Publié dans Généalogie

Ont déclaré ne scavoir signer de ce enquis

Si les antibiotiques, c’est pas automatique, l’écriture non plus. Que ce soit sur les actes de baptême, de mariage ou de décès, on trouve souvent, à la fin de l’acte, l’expression « ont déclaré ne scavoir signer de ce enquis » . Enquis est le participe passé du verbe enquérir, qui signifie « s’informer sur quelque chose » . On pourrait transcrire « ont déclaré ne scavoir signer de ce enquis » par « ont déclaré ne pas savoir signer après avoir été interrogés sur ce sujet »  C’est une formulation qui évitaient les contestations parce qu’un acte n’étaient pas signé. On trouve parfois l’expression « de ce interpellé » , ce qui a exactement le même sens (après qu’on les a interpelés sur cela, c’est-à-dire s’ils savaient signer).

Naiss Ferron femm Taixier, Vaux, 1787
« et jeanne Douchard qui ont dit ne savoir signer de ce
enquis par moy » (Vaux, Vienne, 1787, (C)AD86)

Mar Picault_Pinard, Noyant, 1778
« et tesmoins qui ne scavent signer de ce enquis fors [sauf] les sousignes » (Noyant, Indre-et-Loire, 1778, (C)AD37)

Mar Conan_Lebrun
« Le masson qui ont declaré ne scavoir signer de ce interpellés » (Elven, Morbihan, 1753, (C)AD56)

Mar Drouault_Ferrand
« et amys qui ont dit ne scavoir signer » (Saint-Branchs, Indre-et-Loire, 1674)

Mar Lefrenc_Calot, Restigné, 1741
« et aultres parens et amis qui n’ont
signé sauf les soussignés » (Restigné, Indre-et-Loire, 1741)

Mar Picault_Gervais, Trogues, 1741
« et mère de l’epousée et autres parents et amis qui ont dit ne scavoir signer fors les soussignes » (Trogues, Indre-et-Loire, 1741)

Mar Mabilleau_Cailleau, St-Nico, 1701
« plusieurs autres qui excepté les soussignes ont dict ne
scavoir [,] ont signé N. Mabilleau » (Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Indre-et-Loire, 1701)

Mar Moreau_Gitton, Le Louroux, 1704
« plusieurs autres parans et amis qui ont déclaré ne scavoir
signer fors les sousigné audebert prouteau et moreau » (Le Louroux, Indre-et-Loire, 1704)

Mar Royer_Peltier, Thurageau, 1715
« de moulhierne [Mouliherne, Maine-et-Loire] et ont tous les denomes declare
ne scavoir signer » (Thurageau, Vienne, 1715)

Mar Royez Maugin, Thurageau, 1822
« sur les deux registres et signé par moy [,] les parties et têmoins
ayant Déclaré ne le scavoir » (Thurageau, Vienne, 1822)

Mar Bineau_Lusseau, 1711
« et autres qui n’ont seu [su] signer fors les cy après » (Saint-Sénoch, Indre-et-Loire, 1711)

Et parfois, le prêtre se mélange un peu les pinceaux.

Mar Bineau_Girard
« autres qui ont soussignés fors les soussignés » [autrement dit, ont signé en dessous sauf ceux qui ont signes en dessous] (Mouzay, Indre-et-Loire, 1750)

Jusqu’au XXème siècle, beaucoup de mes ancêtres, et surtout les femmes, ne savent pas signer. Mais c’était souvent le cas à cette époque, particulièrement à la campagne. D’autres savent signer, mais d’une écriture hésitante ou scolaire (écriture scripte). Et certains, plus instruits, signent parfaitement. Parfois, on peut voir l’évolution dans la signature, qui devient plus fluide (grâce à la pratique par exemple) ou au contraire moins maîtrisée (peut-être à cause de l’âge, d’une maladie ou d’une blessure).

 Thierry Sabot, dans son ouvrage sur les signatures(1), utilise une grille d’évaluation qui permet de classer ces dernières en 7 catégories, de l’analphabétisme au très bon niveau d’alphabétisation.

J’ai réutilisé cette classification pour les signatures de mes ancêtres.

