Publié dans Challenge AZ, Challenge AZ 2016

E comme…Étêter les choux

Étêter les choux n’a rien à voir avec le jardinage. Cette expression signifiait marier un enfant plus jeune avant un autre plus âgé. A la Chapelle-Blanche-Saint-Martin, il y avait même une coutume lorsque qu’on étêtait les choux, qui consistait à faire manger un chou à une chèvre que l’on trayait ensuite et dont on donnait le lait à boire à la mariée.
    Une autre expression tourangelle mettait en scène la brassicacée, ervéni planter ses choux qui signifiait se retirer à la campagne après être allé vivre en ville.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’expressions font référence aux choux, par exemple :
   – le chou : la tête (argot) « Ah! v’là une môme qui a autant d’idées dans le chou que de ce que je me pense où je pense ! » (San-Antonio, Béru -Béru, 1970)
  – prendre le chou à quelqu’un (prendre la tête à quelqu’un) : déranger, énerver quelqu’un
   – ne rien avoir dans le chou (ne rien avoir dans la tête) : être bête
   – être chou : être mignon
   – être un chou : être gentil
  – une feuille de chou : journal insignifiant, journal de piètre qualité. « J’ai écrit quelquefois, jadis, dans des feuilles de chou » (L. DAUDET, La Vie orageuse de Clemenceau, 1942), « Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette / Durant les moments creux dans certaines gazettes, / Systématiquement, les nécrologues jouent / A me mettre au linceul sous des feuilles de chou. »(G. BRASSENS, Le Bulletin de santé, dans Supplique pour être enterré à la plage de Sète, 1966)
    – ne pas valoir un trognon de chou : n’avoir aucune valeur
   – être bête comme chou : stupide (en parlant d’une personne), facile à faire ou à comprendre. « Sans compter qu’elle est bête comme un chou ! (G. FLAUBERT, L’Éducation sentimentale, 1869). « À Aix la vie de l’internat coulait bête comme chou » (L. ARAGON, Les Beaux quartiers,1936)
   – s’entendre à quelque chose comme à ramer des choux : ne pas savoir s’y prendre pour faire quelque chose
   – être dans les choux : être dépasser par une situation, être le dernier du classement. « Vous venez du golf, Octave? lui demanda-t-elle [Albertine]. Ça a-t-il bien marché? Étiez-vous en forme? − Oh! ça me dégoûte, je suis dans les choux, répondit-il. » (M. PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs,1918)
   – finir dans les choux : échouer
   – faire chou blanc : échouer
   – aller à travers chou : agir avec étourderie (attesté en 1656 et au XIXème siècle)
   – ménager la chèvre et le chou  : ménager des intérêts contradictoires
   – être mi-chèvre mi-chou : utilisé comme adjectif, caractérise celui qui n’affiche pas clairement son choix, cherchant à faire plaisir à tout le monde
   – avoir les oreilles en feuille de chou : avoir les oreilles décollées
   – se casser le chou : se faire du souci
  – faites-en des choux : disposez-en, utilisez-le à votre guise. « Je vous rends vos broderies tout de suite, donnez-les à un autre, faites-en des choux, des raves, ça ne me regarde pas » (CHAMPFLEURY, Les Souffrances du professeur Delteil, 1853)
   – rentrer dans le chou (rentrer dans le lard) : attaquer quelqu’un de front
  – faire choux gras de quelque chose : faire profit de ce que les autres dédaignent, exploiter une situation avantageuse. « Je fais mes choux-gras d’un vieux tricot que m’a donné madame Edmond et d’un imperméable de l’armée américaine »(J. GIONO, Les Grands chemins,1951), « Vous êtes un tas de galapiats qui vous fichez du monde, et faites vos choux gras de la France » (Balzac, Le Médecin de campagne,1833).
   – envoyer quelqu’un planter ses choux : congédier ou destituer quelqu’un (attesté au XIXème siècle)
  – chou colossal (vieilli) : entreprise montée à grands renforts de promesses alléchantes pour duper le monde « Tâche d’arriver à la croyance du plan de l’univers, de la moralité, des devoirs de l’homme, de la vie future et du chou colossal ; (…) à la véracité de tous les mensonges possibles. ». (G. FLAUBERT, Correspondance, 1838)
   – être né sous un chou : être de naissance inconnue. « Je ne me regarde point comme né sous un chou ; j’entre dans la vie avec certains avantages » (STENDHAL, Lucien Leuwen, 1836)

(sources complémentaires : Google.books ; CNRTL ; nadorculture)
Photo Droits réservés Anne Geddes

LSF

 

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s