavillon est démoli.  Mais peut-être pourrais-je trouver une photo ? Ou pas.
Joué_Folio531_3P31264_p.351
La parcelle sort des propriétés appartenant à mes ancêtres en 1924, logiquement avec le décès de Jeanne Proux, la femme de François Picault (souvenez-vous du décalage de 2 ans entre les faits et l’enregistrement par le cadastre)…sauf que Jeanne meurt en 1921, donc la sortie aurait dû être enregistrée sur le cadastre vers 1923 et non 1926. Et puis, je suis bien avancée avec la mention « Démolition ancienne ». 

Conclusion 1 : plusieurs possibilités peuvent expliquer mon échec.
1. j’ai laissé passer un proprio, et pas de chance, c’est celui qui m’aurait amené à mon ancêtre.
2. il y a un autre premier propriétaire, avant De Jermanovska en 1841 et De Salabery en 1856, que je n’ai pas trouvé, et pas de chance, il m’aurait permis de remonter jusqu’à mes ancêtres. Cette hypothèse me paraît pertinente puisque les 5 arpents 24 perches² 97 mètres² de Salabery + les 98 perches 93 mètres de Jermanosvska donnent un total de 6 arpents 23 perches² 90 mètres². Or, la parcelle G64 est sensée mesurer 6 arpents 77 perches² 93 mètres². Il manque donc 54 perches² 03 mètres².
3. je ne comprends rien au fonctionnement des matrices. Ca aussi, c’est un hypothèse crédile.

Conclusion 2 : je ne vais pas tarder à ressembler à Kojak !

Mise à jour du 03 mars 2021, 9h30
Certains disent que je suis têtue, d’autres pourraient penser que je suis obsessionnelle, moi, je dis que je suis pugnace.

A force de consulter les matrices cadastrales, j’ai acquis quelques réflexes et accepter de ne pas tout comprendre. Par exemple, que ce soit dans les répertoires des propriétaires ou dans les folios eux-mêmes, certains numéros (écrits en noirs) sont barrés et remplacés par d’autres numéros (écrits en rouge). Joué_3P3.1256_Folio1714_p.215Je ne sais pas à quoi correspondent ces corrections, pas à un renvoi vers d’autres folios en tout cas. Du coup, j’ai pris l’habitude de ne pas en tenir compte. Enfin, presque. Je vérifie toujours, au cas où.
Et sur le folio de dame Jermanovska (folio 267), la deuxième propriétaire de la parcelle G64, on se trouve dans cette même situation. J’ai donc décidé de vérifier le folio 1071. Et…
troisième premier propriétaire trouvé !
François Vouteau, cultivateur à Veigné, possède 2 parties de la parcelle G64, une de 25 perches 06 mètres², et une autre de 29 perches². Tiens, 25 perches 06 mètres² + une autre de 29 perches² donnent 54 perches² 06 mètres². Cela ne vous rappelle rien ? Mais si, réfléchissez bien. En additionnant les parcelles de De Salabery et De Jermanovska, il me manquait 54 perches² 03 mètres². CQFD.
Bon, les problèmes ne sont pas tous réglés puisque les parcelles de François Vouteau sont  notées comme tant des « parties de »,  en 1824 pour la première et en 1827 pour la seconde. Et j’ai une troisième ligne pour la parcelle G64, entre 1824 et 1827 pour 12 arpents 53 mètres² (Vouteau partage donc la parcelle de 25 arpents en 1824 et en conserve 12 arpents jusqu’en 1827).
De plus, les 25 perches² 06 mètres² sont sensées être issues du folio 183. Or, il n’y a pas de parcelle G64 sur le folio 183.
La Rabière_2

NB : j’ai déjà effectué de recherches dans les matrices pour mes ancêtres Picault/Proust. Vous retrouverez l’article ici.

LSF

 

2 commentaires sur « Les matrices cadastrales, mon cauchemar préféré »

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