  Jean Pierre TRANCHANT époux Pautre

sosa 220

 Gendarme impérial (1808), gendarme à la retraite (1830), niveau 3  signature_Tranchant_epx_Pautre_1808.jpg1808

 1830

  Jacques GASCHET époux Taissier

sosa 48

Son patronyme « perd » son S, niveau 3/4   signature Gaschet épx Taissier 1852 1852 signature Gaschet épx Taissier 1855 1855
 René LIVOIREAU époux Chasles

sosa 184

 niveau 4  Signature_Rene_Lioireau_epx_Chasles_1778.jpg1778

 1786

Signature_Rene_Lioireau_epx_Chasles_an_4.jpg an IV

 André DUAULT époux Robin

sosa 176

   signature_Duault_epx_Sevaux_Tulasne_1824.jpg 1824
 André DUAULT époux Sevaux-Tulasne

sosa 88

 niveau 4/5, puis ne signe plus (niveau 0) puis niveau 2 En 1824 (mariage), ne signe pas

 1826

En 1844, il ne signe plus.

signature_Duault_epx_Sevaux_Tulasne_1849.jpg1849 (signature de droite, celle de gauche étant celle de son frère)

 Etienne Germain BOILEAU époux Courant  Sa signature ne change presque pas, un peu plus hésitante, niveau 4/5   1848

Signature_Boileau_epx_Courant_1876.jpg 1876 Signature_Boileau_epx_Courant_1891.jpg 1891

 Jacques GASCHET  niveau 5  

1878

signature Gaschet épx Auclerq 1879 1879

  Pierre Hémon 

 

 

et son épouse

Changement dans la graphie du H majuscule, niveau 4 puis niveau 5
écriture plutôt fluide, niveau 5
  signature Pierre Hémon 1910 1910 signature Pierre Hémon 1928 1928 

signature Adrienne Duault 1910 1910

Jacques Gachet époux Auclerq  niveau 5  signature Gaschet épx Auclerq 1879 1878
 André Duault époux Livoireau   Sa signature ne change pas en 10 ans (voir le D majuscule), juste légèrement plus penchée, niveau 5  Signature Duault époux Livroireau, 1887 1887Duault époux Livoireau, 1896 1896
 Julien Ruaud (1768-1824) époux Ruaud

sosa 84

 niveau 3  Signature Julien Ruaud époux Ruaud, 1813 1813
 Georges Rabier (1864-1945) époux Perdereau cultivateur, fils de cultivateur

niveau 5/6

 Signature Georges Rabier épx Perdereau 1900 1900

 

 Etienne TRANCHANT (1808-1878)

époux Juglet

sosa 110

 Sabotier, fils de gendarme impérial et de domestique, niveau 4/5  Tranchant époux Juglet
Julien Ruaud époux Thébaud

sosa 170

 niveau 5   Signature Julien Ruaud époux Thébaud, 1773 1773
  Adrien Gaschet époux Bulot  niveau 5/6   1910

 

« (1) Source bibliographique : – Thierry Sabot, Les Signatures de nos ancêtres ou l’apprentissage d’un geste, Thema Histoire et généalogie, la petite histoire de nos ancêtres n°3,  Thisa, 2012.

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Pour aller plus loin, vous pouvez voir ici.

LSF

Publié dans Légendes et folklore de Touraine

Ripette

Ripette est l’une des villes englouties les plus célèbres de Touraine. Elle était située sur la commune de Cravant-les-Coteaux, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le marais de Pallus (Pallus vient du latin paludis, signifiant marais et effectivement, ce lieu est régulièrement inondé lors des crues de la Vienne). La légende raconte, qu’à la place du marais, s’élevait une grande ville dont les habitants étaient méchants et avares. Une veille de Pâques, Jésus-Christ, déguisé en mendiant, parcourut les rues en demandant de l’eau ; il fut repoussé partout sauf aux Berthaisières, où il fut accueilli charitablement. Il annonça alors à la dame du lieu qu’elle devait se mettre à l’abri sur le côteau parce qu’il allait détruire la ville, « mauvais riches, vous m’avez refusé un peu d’eau, vous périrez par l’eau » . Mais celle-ci ne le voulut pas car l’une de ses filles était en ville. Jésus dit alors à la mère : « mettez votre pied sur le mien et elle entendra votre appel » . Alors la fille se sentit soulevée par une force mystérieuses et fut sauvée de l’engloutissement, d’où parfois le nom d’Auripède donné à cette ville (du latin auris-pedes signifiant les pieds qui ont une oreille), nom transformé ensuite en Ripette.

