Publié dans Petite histoire de la Touraine

La Touraine et les Tourangeaux vus d’ici et d’ailleurs

Pour ceux qui sont déjà venus dans ma Touraine natale, savez-vous ce qu’on dit de la Touraine et de ses habitants ? Plongez, quelques instants, dans la mémoire de certains d’entre nous.

« Honte à qui n’admirerait pas ma joyeuse, ma belle, ma brave Touraine, dont les sept vallées ruissellent d’eau et de vin. » (extrait de Balzac, Deux Amis). Le meilleur louangeur de la Touraine est sans conteste Honoré de Balzac ! Né à Tours le 1er prairial an VII [20 mai 1799] au 25 rue de l’Armée d’Italie [39 rue Nationale, aujourd’hui disparu], il se considère comme un véritable Tourangeau, qu’importe que sa famille paternelle soit d’origine albigeoise et sa famille maternelle d’origine parisienne. Dans plusieurs de ses romans, il écrit son affection pour sa Touraine. Pour preuve, « Tours a été et sera toujours les pieds dans la Loire [les inondations de 1846, 1856 et 1866 lui donneront raison, en témoignent les 150cm d’eau place Jean Jaurès], comme une jolie fille qui se baigne et joue avecque l’eau, faisant flic flac en fouettant les ondes avecque ses mains blanches ; car elle est rieuse, rigolleuse, amoureuse, fresche, fleurie, parfumée mieux que toutes les autres villes du monde qui ne sont pas tant seulement dignes de lui peigner les cheveux, ni de lui nouer sa ceinture. » (Balzac, Contes Drolatiques, 1832-1837)
Contrairement à Balzac et bien que né à Loches le 7 germinal an V [27 mars 1797], Alfred de Vigny ne manifeste guère d’attachement à sa province natale, qu’il quitte très jeune et dans laquelle il ne revient qu’en touriste. Il écrira pourtant : « bons Tourangeaux, simples comme leur vie, doux comme l’air qu’ils respirent, et forts comme le sol puissant qu’ils fertilisent. On ne voit sur leurs traits bruns ni la froide immobilité du Nord, ni la vivacité grimacière du Midi ; leur visage a, comme leur caractère, quelque chose de la candeur du vrai peuple de Saint-Louis. » (Vigny, Cinq Mars, 1826).
Et l’image d’affabilité des Tourangeaux n’est pas née d’hier puisque le moine Jean de Mamoutier disait déjà au XIIIème siècle : « On connaît les Tourangeaux pour des hommes fidèles à leurs promesses, modestes, affables, adonnés aux belles lettres, mesurés dans leurs paroles, persévérants dans leur travail, bienveillants dans leurs vœux, courageux contre l’ennemi, célèbres au pugilat…». Quant aux femmes, « A les contempler, les yeux de tous sont captivés, et la chair trésaille de désir ».
Mais Vaysse de Villiers ne semble pas sensible aux charmes de Tours, pour qui « Tout, jusque là, annonce une des plus belles villes de France ; mais il ne faut pas pénétrer dans l’intérieur, si l’on ne veut pas voir l’une des plus vilaines. » (1818) Stendhal non plus d’ailleurs. Ils voient les Tourangeaux comme des « barbares », des « monstres provinciaux », habitant dans une ville « fort mal bâtie », balayée par « un vent du nord exécrable » et dotée d’un « manque absolu de physionomie » (Stendhal, Mémoires d’un touriste, 1838). Peut-être ont-ils eu vent de l’histoire de ce malheureux Louis Secrétain, le seul condamné à mort de France à être bouilli vif…enfin presque. Mais ça, c’est une autre histoire.
Et que dire de la gastronomie tourangelle ! N’a-t’elle pas fait oublier que François Rabelais, né à la Devinière près de Chinon, avant d’être un épicurien comme son géant Gargantua, était un prêtre, un médecin, un botaniste et un écrivain reconnu. Parmi les mets alléchants de la ville, « Les célèbres rillettes et rillons de Tours formaient l’élément principal du repas que nous faisions au milieu de la journée […] Ils se pourléchaient en vantant les rillons, ces résidus de porc sautés dans sa graisse et qui ressemblaient à des truffes cuites. » (Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836) Pour les plus gourmands, vous pouvez aussi déguster les nougats de Tours ou les macarons de Cormery, la géline de Touraine ou le coq au vin de Chinon, l’andouillette au Vouvray, les fouaces, le fromage de chèvre de Sainte-Maure AOC, la galette bourgueilloise et avec modération, les vins AOC de la région. Mais le tourisme culinaire n’est pas le seul à attirer les étrangers.
« Il y avait à Tours beaucoup d’Anglais -cela est obligatoire à dire- tant pour jouir de l’heureux climat du jardin de la France que pour y pendre le langage le plus pur. » (Boylesve, Melle Cloque, 1899). René Boylesve, né à La Haye-Descartes en 1899, ne fait que perpétuer une tradition déjà bien ancrée dans l’imaginaire collectif, tout comme Vigny qui dit des Tourangeaux que « leur langage est le plus pur français, sans lenteur, sans vitesse, sans accent ; le berceau de la langue française est là. » (Vigny, Cinq Mars, 1826) Déjà en 1616, un jeune étudiant allemand Johan Zinzerling publie le récit de son voyage en France, Itinerarium Galliae et écrit au sujet du Val de Loire : « Le français que l’on parle en ce pays est extrêmement pur, non seulement en ville mais dans la campagne et les bourgs voisins. ». Tout le monde aura donc compris « Quanque on cré voler, la pleume vous tombe on trove tojou eune endrette pou ponde, la grousse affaie, c’est d’avouère l’oeu ! ».

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