Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

Fournier et les autres, la médecine tourangelle (2è partie)

Les autres, ce sont Hermary, Giraudet, les Herpin, Origet, Heurteloup, ou bien les Tonnellé.
Tous ces hommes ont une rue à Tours qui porte leurs noms, mais probablement peu d’entre vous sauront dire qui ils sont. Si vous suivez un peu ce blog, vous aurez peut-être deviné que ce sont des Tourangeaux, de naissance ou d’adoption. Mais combien de Tourangeaux savent que ce sont tous des médecins(1) ?

La médecine tourangelle n’a pas débuté avec ses grands médecins, mais ces médecins ont contribué à l’évolution de la médecine moderne et l’essor de la médecine tourangelle.

Selon la tradition locale, l’enseignement de la médecine à Tours remonterait à l’époque gallo-romaine. Au IVème siècle, l’évêque Gatien de Tours (?-ca 300), aurait crée une académie médicale. Mais comme certains auteurs remettant en cause l’existence même du saint, cette hypothèque reste fragile.

Durant le Haut Moyen-Age, l’enseignement de la médecine se déroulait dans une école épiscopale, puis dans les couvents, notamment à l’Abbaye de Marmoutier. Les barbiers, organisés en corporation depuis le début du XVème siècle, y assuraient l’enseignement de la chirurgie grâce aux statuts octroyés par Charles VI (les barbiers pratiquaient la chirurgie tandis que les chirurgiens ne faisaient que l’enseigner).

En janvier 1594, Henri IV accorde à Tours une université, mais la commune ne peut réunir les fonds nécessaires à son installation. Ce n’est qu’en 1766 qu’est crée un collège de chirurgie. Cette création donne un véritable essor à l’enseignement médical à Tours.

Mais la période révolutionnaire provoque de nouveaux bouleversements. En effet, la Convention supprime tous les collèges et facultés et proclame la liberté des professions. Mais les abus qui en résultent aboutissent à la promulgation, en 1803, de deux lois réglant l’exercice de la médecine et de la pharmacie : Tours retrouve ainsi son école libre de médecine.

En 1825, un projet de loi relatif à l’organisation de l’enseignement médical en France prévoit la création de vingt écoles secondaires de médecine et de pharmacie. Ce projet avorte, mais grâce au soutien constant de la municipalité de Tours et à l’influence d’un très grand praticien, Pierre Fidèle Bretonneau (1778-1862), médecin chef à l’hôpital de Tours, une ordonnance royale du 22 juin 1841 crée l’école de médecine et de pharmacie, située à proximité de l’hôpital. En application du décret du 10 février 1955, elle prend l’appellation d’école nationale de médecine et de pharmacie pour, finalement, devenir, en 1962, faculté mixte de médecine et de pharmacie, puis faculté de médecine à la création de l’université de Tours, par arrêté du 27 mars 1969.

En 1970, la faculté de médecine se sépare de la pharmacie et prend le statut d’établissement public à caractère scientifique et culturel, constituant l’une des composantes de l’université de Tours.

En 1995, elle s’installe dans de nouveaux locaux. 20 000 m² sont dédiés à l’enseignement et à la recherche. Le 11 juin 1997, les nouveaux bâtiments de la faculté sont inaugurés. Actuellement, la faculté de médecine compte 4 000 étudiants et 200 enseignants chercheurs. (source : Inserm. Pour aller plus loin, voir ici.)

Mais revenons à nos moutons-médecins.

Jean Origet (1749-1828)
Jean Origet naît à Limoges le 6 octobre 1749. Après avoir été placé chez les Jésuites et suivi des études religieuses, il refuse un canonicat au profit d’études en médecine qu’il commence en 1769 à Limoges. Il est reçu maître ès-arts. Il poursuit ses études à Montpelier. Le 1er février 1773, il est reçu docteur et revêt la robe rouge à manches courtes et à épitoge de Rabelais.
Origet vient s’établir en Touraine au début de l’année 1787. Il est agrégé au Collège Royal de Médecine et devient médecin du dépôt de mendicité de la province et médecin des épidémies.
Le 17 octobre 1790, Origet devient membre de la Société Royale de Médecine de Paris et en 1794, médecin de l’Hôtel-Dieu de Tours.
Balzac cite le docteur Origet à plusieurs reprises dans son roman Le Lys dans la vallée ; le praticien est appelé au château de Clochegourde pour y soigner le comte de Mortsauf.