Trois cents ans après la disparition de la cité, le Prévôt de Chinon réussit à sortir la cloche d’or de Ripette du fond du marais. En la voyant, il s’écria : « De par Dieu ou par le Diable, nous la tenons » ; à cet instant, les cordes se rompirent et la cloche disparut à jamais. Depuis, tous les cent ans , la cloche sonne l’anniversaire de sa disparition.

Cette légende fut recueillie auprès des habitants par le chanoine Audard, qui devint curé de Cravant en 1931 et qui a laissé de nombreuses notes sur sa commune.

(source internet : http://www.litteratur.fr/communes-de-touraine/cravant-les-coteaux/4/
source biblio : Le Folklore de Touraine.)

 

 

LSF

Publié dans Petite histoire de la Touraine

Tous les chemins mènent à…Tours

Si vous étiez un habitant du Moyen-Age, vous emprunteriez des voies toutes autres que celles d’aujourd’hui pour arriver à Tours. Déjà parce que l’axe nord-sud n’existait pas à cette époque. En effet, l’axe principal de la ville de Tours était l’axe est-ouest, celui qui passe par les actuelles rues Albert Thomas, rue Colbert et rue du Commerce ; le decamunus maximus romain quoi !

Mais on pouvait circuler du nord au sud en empruntant le pont d’Eudes II de Blois, celui qu’il avait fait construire en 1034 juste en face de la voie gallo-romaine. Et quel pont ! Animé, c’est peu dire, avec ses boutiques et ses habitations tout du long ! Un peu comme le Ponte Vecchio à Florence. Si, de nos jours, le pont d’Eudes a disparu, on peut encore voir, quand la Loire est basse, les piles qui le soutenaient. Et presqu’au même endroit, se dresse aujourd’hui le pont de Saint-Symphorien, le « pont de fil » comme disent les Tourangeaux, construit en 1845. Beaucoup plus calme que son ancêtre, c’est un pont réservé aux piétons, suspendu au-dessus de l’eau.

Mais alors, qu’est-il arrivé au pont d’Eudes ? Il a tout simplement été éclipsé par le « pont de pierre ». Non ! pas le pont de Pierre, le pont de Louis XIII, en pierre ! Parce que Louis avait des projets ambitieux : relier Paris à Saint-Jacques de Compostelle, la fameuse route du pèlerinage. Il y a eu Saint Martin à Tours, il y aura Saint Jacques à Compostelle. A projets ambitieux, travaux ambitieux. Tout d’abord, finie la route du sud passant par Loches : pas pratique et mal entretenue. Du coup, la route de Loches deviendra encore plus chaotique et les Tourangeaux prendront l’habitude de dire qu’« on n’est pas rendu à Loches » pour parler de quelque chose de laborieux et long. La nouvelle route partait de Paris, passait par Tours puis direction Bordeaux, avant de prendre la route de l’Espagne. Tiens, la route d’Espagne, c’est un nom qui en jette. Nouvel itinéraire, nouveau nom, qui, au fil du temps, a changé pour notamment devenir … la Route Nationale numéro 10. La RN10 à Tours ? Eh oui, la rue de la Tranchée, notre rue Nationale et l’avenue de Grammont ne sont rien d’autre que la RN 10. Et le pont de Louis en pierre dans tout cela ? C’est aussi une portion de la RN 10. Ce sera le nouvel accès à la ville, le pont principal permettant de traverser la Loire, et c’est à cette époque que Tours va s’étendre vers la plaine du Cher.

