Publié dans Généalogie, La boîte à trucs

Promenade parmi ces inconnus oubliés

Connaissez-vous le projet collaboratif Sauvons nos tombes ? La semaine dernière, j’ai décidé d’apporter ma pierre à l’édifice. J’ai donc choisi un cimetière près de chez moi, un pas trop grand, pour mener à bien l’objectif que je m’étais fixé. J’avais décidé de photographier, non pas toutes les tombes du cimetière, mais celles laissées à l’abandon, celles dont personne ne s’occupait plus, celles qui étaient vouées à disparaître.

C’est vers la petite commune de Ballan-Miré que mon choix s’est tourné. Je pars, munie de mon appareil photo, vers la dernière demeure de nombreux Ballanais. Première difficulté, entrer dans le cimetière. Il me faut plusieurs longues secondes pour comprendre que le portillon est équipé d’une gâche, placée à droite, sur le mur. Ca y est, je suis entrée. Puis je marche, à la recherche du carré ancien. A Ballan, c’est le carré G.

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Je commence mes prises de vue. C’est un peu bizarre mais je m’exécute, je suis venue pour ça. Et puis, vient le moment où, réellement, je réalise. Je réalise que certaines tombes sont laissées à leur propre sort, abandonnées, oubliées. Et qui sont ces gens, enterrés ici ? Je ne sais pas, il n’y a pas de nom. Ils, ces inconnus, ne sont pourtant pas encore totalement des inconnus ; il suffirait d’aller à la Mairie et de demander le plan des concessions. Mais je m’égare, je ne suis pas là pour ça (quoi que).
Je photographie donc ces tombes, sans stèle, sans noms, sans fleurs qui rappellent que nos morts restent vivants tant que nous, les vivants, pensons encore à eux. Et j’arrive à une stèle, en bon état, bien conservée, visiblement assez récente. Je me dis que la concession a été reprise et réutilisée. Effectivement, il y a deux pensionnaires dont le dernier a été enterré en 1981. Mais, la concession est bien à l’abandon.
Je continue donc, un peu chamboulée. Et puis, arrive une tombe, enfin, ce que je devine être une tombe, parce qu’il n’y a rien. Juste le panonceau de la Mairie qui assène son cruel « cette concession réputée à l’état d’abandon fait l’objet d’une procédure de reprise« . Rien d’autre, pas même une croix rouillée, pas même les restes d’une antique décoration funéraire, rien, rien que des épines de sapins qui maculent le sol. Finalement, était-ce une si bonne idée de venir photographier des morts ? Allez, courage, ça me tient à cœur que de faire œuvre de mémoire. Je photographie, encore et encore, et puis.. le coup de grâce. D’un seul coup, mon cerveau se souvient que la mort n’emporte pas que les vieillards, ceux que nous perdons avec douleur mais dont on se console en se disant « ils ont bien vécu ». Mon cerveau s’est voilé la face ; la mort emporte aussi les petits corps. Mon cœur se serre, peut-être n’est-ce pas un enfant, il n’y a pas de nom, pas de date et donc pas d’âge. Inutile de se mentir, quel adulte aurait une tombe aussi petite ? Et à côté de ce petit ange, parti trop vite pour des parents inconsolables, il y a Jackie, décédé à 8 mois, ou Josiane, qui avait tout juste 6 jours. Cet après-midi va être plein d’émotions.

Finalement, j’ai photographié toutes les tombes à l’abandon…et je vais aller à la Mairie pour voir si je peux identifier ces inconnus qui m’ont tant émue.

 

LSF

 

NB : La photographie des sépultures est soumise à autorisation du Maire de la commune.

 

 

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