Publié dans Petite histoire de la Touraine

Tous les chemins mènent à…Tours

Si vous étiez un habitant du Moyen-Age, vous emprunteriez des voies toutes autres que celles d’aujourd’hui pour arriver à Tours. Déjà parce que l’axe nord-sud n’existait pas à cette époque. En effet, l’axe principal de la ville de Tours était l’axe est-ouest, celui qui passe par les actuelles rues Albert Thomas, rue Colbert et rue du Commerce ; le decamunus maximus romain quoi !

Mais on pouvait circuler du nord au sud en empruntant le pont d’Eudes II de Blois, celui qu’il avait fait construire en 1034 juste en face de la voie gallo-romaine. Et quel pont ! Animé, c’est peu dire, avec ses boutiques et ses habitations tout du long ! Un peu comme le Ponte Vecchio à Florence. Si, de nos jours, le pont d’Eudes a disparu, on peut encore voir, quand la Loire est basse, les piles qui le soutenaient. Et presqu’au même endroit, se dresse aujourd’hui le pont de Saint-Symphorien, le « pont de fil » comme disent les Tourangeaux, construit en 1845. Beaucoup plus calme que son ancêtre, c’est un pont réservé aux piétons, suspendu au-dessus de l’eau.

Mais alors, qu’est-il arrivé au pont d’Eudes ? Il a tout simplement été éclipsé par le « pont de pierre ». Non ! pas le pont de Pierre, le pont de Louis XIII, en pierre ! Parce que Louis avait des projets ambitieux : relier Paris à Saint-Jacques de Compostelle, la fameuse route du pèlerinage. Il y a eu Saint Martin à Tours, il y aura Saint Jacques à Compostelle. A projets ambitieux, travaux ambitieux. Tout d’abord, finie la route du sud passant par Loches : pas pratique et mal entretenue. Du coup, la route de Loches deviendra encore plus chaotique et les Tourangeaux prendront l’habitude de dire qu’« on n’est pas rendu à Loches » pour parler de quelque chose de laborieux et long. La nouvelle route partait de Paris, passait par Tours puis direction Bordeaux, avant de prendre la route de l’Espagne. Tiens, la route d’Espagne, c’est un nom qui en jette. Nouvel itinéraire, nouveau nom, qui, au fil du temps, a changé pour notamment devenir … la Route Nationale numéro 10. La RN10 à Tours ? Eh oui, la rue de la Tranchée, notre rue Nationale et l’avenue de Grammont ne sont rien d’autre que la RN 10. Et le pont de Louis en pierre dans tout cela ? C’est aussi une portion de la RN 10. Ce sera le nouvel accès à la ville, le pont principal permettant de traverser la Loire, et c’est à cette époque que Tours va s’étendre vers la plaine du Cher.

Mais ce n’était pas gagné. Si la première pierre du pont a été posée le 25 octobre 1765, il a fallu 13 ans pour achever l’édifice. Ce n’était pas faute de compétences puisque le pont a été conçu selon les plans de l’ingénieur général des Ponts et Chaussées de Tours, Mathieu de Bayeux. Mais Dame Nature n’a peut-être pas apprécié que l’on détruise l’île Saint-Jacques, pour construire celui que l’on nommera, à partir de 1918, le Pont Wilson, car durant l’hiver 1789, la Loire a gelé et 4 arches se sont effondrées, et ce n’est qu’en 1810 que le pont a été reconstruit. Mais les péripéties ne s’arrêtent pas là. En juin 1940, le pont est de nouveau détruit par les Alliés pour empêcher l’ennemi d’entrer dans la ville, puis en 1944 par les Allemands pour assurer leur repli et enfin le dimanche 9 avril 1978. Ce dernier effondrement était la conséquence d’une forte sécheresse en 1976, qui dégagea le bas des piles, associée à une forte crue en 1977. Résultat : 5 arches détruites et les Tourangeaux privés d’eau potable et d’électricité.

Donc : le pont d’Eudes II de Blois, utilisé seulement jusqu’au XVIIIème siècle, le pont de pierre plusieurs fois effondré, ajouté à cela qu’il fallait 23h de voyage en diligence pour effectuer le trajet Paris-Tours au temps de Balzac, mieux vaut se tourner vers d’autres voies d’accès. Et pourquoi pas le train ?

Arrivé à Tours en 1846, le chemin de fer permettait de faire le trajet Paris-Tours en 6h… et 54 minutes avec le TGV. Aujourd’hui encore, vous pouvez admirer la gare de Victor Laloux, édifiée entre 1896 et 98. Mais si ! l’architecte tourangeau qui a construit la gare d’Orsay et l’Hôtel de Ville de Roubaix. A Tours, on le connaît bien, c’est l’architecte de la basilique Saint-Martin et de l’Hôtel de Ville. Il a doté la ville d’une grande gare, aussi ambitieuse que novatrice, avec ses deux grandes verrières métalliques et sa façade de pierre. Monsieur Eiffel et sa tour ont fait des émules. Et puis, le débarcadère de 1846, exploité par la Compagnie de chemin de fer du PO (Paris-Orléans), et la petite gare de Vendée construite en 1875 et desservant les Sables d’Olonnes, étaient devenues trop petites.

Une fois au cœur de ville, rien ne vous empêche de vagabonder à travers les rues. Vous pouvez même essayer, depuis le 31 juillet 2013, le tram ! Les anciens vous regarderaient avec des yeux tous ronds, de vous extasier devant le tram. Parce qu’à Tours, le tram n’est pas nouveau ! Il a été mis en service le 8 juillet 1877, et a circulé jusqu’en 1949. Mais en 1949, il a été mis à la retraite. Bon d’accord, le tram de 2013 est plus rapide que les premiers trams hippomobiles, mais ça avait son charme.

Vous l’aurez compris, tous les chemins mènent à…Tours !

LSF

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