Par arrêté du 23 mars 1875, l’ancienne rue Notre-Dame d’Oé prend le nom de rue Origet.

(Source : – Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray_lès_Tours, éditons C.L.D.
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, sd, sl, éditions CMD.)


Nicolas Heurteloup (1750-1812)
Nicolas Heurteloup est né le à Saint-Symphorien (commune rattachée à Tours en 1964).
Descendant d’artisans en soie (son père est cardeur), il commence ses études en 1766 dans sa ville natale, et les termine à Paris à partir de 1768.
Il s’engage ensuite dans l’armée au sein de laquelle il fait carrière sous l’Ancien Régime, la Révolution, le Consulat et l’Empire. Il atteint le grade de médecin-chef en 1790 et de premier chirurgien des armées en 1795. En 1804, il est inspecteur général du service de santé et devient chirurgien en chef de la Grande Armée en 1808. Il succède à Pierre-François Percy et précède Dominique-Jean Larrey comme chirurgien en chef de la Grande Armée.
Son travail lui vaut l’estime de l’Empereur qui le cite dans le bulletin qui fait suite à la bataille de Wagram, et le nomme officier de la Légion d’honneur en 1809 puis baron en 1810.
Gravement malade et frappé de paralysie, il meurt le 17 mars 1812, à Paris.
Son fils, Charles-Louis-Stanislas, est également chirurgien.

Un boulevard à Tours porte son nom, par délibération du 23 novembre 1843. Ce boulevard est aménagé sur les anciens remparts entourant la ville.

(Source : – Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray_lès_Tours, éditons C.L.D.
– Emile Aron, Figures tourangelles, 1986, Chambray-lès-Tours, éditions C.L.D.
Base Leonore

Pour aller plus loin :
– Emile Aron, La médecine tourangelle des origines à nos jours, 1993, Chambray-lès-Tours, éditions C.L.D.
– René Coursault, La Médecine en Touraine, du Moyen-âge à nos jours, 1991, éditions Maisonneuve et Larose.
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, sd, sl, éditions CMD.)


La famille TONNELLE

Illustre famille de médecins tourangeaux, plusieurs de ces membres sont enterrés au cimetière Lasalle de Tours (carré 16).

Louis-Henry-Jérôme Tonnellé (1770-1847)
Il est chirurgien à l’hôpital Saint-Gatien à Tours.

Louis Tonnellé (1803-1860)
Fils de Louis-Henry-Jérôme Tonnellé, Louis naît à Tours en 1803. Major du concours de l’internat des hôpitaux de Paris en 1826, il devient directeur de l’école de médecine et de pharmacie de Tours, créée le sur ordonnance royale.
Un boulevard et un quartier de Tours portent son nom.

Louis Tonnellé (1803-1860)
Il vient habiter Saint-Cyr à la Galanderie (Villa Sainte-Marie) en 1855. C’est là qu’Alfred Tonnellé, son fils, décède de la fièvre typhoïde le 14 octobre 1858 à l’âge de 27 ans, qu’il meurt à son tour, le 3 mars 1860 à l’âge de 57 ans, ainsi que son épouse, en 1862, à l’âge de 51 ans.

Mme Pauline Tonnellé lègue la Galanderie aux prêtres oratoriens, ses biens à la ville de Tours pour fonder une maison d’apprentis à St-Cyr, une maison de convalescence pour les malades de l’hôpital Bretonneau ainsi qu’un terrain, à la commune de Saint-Cyr, pour bâtir une école de filles.


La famille HERPIN
Félix Herpin
(1772-1852)
Félix Herpin est né à Bréhémont (Indre-et-Loire) en 1772. Il est le fils d’un notaire royal qui devient l’administrateur du département de l’Indre-et-Loire. Il commence ses études à Tours au Collège de chirurgie alors dirigé par Nobilleau. Dès 1792, pendant la guerre de Vendée, il est attaché à l’armée comme aide chirurgien.