Mais ce n’était pas gagné. Si la première pierre du pont a été posée le 25 octobre 1765, il a fallu 13 ans pour achever l’édifice. Ce n’était pas faute de compétences puisque le pont a été conçu selon les plans de l’ingénieur général des Ponts et Chaussées de Tours, Mathieu de Bayeux. Mais Dame Nature n’a peut-être pas apprécié que l’on détruise l’île Saint-Jacques, pour construire celui que l’on nommera, à partir de 1918, le Pont Wilson, car durant l’hiver 1789, la Loire a gelé et 4 arches se sont effondrées, et ce n’est qu’en 1810 que le pont a été reconstruit. Mais les péripéties ne s’arrêtent pas là. En juin 1940, le pont est de nouveau détruit par les Alliés pour empêcher l’ennemi d’entrer dans la ville, puis en 1944 par les Allemands pour assurer leur repli et enfin le dimanche 9 avril 1978. Ce dernier effondrement était la conséquence d’une forte sécheresse en 1976, qui dégagea le bas des piles, associée à une forte crue en 1977. Résultat : 5 arches détruites et les Tourangeaux privés d’eau potable et d’électricité.

Donc : le pont d’Eudes II de Blois, utilisé seulement jusqu’au XVIIIème siècle, le pont de pierre plusieurs fois effondré, ajouté à cela qu’il fallait 23h de voyage en diligence pour effectuer le trajet Paris-Tours au temps de Balzac, mieux vaut se tourner vers d’autres voies d’accès. Et pourquoi pas le train ?

Arrivé à Tours en 1846, le chemin de fer permettait de faire le trajet Paris-Tours en 6h… et 54 minutes avec le TGV. Aujourd’hui encore, vous pouvez admirer la gare de Victor Laloux, édifiée entre 1896 et 98. Mais si ! l’architecte tourangeau qui a construit la gare d’Orsay et l’Hôtel de Ville de Roubaix. A Tours, on le connaît bien, c’est l’architecte de la basilique Saint-Martin et de l’Hôtel de Ville. Il a doté la ville d’une grande gare, aussi ambitieuse que novatrice, avec ses deux grandes verrières métalliques et sa façade de pierre. Monsieur Eiffel et sa tour ont fait des émules. Et puis, le débarcadère de 1846, exploité par la Compagnie de chemin de fer du PO (Paris-Orléans), et la petite gare de Vendée construite en 1875 et desservant les Sables d’Olonnes, étaient devenues trop petites.

Une fois au cœur de ville, rien ne vous empêche de vagabonder à travers les rues. Vous pouvez même essayer, depuis le 31 juillet 2013, le tram ! Les anciens vous regarderaient avec des yeux tous ronds, de vous extasier devant le tram. Parce qu’à Tours, le tram n’est pas nouveau ! Il a été mis en service le 8 juillet 1877, et a circulé jusqu’en 1949. Mais en 1949, il a été mis à la retraite. Bon d’accord, le tram de 2013 est plus rapide que les premiers trams hippomobiles, mais ça avait son charme.

Vous l’aurez compris, tous les chemins mènent à…Tours !

LSF

Publié dans Personnalités tourangelles, Petite histoire de la Touraine

Stéphane Pitard, instituteur

1908-1931

Né le 26 septembre 1908 à Cloyes (Eure-et-Loire), Stéphane Pitard est nommé instituteur-adjoint à l’école de garçons de Château-Renault en 1927, trois ans après y être sorti comme élève. En avril 1931, au cours d’une projection cinématographique dont il avait la charge, un incendie se déclare dans la cabine, à proximité de 220 enfants réunis. Après avoir tenté héroïquement d’éviter la propagation du feu et protéger les élèves, le jeune instituteur décède à l’âge de 22 ans, des suites de brûlures et d’intoxication.

Stéphane Pitard a été fait Chevalier de la légion d’honneur à titre posthume en 1931. Le gouvernement français lui attribue la même année, également à titre posthume, la Médaille d’or des belles actions. En novembre 1931, le ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, Mario Roustan, procède à un hommage national dans l’école et au cimetière de la ville. Par délibération du 31 décembre 1931, la rue de la Grange à Martin, à Tours, prend le nom de rue Stéphanie Pitard. Une école de Tours porte également son nom.

(sources : – Château-Renault
– Geneviève Gascuel, Les Noms des rues de Tours, C.M.D.)