Il est envoyé poursuivre ses études à Paris, à l’Ecole de santé où il suit les enseignements de Corvisart et de Pinel. Cela lui permet de soutenir sa thèse en 1803 sur la méningite, qu’il dédie à un autre médecin tourangeau : le baron Nicolas Heurteloup, chirurgien en chef des armées sous l’Empire. C’est à cette époque qu’il est nommé au poste de premier chirurgien de l’Hospice général de Tours par le préfet.
Il est le premier de la dynastie Herpin chirurgiens tourangeaux reconnus.  
Rapidement, il met en place un enseignement d’anatomie et un cours l’accouchement pour les élèves sages femmes. Il est le père de l’obstétrique à Tours. Mal soutenu par ses pairs, envieux et craintifs de ses méthodes de destructuration de l’enseignement et de la gestion du flux des malades de chirurgie, il doit démissionner un an plus tard et ne retrouve son poste que 20 ans après.
Pendant cette période, il travaille à l’enseignement de l’obstétrique, devenant de plus en  plus influent au sein des hôpitaux militaires de la ville.
En 1816, avec Mignot et Bretonneau, il permet la réforme visant à structurer la  formation médicale à Tours, surtout en chirurgie et en obstétrique, dont il était responsable des cours. Il dirige la chirurgie tourangelle de 1827 à 1841, année où il démissionne de son poste de chirurgien en chef de l’hospice de Tours et où son fils aîné Félix Charles Herpin et Louis Tonnellé lui succèdent.

Félix Charles Herpin (1812-1894)
Félix Charles Herpin est né à Tours le 21 octobre 1812. Il est le fils aîné de Félix Herpin (ci-dessus) et de Justine Rousseau. Il fait ses études de médecine à Tours sous la direction de son père, de Bretonneau et de Tonnellé et il achève sa formation à Paris. Externe en 1835, interne en 1838, il soutient sa thèse de doctorat le 25 avril 1839 et est reçu docteur en médecine. Il se fixe ensuite à Tours. En 1841, il succède à son père en tant que chirurgien-chef de l’Hôpital général et devient le deuxième Directeur de l’Ecole préparatoire de médecine de Tours. Quelques mois plus tard, Félix-Charles Herpin est nommé professeur adjoint en pathologie interne dans la toute nouvelle école préparatoire de médecine et de pharmacie de Tours, créée par l’arrêté ministériel du 11 novembre 1841. Il aide son  maître Louis Tonnellé pour les enseignements de la chaire de clinique externe et dans les fonctions de directeur de l’école. Le 20 décembre 1854, il devient professeur titulaire de pathologie externe et remplace définitivement Louis Tonnellé comme directeur le 30 décembre.
Pendant la guerre de 1870, il crée et dirige l’hôpital ambulant de Beaumont-lès-Tours  (Indre-et-Loire) et reçoit des mains du général de Cissey, ministre de
la  guerre, alors de passage à Tours, les insignes d’officier de la légion d’honneur le 17 octobre 1871.
Le 2 janvier 1873, il échange son enseignement avec celui de clinique chirurgicale  dispensé par Saturnin Thomas.
En 1880, l’administration l’accuse de non-ponctualité dans ses cours et il doit
démissionner après 27 ans à la direction de l’école. C’est le plus long mandat à ce jour.  Il est remplacé par Léon Danner dans les fonctions de directeur et par son neveu,  Octave Herpin, pour son enseignement et sa charge de chirurgien en chef de l’hôpital.  Jusqu’en 1893, il se consacre pleinement à la clinique des Dames-Blanches à Tours. Il  décède l’année suivante, le 9 janvier 1894, à l’âge de 82 ans, dans sa ville natale.

Par délibération du 31 janvier 1954, son nom est donnée à une rue de Tours. (source : Université de Tours)

Octave Herpin (1849- 1899)
Fils d’Eugène Herpin, médecin à Langeais, neveu de Félix Charles Herpin, il fut professeur à l’école de médecine et chirurgien en chef de l’hôpital général. Il est enterré au cimetière Lasalle (carré 3).

(Source : – Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray_lès_Tours, éditons C.L.D.
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, sd, sl, éditions CMD.)

 

La famille GIRAUDET
Alexandre Amédée Giraudet ( 1797-1863)

Alexandre Amédée Giraudet naît le 22 brumaire an VI () à Paris d’une famille originaire de Moulins. En 1814, après des études de médecine, il exerce comme aide chirurgien à l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce puis comme chirurgien militaire (chirurgien des armées du Roi) jusqu’en 1827. En 1828, il publie une Topographie physique et médicale de Cusset, commune de l’Allier où il est établi comme médecin et où, en 1824, il épouse Marie-Adèle Bassot. De cette union naissent deux fils.

Il s’installe à Tours vers 1833 (ou en 1838 selon les sources), intègre la Société d’agriculture, sciences, arts et belles lettres de Touraine et se penche alors sur la géologie et l’agriculture régionales. Deux ans plus tard, il est l’un des membres fondateurs de la Société archéologique de Touraine dont il est le premier secrétaire général jusqu’en 1844. Ses publications sont alors tournées vers la médecine (histoire sanitaire de Tours entre autres), la géologie comme l’histoire ; il est l’auteur du premier guide touristique de Tours. En 1849, il est membre du conseil d’hygiène publique et de salubrité d’Indre-et-Loire qui vient d’être créé par le Préfet de Sivry (11 mai 1849).
Il meurt le à Tours.

Louis Eugène Giraudet (1827-1887)
Louis Eugène Giraudet est le s
econd enfant d’Alexandre Giraudet (ci-dessus) et de Marie-Adèle Bassot. Il naît le à Cusset (Allier) où son père exerce comme médecin. Il est tout d’abord employé à la préfecture de Tours mais en 1845 il entame des études de médecine, d’abord à Tours puis à Paris où il est l’élève d’Émile Roux.
Il devient médecin en 1852 et revient à Tours. Il intègre l’école de médecine, d’abord comme chef des travaux anatomiques, puis comme professeur. À partir de 1859 et jusqu’à sa mort, il est titulaire de la chaire d’anatomie et de physiologie.
Il se passionne pour l’histoire tourangelle dont il dépouille les archives. Il publie plusieurs ouvrages à ce sujet, dont le plus volumineux est une Histoire de la ville de Tours (1873).
Il meurt à Tours le .
Par délibération du 11 décembre 1891, la voie qi s’appelait autrefois rue de Loudun et le passage Bellanger prennent le nom du médecin.

(Source : – Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, 1990, Chambray_lès_Tours, éditons C.L.D.
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, sd, sl, éditions CMD.)

Alfred Fournier (1843-1898)
Alfred André Auguste Fournier est né à la Flèche (Sarthe) le 13 juin 1843. Il commence ses études de médecine à Tours, qu’il termine à Paris. De retour dans sa ville natale, il soigne les blessés de la guerre de 1870 au château de Plessis-lès-Tours. Il se lance dans la vie politique et devient maire de Tours de 1884 à 1892. Parmi les travaux réalisés sous son mandat, il y a la construction du théâtre municipal et la passerelle portant son nom et reliant le quartier du Sanitas au quartier Velpeau. Il meurt à Phalempin (Nord) le 22 mars 1898. Il est enterré au cimetière Lasalle (carré 3).

Par délibération du 27 avril 1898, la rue de la Rotonde prend la nom de rue du Docteur Fournier. La passerelle Fournier est dénommée le même jour.

 

Le docteur Hermary est né le 3 août 1870, à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais). Après ses études, il décide de venir à Tours pour ouvrir un cabinet de médecine. C’est au début des années 1900 qu’il intervient à l’hôpital Bretonneau où il dirige le service de gérontologie. Passionné par son métier, et désintéressé de l’argent, il refuse l’automobile, le téléphone ou encore toute distinction honorifique. Il ne demande que de faibles honoraires à ses patients, ce qui lui vaut le surnom des « médecin des pauvres ».
Il meurt à Tours en 1961.

Par délibération du 23 avril 1965, son nom est donné à une partie de l’ancienne rue de la Moquerie.
(1) Bon, peut-être que les Tourangeaux savent que ce sont des médecins, mais uniquement parce que c’est marqué sur les plaques de rue, Rue du Docteur Herpin, Rue du Docteur Fournier…

 

LSF

 

 

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